Identification de la violence, violence de l’identification était le titre du deuxième colloque, fort instructif, qu’a organisé à la fin de 2010 l’association française Analyse freudienne conjointement avec la Société des professionnels en psychologie et l’Université de Maurice. C’est désormais le titre d’un ouvrage publié aux Éditions des crépuscules, qui reprend l’essentiel des interventions auxquelles ces rencontres avaient donné lieu.
Le livre Identification de la violence, violence de l’identification demande parfois une concentration et un effort particulier à ses lecteurs, qui devront quelquefois se documenter sur certains concepts psychanalytiques auxquels il est fait référence et aussi transcender les tendances assez abstraites du langage de ces grands intellectuels que sont les professionnels de la psychanalyse et aussi parfois ceux de la psychologie. Ces textes sont toutefois passionnants parce qu’ils permettent d’explorer les arcanes de la violence chez l’individu, comme il est rarement possible de le faire.
Nos sociétés sont violentes, nos représentations, nos relations et peut-être même l’acte de vie et de naissance le sont aussi. Mais ici, le débat est posé à l’échelle de l’individu, et est en lien avec son identité et la formation de sa personnalité. Probablement inspiré par Robert Lévy, le titre – qui pose en introduction l’objet de cet examen de la violence selon le psychanalyste ou le psychologue – expose clairement l’idée que l’identification peut être une violence. Les sociétés esclavagistes pour ne prendre que cet exemple extrême en ont fait l’expérience la plus amère.
Robert Lévy évoque dans son introduction l’enfermement dans les communautarismes, l’ethnocentrisme, le creuset des sociétés de demain que pourraient représenter les formes de violence constatées dans les écoles, les guerres fratricides, la violence contre le genre, etc. « L’intolérance à l’autre et sa différence, à l’hétérogène, règne en maître suprême dans l’inconscient », constate-t-il.
M. Lévy interroge aussi l’impuissance des modèles démocratiques face aux sectarismes et se demande si l’éclairage que la psychanalyse permet de porter sur l’inconscient ne pourrait permettre à chacun « d’échapper à ses identifications les plus sombres » ? Celles qui masquent notre regard sur autrui, celles avec lesquelles les autres nous perçoivent, celles qui obturent notre intelligence, etc.
Alors que la violence est un des thèmes les plus récurrents dans l’actualité médiatisée ou encore parmi les préoccupations des sociologues, elle n’est finalement pas si souvent abordée de manière véritablement analytique, à l’échelle de l’individu et de ses ressorts intimes. Ce livre propose par la voie de spécialistes aux parcours les plus variés d’aborder cette question par de multiples biais. Le non-dit culturel, l’idéal, l’insularité, les mécanismes de la passion, l’identité, le fait de se vivre comme une victime (etc) offrent autant de pistes de réflexion, tout comme les descriptions que nous offrent la littérature, qui était représentée à travers les témoignages de spécialistes comme Bruno Jean-François, Kumari Issur, Emmanuel Richon et Robert Furlong.