Sir Anerood Jugnauth a renouvelé hier sa détermination à « nettoyer le pays de la pourriture », ajoutant que « ce ne sont pas les critiques » qui lui feront peur. S’adressant hier aux nombreux invités de la réception organisée par le SAJ Fan Club à Roche-Noire pour célébrer son 85e anniversaire, le Premier ministre s’est attaqué à « ceux qui n’ont pas de conscience » et « ki fine jouir et bwar disan populasyon ». Niant toute vendetta politique, il a donné l’assurance que, dans le cadre des enquêtes en cours, toutes les procédures légales sont suivies, et ce tout en faisant comprendre que « si bisin karcher pou nettoye dernier placar Ramgoolam, nou pou fair li ». Son intervention a aussi été marquée par un plaidoyer en faveur de la méritocratie. « Sans méritocratie, il n’y a pas de démocratie », a-t-il dit.
Malgré son grand âge, SAJ a projeté hier une image vigoureuse, soulignant avec humour « ki ena dir mone vie mais azordi kot mo passe, dimoune dir mo rajeuni (…) ki Rambo pe dechir coaltar ». Et de remercier la population pour l’avoir porté au pouvoir. SAJ a rappelé qu’il avait quitté le Réduit pour « accomplir un travail important » parce que Paul Bérenger lui avait dit qu’il fallait « nettoyer le pays de la pourriture créée par une pourriture ». Il poursuit : « C’est cela ma priorité ! » Il s’en est ensuite pris à « ceux ki fine jouir et bwar disan populasyon » et qui affirment aujourd’hui qu’il y a « une vendetta politique ». SAJ ajoute avoir « la conscience claire » et dit agir avec conviction. « Il n’y a aucune vendetta », a-t-il lancé.
Rappelant qu’il compte une longue carrière d’avocat, il dit encore croire dans la justice et la légalité, soulignant que c’est la police qui mène l’enquête. Quant à lui, il se contente d’attirer l’attention de la police « kot ena malproprete cachiet », selon lui. « De toutes les façons, lorsque l’enquête aura établi qu’il y a un prima facies case, c’est le DPP qui décidera s’il y a une “case” ou pas pour intenter des poursuites judiciaires ». SAJ a ensuite affirmé qu’il ira « jusqu’au bout » pour « nettoyer le pays de la pourriture ». Et de reprendre : « Si bisin karcher pou nettoye dernier placar Ramgoolam, nou pou faire li dan linter pays. C’est pas critik Ramgoolam, Boolell, Assirvaden ek Soornack ki pou fair mwa per. » Poursuivant son intervention, le Premier ministre a rappelé « ki azordi ena pe cachiet l’Italie et ailleurs. Nou servi tou la loi possibl pour lak zot et amene zot ici pou fer face lajistis », a-t-il dit. « La justice doit suivre son cours ! »
SAJ a rappelé que le gouvernement est arrivé au pouvoir non pas seulement pour les partisans de l’Alliance Lepep, mais pour toute la population. « Tous les citoyens ont les mêmes droits et cela doit être respecté. Il y a des commissions chargées du recrutement dans le secteur public et dans les corps para-étatiques. Ces commissions sont composées de personnes indépendantes afin de choisir les candidats les plus méritants et les plus qualifiés », a-t-il dit. Il a rappelé que durant les années 1994-95, il était devenu « impopulaire » parce qu’on lui reprochait de favoriser des partisans du PTr lors des exercices de  recrutement, ce qui avait contribué, selon lui, à sa défaite aux élections générales.
Poursuivant, le Premier ministre a dit souhaiter qu’il y ait « un changement de “mindset” dans la population » de manière à ce qu’il y ait « une vraie justice et une vraie équité » dans le cadre de la démocratie. « Et sans méritocratie, il n’y a pas de démocratie », a-t-il lancé, poursuivant : « Tous les Mauriciens sont égaux. Chacun doit obtenir ce qu’il mérite. J’aurais aimé voir cela devenir une réalité. (…) Même si je vis jusqu’à 100 ans, je ne me présenterai pas à nouveau comme candidat après les élections. Mais je serais très triste de voir le pays tremper dans les mêmes malversations pratiquées par le Parti travailliste. »
Concernant le Budget, SAJ s’est dit « très satisfait ». Il explique : « Si vous l’analysez, vous trouverez beaucoup de mesures qui apporteront le développement nécessaire dans l’intérêt de la population. Il y aura un plus grand partage des richesses et les citoyens obtiendront chacun leur part, selon leurs mérites. » Et de critiquer aussitôt le leader de l’opposition, Paul Bérenger, qui, dit-il, « veut faire croire que tout ce qu’il y a eu de bon dans ce pays a été initié par le gouvernement MSM-MMM ». Il  a rappelé qu’à l’occasion de son anniversaire, l’année dernière, Paul Bérenger avait promis de « chauffer le tawa (plaque chauffante) de Navin Ramgoolam », ajoutant qu’il n’a toutefois pas hésité à se joindre à lui « parce qu’il avait soif de pouvoir ». Et de lancer : « Aujourd’hui, ce sont les dirigeants de son propre parti qui chauffent son “tawa” à l’intérieur de son parti. » De même, il dit trouver « ridicule » que lorsque Paul Bérenger est en difficulté dans son propre parti, celui-ci « s’en prend aux francs-maçons ».
Le Premier ministre a ensuite insisté sur son intention de « poursuivre le nettoyage du pays », mais en respectant l’État de droit. Et de renouveler sa volonté de lutter contre le trafic de la drogue et la mafia « dans gambling ». Il a enfin observé qu’il y aura « une période de transition », mais que cela ne le fera pas reculer sur les mesures à prendre. « Pendant qu’une personne devient millionnaire, combien d’autres sont en train de s’appauvrir ? » a-t-il questionné.
Anil Gayan, qui représentait Ivan Collendavelloo,  a affirmé que sir Anerood Jugnauth était pour lui « un modèle » avant de le remercier pour tout son soutien. Mahmad Khodabaccus, qui représentait lui Xavier-Luc Duval, a pour sa part parlé de « la force de caractère » du Premier ministre. Pour sa part, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, n’a pas caché sa fierté devant le chemin parcouru par son père depuis son entrée sur la scène politique, à l’âge de 33 ans, en  1963, au sein de l’IFB. Il a par ailleurs été très critique vis-à-vis de Paul Bérenger, qui était présent l’année dernière à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de SAJ. Il s’est ainsi souvenu que le leader du MMM avait à cette occasion critiqué les « méthodes fascistes » pour s’attaquer à son père et lui. Pravind Jugnauth a rappelé la déclaration faite par sir Anerood Jugnauth au Parlement à l’effet que Paul Bérenger avait commis « la trahison du siècle », avant d’observer que Paul Bérenger se trouvait « sur des charbons ardents » et d’affirmer que le MSM donnera à Ivan Collendavelloo son soutien « pour accentuer la pression » sur lui.