Avec près de 7 000 familles (chiffres officiels) vivant dans des poches de pauvreté, la demande pour les logements sociaux ne cesse d’augmenter. L’année dernière, 475 maisons en bois et tôle et 262 autres en béton sous tôle ont été livrées à des familles économiquement vulnérables ayant besoin d’être relogées. Si le premier objectif d’un logement social — qu’il soit de type intégré ou pas — est de permettre aux bénéficiaires d’avoir accès à des facilités de base pour vivre dans des conditions humaines et décentes, toutefois la superficie des maisons ne convient pas toujours au nombre de personnes que compose une famille bénéfi ciaire. Les maisons sociales construites sous le programme du CSR font 22 à 25 mètres carrés. Cette superfi cie passe à 31, 5 mètres carrés, cette année. Les bénéfi ciaires, souvent responsables de familles nombreuses, doivent s’accommoder avec cet espace limité.
«De toute ma vie, je n’avais jamais vécu dans une maison en dur», confi e une bénéficiaire d’un logement social. Cette dernière, une jeune femme d’une trentaine d’années est mère de deux jeunes enfants. «Depi mo zenfan, dan lakaz mo papa, mo ti pe res dan lakaz tol», poursuit-elle, tout en faisant du repassage, tâche à laquelle elle s’acquitte grâce à l’électricité. Pendant très longtemps, les conditions précaires dans lesquelles elle a vécu, l’ont privée de l’accès à l’électricité ou de toutes autres facilités de base. Après son mariage, elle a habité temporairement chez ses beaux-parents avant de construire une maison de fortune sur un terrain de l’Etat à Dubreuil. «C’était une maison en tôle, sans confort. Mais nous n’avions pas le choix», explique-t-elle. Et comme d’autres qui, comme elle, ont bâti des cases en bois et en tôle, la jeune femme a été expulsée du terrain – en 2010 – avant d’être relogée dans la vieille usine de thé du village. «Mo bizin rekonet ki nou ti alabri dan lizinn. Me selma li pa ti fasil ditou. Pa zis akoz ti ena buku fami ki ti pe viv ansam ek ki pa ti ena lintimite, me akoz limidite. Kan lapli bizin kouver, galoupe al twalet deor «, se souvient notre interlocutrice. Après avoir passé deux ans à l’usine, la jeune femme confi e que ce passage a été un grand sacrifi ce, lequel a été cependant payant. Depuis août dernier, sa vie a changé. Elle a enfi n une maison décente et surtout solide. «Siklonn inn pase, inn gaynn gro lapli, delo pann rant dan lakaz. Tou se ki mo ti bizin ti anplas. Mo pann gayn okenn traka», dit-elle ravie. Mais, malgré le confort que lui offre sa nouvelle demeure, la jeune mère de famille n’a qu’un objectif en tête : «Avec mon époux, nous voulons économiser pour payer le montant qui nous autorisera à agrandir notre maison. Elle est trop petite», confie notre interlocutrice.
Dormir au sol
Les maisons sociales construites par la National Empowerment Foundation (NEF) sont évolutives, ce qui permet aux bénéfi ciaires d’envisager les possibilités d’agrandissement selon des conditions. Notamment le paiement de manière régulière du loyer, dont la mensualité s’élève à environ Rs 600. Au bout d’une certaine période, les bénéficiaires qui se seront acquittés d’une somme équivalant à Rs 80 000 pourront alors commencer les travaux de construction pour agrandir leur maison. «Avek mo misye mo pe gete kouma nou kapav paye sa som la le pli vit pou nou mont ankor enn lasam», confie notre interlocutrice. Composée de deux petites pièces, avec un coin cuisine, d’une salle de bains et des toilettes attenantes, la maison de cette dernière est semblable à toutes celles de Résidences Dubreuil. «J’ai dû isoler ma cuisine avec du plywood pourque mon salon soit une pièce convenable. Comme mes enfants sont encore très jeunes, ils partagent mon lit et mon époux lui, dort sur un matelas, au sol», explique la jeune femme.
