Le troisième Prix du livre d’or n’a pas été décerné faute de textes romanesques totalement convaincants. La présidente du jury Ananda Devi a rappelé les critères qui permettent de reconnaître un texte de qualité et a annoncé les résultats des délibérations qui reconnaissent néanmoins des qualités prometteuses à quatre d’entre eux qui sortaient véritablement du lot. Non primés, mais récompensés par une appréciation critique et un chèque de Rs 10 000, les candidats ainsi encouragés sont Aqiil Gopee, Harris N. Rambhujun, Quraishiyah Durbarry et Sabir Kadel.
Des 20 manuscrits que le jury du Prix du livre d’or a reçus, trois ont été éliminés car deux d’entre eux ne respectaient pas la clause de l’anonymat, tandis qu’un autre a été envoyé après la date limite du 8 août. Un manuscrit a été envoyé de Rodrigues pour ce prix organisé par la mairie de Quatre-Bornes. Quatre textes ont suscité l’intérêt des jurés qui ont souhaité en reconnaître les qualités par une récompense plus modeste que le prix de Rs 60 000 assortie de la publication par la municipalité.
« Nous recherchions, a expliqué Ananda Devi devant l’assistance à la municipalité de Quatre-Bornes, une qualité littéraire mise en évidence par la profondeur et l’épaisseur des personnages, par la construction et la cohérence du récit et par la rigueur et l’exigence du travail d’écriture fait sur la langue et sur la manière de raconter. Ces éléments seraient les critères par lesquels se révéleraient le ou les meilleurs textes. En dernier lieu, nous attendions cette émotion et ce frémissement que l’on ressent à la lecture d’un beau texte qui remplit ses promesses. »
L’écrivain, elle-même lauréate de plusieurs prix depuis le Concours de nouvelles organisé par l’Agence de coopération culturelle et technique en 1972, a évoqué « l’aventure ambiguë » qui consiste à juger un ouvrage lorsqu’on a été et se trouve encore de l’autre côté de la barrière : « Je sais ce que c’est que d’envoyer son manuscrit et d’attendre les résultats des délibérations. […] J’ai vécu ce que vous avez vécu et je le vis encore. »
Le coordinateur du prix Issa Asgarally a relevé la forte participation cette année, alors que les candidats ont eu seulement deux mois pour envoyer leurs textes. Les autres membres du jury étaient le Dr et auteur Vèle Putchay, et l’infatigable écrivain Lilian Berthelot.
Ananda Devi a insisté sur l’exigence personnelle de l’auteur : « Ce qui est important, c’est votre propre regard, votre propre exigence par rapport à ce que vous écrivez. Il faut se pousser à aller au bout de ce que l’on peut faire. L’écriture est un engagement de toute une vie. On ne peut être complaisant avec soi-même dans l’acte d’écrire. » La présidente a aussi fait remarquer que le délai de deux mois laissé cette année, ne pouvait suffire à l’élaboration de l’oeuvre de longue haleine qu’est le roman.
Parcours éclectiques
Sabir Kadel est connu comme auteur sous la signature M.K. Sabir. « Le mur de Planck », le roman qu’il a soumis ici, raconte le parcours de plusieurs personnages à Berlin à la veille de la chute du mur en 1989, jusqu’à la guerre d’Afghanistan initiée par l’Amérique de George Bush. Son héros principal est un garde frontière, pour qui la petite et la grande histoire vont se télescoper. Les jurés ont souligné le caractère ironique de ce roman et la vision nihiliste, acerbe et pleine d’humour noir de Berlin Est avant la chute du mur. Outre les nouvelles publiées dans les recueils collectifs de l’Atelier d’Écriture et de Chroniques de l’île Maurice chez Sepia, Sabir Kadel vient de sortir un essai sur la géopolitique américaine chez Édilivre, sous le titre La 10e époque. Il s’apprête à publier un autre roman chez un éditeur Aixois…
Quraishiyah Durbarry, enseigne le français au collège. Féminin Pluriel est la version développée d’une nouvelle déjà écrite avant l’appel à candidatures. Sept femmes trentenaires se retrouvent dans un huis clos nocturne, dans une chambre où elles racontent chacune leur histoire, avec une grande sensibilité, à un moment précis de leur vie. Cette jeune auteure écrit habituellement des poèmes lorsqu’elle ne transmet pas la passion de la langue et des mots à ses propres élèves. Elle s’est prêtée au jeu du concours littéraire grâce aux encouragements d’un ami, également candidat.
Harris N. Rambhujun, l’aîné des écrivains récompensés, a déjà publié un roman situé à Maurice, en ligne chez Édilivre, sous le titre Historien malgré lui. Pour le Prix du livre d’or, l’auteur a livré un texte achevé en janvier dernier, qui se situe en Afrique du Nord, pour raconter l’histoire d’un petit village agricole, où une religieuse vient de créer une école. Son jeune héros réussira à l’école mais fera des choix de vie malheureux. Il est question dans ce texte d’une sombre histoire de moines assassinés… « La déchirure nous a touchés par la cohérence de son univers et la justesse de la description d’une tragédie annoncée dans un village sans nom basculant à l’orée du monde moderne », a conclu le jury. Son auteur est un retraité actif, qui a consacré toute sa carrière à l’éducation, jusqu’au MIE où il était en charge de la formation en français. Il s’intéresse à la musicalité des mots et invite chacun à cultiver son jardin, comme l’a dit Voltaire, mais en faisant fleurir des mots…
Aqiil Gopee porte encore les rondeurs de l’enfance sur son visage. Mais ça ne l’a pas empêché, à 14 ans, de frapper l’attention du jury. « La pièce relève du genre fantastique » et s’est révélé comme « un texte prometteur qui pourrait avoir sa place dans la littérature jeunesse ». Aqiil a écrit ce roman de plus de 100 pages en un mois pendant ses vacances. Il avait déjà conçu cette histoire d’un jeune garçon dénommé Thomas ou Tom pour les intimes, habitant dans le nord de l’Angleterre qui réalise soudain que le grenier de sa maison est en vie et que cette « pièce » qui essaie de l’attirer à elle a des pouvoirs maléfiques… Élève de Form III au collège Royal de Curepipe, Aqiil adore les livres de science-fiction ou l’heroic fantasy. Il apprécie particulièrement Stephen King. Il écrit régulièrement des fictions courtes et cette attention du jury du Prix du livre d’or lui a « donné beaucoup d’espoir » et l’encourage « à continuer sur cette voie ».