Entre Judex Jeannot et Fabrice Bauluck, il existe une remarquable complicité. Déjà plus de quinze ans que l’entraîneur national de kick-boxing et son jeune protégé se côtoient. Un cheminement marqué par beaucoup de moments forts, mais également des instants de doute et d’incertitude. De ce fait, Judex Jeannot se trouve être la personne idéale pour évoquer la personnalité du champion du monde tant sur le plan sportif que dans son quotidien. Récit intime.
«J’ai aperçu Fabrice pour la première fois sur un ring à Mahébourg. De courte taille, avec ses longs cheveux, je me suis tout de suite demandé si ce petit gars pouvait réussir dans sa carrière sportive. D’autant que Niven Ramasubhu, qui était son partenaire d’entraînement et son adversaire à cette époque, paraissait mieux loti avec ses qualités et semblait mieux armé aux championnats du monde juniors. Mais voilà, Fabrice a fait montre de caractère pour décrocher ce premier titre mondial. C’est cette mentalité de gagneur qui l’a poussé à réussir par la suite au plus haut niveau. Je demeure persuadé que le ring reflète la personnalité d’une personne. C’est ainsi que j’ai découvert au fil des années un Fabrice gagneur et modeste.
 En 32 ans de coaching, je peux affirmer qu’il demeure le tireur avec le plus de qualités. Décrocher un premier titre mondial chez les juniors et rééditer cette performance deux ans après, c’est à mon avis tout à fait exceptionnel. Aujourd’hui, il détient le titre mondial chez les seniors, mais sans être exigeant, j’estime qu’il aura à confirmer lors de la prochaine édition. Pour cela, il faudra qu’il sache se remotiver et se remettre en question. Mais déjà, il s’est fait un nom dans le milieu. Au moment de la pesée lors des derniers championnats du monde, le préposé s’est exclamé en examinant son passeport : «You are the famous Fabrice Bauluck !» Preuve que sa notoriété a dépassé les frontières.
Toutefois, cette notoriété ne le fera jamais avoir la grosse tête. Loin d’être arrogant ou orgueilleux, Fabrice a toujours su rester modeste. Certes, il a connu des moments de doute au cours de sa carrière. Sa blessure à l’oeil trois ans de cela l’avait déprimé, alors qu’il était à côté du sujet lors de la finale des championnats du monde en 2009. Il avait la tête ailleurs. De plus, sa prestation lors des derniers championnats d’Afrique m’avait mise hors de moi. Comme tout être humain, Fabrice a donc connu des moments de faiblesse. Cependant, il a toujours su rebondir et s’est montré fort dans la tête, tout en acceptant les critiques. C’est pourquoi je demeure persuadé qu’il sort de l’ordinaire et qu’il se démarque des autres. Dans le milieu local, c’est lui qui sait motiver l’équipe et qui joue ce rôle de capitaine à la perfection.
Du côté de ses défauts dans la vie de tous les jours, je reconnais qu’il est parfois lent dans ses actions. J’avance ce fait pour l’avoir hébergé chez moi à Roches Brunes pendant quelques années. De plus, il n’est pas vraiment ponctuel aux séances d’entraînement. Toutefois, s’il est arrivé en retard, il sera le dernier à quitter le gymnase. C’est pourquoi je peux dire ma satisfaction d’avoir travaillé avec un athlète d’un tel niveau. Il n’aura maintenant qu’à confirmer sur la durée et de maintenir ce statut actuel.»