Le World Wildlife Fund (WWF) a rendu public son Living Planet Report, qui publie tous les deux ans un état des lieux de la nature et de ressources naturelles mondiales. L’édition 2014 s’est penchée sur l’évolution, de 1970 à 2010, de plus de 10 000 populations d’animaux sauvages provenant de 3 000 espèces de vertébrés dans le monde. Le constat est dramatique : en quarante ans, les populations de mammifères, de poissons, d’amphibiens et de reptiles ont chuté de 52 %, soit un animal sur deux a disparu en moins de deux générations humaines.
Cette étude est fondée sur les données du Living Planet Index tenu par le Zoological Society of London et celui du Global Footprint Network qui mesure l’empreinte écologique mondiale. Si une méthodologie de pointe a permis de répertorier de manière plus précise les espèces et les écosystèmes de la planète, elle a aussi montré que les dégâts ont été sous-estimés durant les années précédentes. Selon le rapport, la destruction (qui compte pour 13,4 %) et la dégradation (31,4 %) des habitats, la surexploitation de la pêche/chasse (37 %) sont les principales causes de ce déclin, alors que les changements climatiques deviennent une menace de plus en plus sérieuse pour les populations futures (7,1 %).
Les déclins d’espèces, catégorisées en terrestres, marines et d’eau douce, sont plus drastiques en régions tropicales (56 %), l’Amérique latine arrivant en tête avec une perte de 83 %, comparé aux régions tempérées (36 %). Sur le plan global, entre 1970 et 2010, les espèces terrestres ont décliné de 39 % sous les effets de la perte de leurs habitats au profit de développements agricole et urbain, de production énergétique et de pratiques de chasse. De même, les espèces marines dans le monde ont chuté de 39 %, avec un pic de déclin entre 1970 et la mi-80, avant de se stabiliser pour replonger ces dernières années. Les tropiques et les mers australes ont perdu la plus grande part de leurs espèces, dont des tortues, des requins et des grands oiseaux de mer migrateurs. L’indice le plus alarmant est celui des espèces d’eau douce avec un déclin de 76 % de leurs populations. La destruction des habitats (par la connexion de systèmes d’irrigation, la construction de barrages de génération hydroélectrique entre autres), la pollution et l’introduction d’espèces invasives ont eu raison de leur survie. Parmi les animaux sauvages les plus menacés figurent les tigres, les éléphants, les rhinocéros de Java et de Sumatra, les gorilles, le panda géant, les tortues de mer.
Chute continue
La tendance est au déclin continu alors que l’empreinte écologique des humains ne cesse de croître. Le rapport indique en effet que les demandes de l’humanité envers la planète excèdent par 50 % la capacité de la nature à se renouveler durant ces 40 dernières années : « We would need the regenerative capacity of 1.5 Earths to provide the ecological services we currently use », indique le document. Cela est dû au fait que l’homme coupe les arbres à un rythme supérieur au temps qu’il prend à la nature à en faire pousser ; consomme en un laps de temps plus de poissons que les océans peuvent en produire, et émet dans l’atmosphère plus de CO2 que les forêts et les mers peuvent en absorber. « Ces indicateurs révèlent la demande excessive de l’humanité en ressources planétaires et montrent que nous dilapidons les cadeaux offerts par la nature comme si nous avions plus d’une Terre à notre disposition. En prélevant sur nos écosystèmes davantage que ce qu’ils peuvent régénérer eux-mêmes, c’est notre avenir que nous hypothéquons », souligne Marco Lambertini, le directeur général de WWF International.
Quant aux principales causes de la rapide dégradation de l’empreinte écologique globale, les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère par l’utilisation de combustibles fossiles, tels le charbon et le pétrole, arrivent en tête : de 36 % en 1961, leurs parts ont grimpé à 53 % en 2010, une tendance qui demeure ascendante. A l’index qui mesure l’empreinte écologique par tête d’habitant des pays ayant une population de plus d’un million, et sur une échelle allant de 0 à 12, le Koweït, le Qatar, les Émirats Arabes Unis, le Danemark, la Belgique, Trinité-et-Tobago, Singapour, les USA, Bahrein et la Suède figurent en haut de la liste. « […] if all people on the planet had the Ecological Footprint of the average resident of Qatar, we would need 4.8 planets. If we lived the lifestyle of a typical resident of the USA we would need 3.9 planets. […] while a typical resident of South Africa or Argentina would need 1.4 or 1.5 planets respectively », commente le rapport.
Dans un prochain volet consacré à une perspective locale, Le Mauricien donnera la parole au Conservation Director du Mauritian Wildlife Fund pour un survol du travail accompli à Maurice sur la conservation des espèces durant ces 40 dernières années.