L’Arya Sabha Mauritius et le valeureux animateur de la revue littéraire trilingue Indradhanush, Pahlad Ramsurrun, rendent hommage au Pandit Atmaram Vishwanath qui avait été missionné par Manilall Doctor pour représenter le mouvement progressiste Arya Samaj à Maurice à partir de 1920. Après un numéro spécial de la revue consacré l’an dernier à cet homme qui a épousé Maurice comme une seconde patrie et y a vécu jusqu’à la fin de sa vie, Pahlad Ramsurrun propose la traduction en anglais de deux des ouvrages qu’il avait écrit en hindi : History Mauritius et Hindu Mauritius.
Pahlad Ramsurrun a toujours été étonné que les frères Bissoondoyal, Basdeo et Sookdeo, n’aient pas fait référence au livre du Pandit Atmaram Vishwanath sur l’histoire de Maurice, lorsqu’ils ont eux-mêmes publié leurs propres ouvrages sur le même sujet des décennies plus tard. Locuteurs du hindi contrairement à Aunuth Beejadhur et K. Hazareesingh, ils auraient pu en effet, prendre en compte ce que ce pandit missionné par Manilall Doctor a lui-même écrit en 1921 sur l’histoire du pays neuf ans après son installation, et publié en 1923 sous le titre Mauritius ka Itihas. Désormais, cet ouvrage est disponible en anglais dans une traduction qui a été assurée par le Dr Brij Bhushan Paliwal à la demande de l’éditeur Pahlad Ramsurrun. À l’époque de sa sortie, cette histoire de Maurice a connu rapidement une seconde édition toujours en hindi en 1924, puis une troisième bien plus tard en 1998.
Né dans le Maharashtra à Poona en 1884, le Pandit Atmaram est venu à Maurice à la demande de Manilal Doctor en 1912 afin notamment de prendre en charge l’édition du journal du mouvement Arya samaj à Maurice, The Hindustani. Le pandit devait prendre la relève de Manilal Doctor lorsque celui-ci a quitté Maurice pour n’y revenir ensuite que ponctuellement.
Du point de vue de Pahlad Ramsurrun, en plus d’avoir consolidé l’assise du Mouvement Arya Samaj à Maurice, le Pandit Atmaram a aussi été un journaliste de grande qualité. Aussi estime-t-il fondamental pour cette raison de prendre en compte son point de vue et ses analyses sur la situation politique, historique et sociale de Maurice à cette époque où le système de l’engagisme allait disparaître, et où la communauté d’origine indienne de Maurice commençait à s’émanciper, s’éduquer et bénéficiait déjà des premiers grands intellectuels qui allaient en devenir les guides intellectuels et politiques.
L’autre ouvrage dont Pahlad Ramsurrun publie aussi une édition en anglais, Hindu Mauritius, est quant à lui sorti plus tardivement dans sa version originale en hindi, en 1936. L’auteur avait alors une connaissance plus approfondie de la société mauricienne, ayant vécu au plus près de ses habitants pendant près de 25 ans. Cet ouvrage se présente comme une étude anthropologique de la communauté d’origine indienne à Maurice, passant en revue le vécu et les témoignages de différentes générations d’habitants de l’île Maurice, plus ou moins proches de leurs ancêtres. Cet ouvrage évoque le mode de vie, les privations et souffrances, le désespoir et parfois son désoeuvrement des premiers arrivants, puis l’évolution de cette communauté par la suite.
Présente aux côtés du président de la République samedi matin, au Arya Bawan à Port-Louis, l’ancienne universitaire Shakuntala Boolell a particulièrement insisté lors de son allocution sur le rôle de personnages tels que le Pandit Atmaram ainsi que celui du mouvement Arya Samaj dans l’édification d’une communauté toute entière, vers les succès intellectuels, politiques et professionnels que ses représentants ont connus par la suite réalisant une ascension continue dans la société mauricienne jusqu’à nos jours. Aussi devait-elle insister face à un public de tous âges, sur le rôle des grands ténors de la pensée politique mauricienne, qu’elle présente comme les « soldats et les flambeaux de la communauté indienne » qui ont façonné l’histoire de Maurice, et que les jeunes doivent lire s’ils veulent comprendre la société dans laquelle ils vivent aujourd’hui.
Un coup d’oeil sur cette histoire de Maurice écrite au début du XXe siècle permet de penser que son auteur s’est penché sur l’histoire du pays de la manière la plus complète possible, en évoquant aussi bien le pouvoir colonial que les défenseurs de la communauté indienne tels qu’Adolf de Plevitz, l’évolution des lois sociales, les pratiques religieuses, l’origine des migrants, etc. La fin du livre propose notamment la liste et une brève notice sur les leader mauriciens, de même qu’une sélection de photographies anciennes.