Promiscuité
Par ailleurs, face au problème d’espace, certains bénéfi ciaires de Dubreuil auraient annexé une extension, avec de la tôle, à leur maison pendant la période des fêtes. Et ce pour mieux recevoir leurs proches. Toutefois, ce type d’aménagement est formellement interdit. Mais à Dubreuil ou ailleurs, les bénéfi ciaires de logements sociaux sont contraints de compartimenter leur espace intérieur. Car dans la plupart des cas, les familles comptent, en moyenne 3 à 4 enfants, quand ils ne sont pas plus nombreux. Bien souvent, les bénéfi ciaires font le choix de compartimenter la pièce de vie afi n de disposer d’une pièce additionnelle qui sert de chambre. Au village intégré de la Valette, les maisons sociales – 50m2 – sont certes un peu plus spacieuses que celles de Dubreuil. «Mais elles sont malgré tout petites», observe Chantal Fanchette, de Quartier Lumière, organisation non-gouvernementale oeuvrant dans la région. «Les coins transformés en chambre non loin de la cuisine sont un danger pour la santé!», poursuit-elle. Vivre à plusieurs dans de 50 m2 pose également d’autres problèmes, notamment la promiscuité. «Quand le village intégré de la Valette n’était encore qu’un projet de construction, nous avions plaidé pour l’allocation des maisons selon le nombre d’occupants. Malheureusement notre requête n’a pas été considérée», confi e Chantal Fanchette. Mais, d’autre part, un logement social est a priori un tremplin pour une vie décente. Une nouvelle maison à loyer bas devrait encourager les bénéfi ciaires à sortir de l’assistanat. Plusieurs familles se sont tournées vers la culture des légumes pour devenir autosuffisantes. De son côté, la NEF assure qu’elle «évalue le changement qui opère dans une famille bénéfi ciaire suite à la construction d’une maison». D’ailleurs, la NEF insiste : «Les bénéficiaires ont le devoir d’honorer le contrat social qui les lie à la NEF, dont le devoir de remboursement, devoir de travailler, obligation de scolariser les enfants, respect de la famille, du voisinage et de l’environnement. Ils bénéficient aussi d’une formation en Life Skills Education et/ou comment créer des jardins potagers, entre autres.»
300 nouvelles maisons CSR cette année
Trois ans après la livraison de leurs logements, les résidents, en règle, de la Valette, peuvent désormais envisager l’agrandissement de leur maison à la signature de leur contrat. Entre-temps, la possibilité d’agrandir leur logement avait été donnée à ceux qui auraient fait preuve de responsabilité et payé un pourcentage de Rs 409 000, somme que représente le coût (Rs 442 000, l’Etat contribue un grant de Rs 33 000) de leur maison et qu’ils doivent rembourser sur une période de 23 ans. Mais, à ce jour, aucun bénéfi ciaire ne s’est saisi de cette opportunité. D’ailleurs plusieurs d’entre eux n’ont pas réglé leur loyer depuis plusieurs mois. Cette année, les 300 maisons en béton sous tôle qui (du programme CSR) seront livrées aux bénéfi ciaires de la NEF, passeront de 22-25 m2 à 31,5m2. Ce type de maison coûte Rs 240 000. Cependant les entreprises du secteur privé qui ont démontré leur intérêt, voire qui ont démarré la construction des maisons sociales sous le programme du Corporate Social Responsibility, sont tenues à respecter les guidelines du social housing, lesquels font mention de la superficie des logements. «The size of the concrete house with CIS (ndlr: Corrugated Iron Sheet) roof should preferably be between 22 to 25 square metres » Ce critère ne fait pas pour autant l’unanimité auprès des compagnies. «Une maison de cette superfi cie est trop petite pour une famille», avance le directeur de la fondation d’une entreprise. Ce dernier explique que dans le cadre d’un projet de construction de maisons sociales sous le CSR, la fondation a dû revoir la superficie initiale de chaque unité de logement. «Au départ, nous avons pensé à construire 25 maisons qui feraient 80 mètres carrés chacune. Mais à la NEF, on nous a dit que nous devions respecter les critères des guidelines. Comme nous avons dû reduire la superfi cie initiale, nous avons pu planifier la construction de plus de 25 maisons», explique notre interlocuteur. En effet, le nombre a été triplé. La livraison des premières maisons, au nombre decinq, est prévue pour fin janvier.