Les discussions actuelles tournant autour de l’éventuelle abolition du Best loser system et les tensions latentes qui en résultent portent un éclairage tout particulier sur la complexité socioculturelle du pays et sur les susceptibilités qui en découlent. Taboues, les questions religieuses, à Maurice ? Pas forcément. Mais bien que toutes les composantes de la population acceptent cette mixité qui fait de Maurice un exemple à travers le monde, il reste néanmoins que chaque communauté tient à conserver à la fois ses cultures et ses traditions et, en amont, la garantie que celles-ci seront correctement représentées dans l’hémicycle.
Est-ce à dire que Maurice n’a rien à apprendre de l’étranger ? Non, bien sûr. Mais un petit coup d’oeil sur ce qui se passe ailleurs, en France par exemple, permet de se rendre compte que la situation à Maurice, d’un point de vue des forces communautaires en présence, peut être enviable à plus d’un titre. Reprenons l’exemple de la France. La France est un pays laïque. La France, selon sa tradition républicaine assimilationniste, ne reconnaît aucune communauté, ethnique ou religieuse. La France jouit d’une liberté d’expression presque illimitée. La France n’est pas raciste et le principe d’égalité entre les hommes doit être respecté. En théorie…
La tradition républicaine française est tellement omniprésente dans les esprits qu’elle en devient parfois oppressante et finit par être bafouée. Pour illustrer cela sommairement, mais simplement, le Français a tellement peur qu’on le taxe de raciste qu’il va tout faire pour aimer celui qui ne lui ressemble pas, au risque de l’identifier simplement par ses origines, sa religion ou sa sexualité. L’autre – qui devrait être un simple Français – devient alors un noir, un arabe, un juif, un homosexuel…Le Français est un communautariste qui ne l’avoue pas.
La presse française est clairement soumise à cette pression communautariste latente mais qui transpire des pages de Libération, du Monde ou du Canard enchaîné.  D’ailleurs, une hiérarchie entre les religions plombant le journalisme français est identifiable. Au bas de l’échelle, il y aurait les chrétiens. Leur influence existe bien sûr, mais elle est d’ordre moral, culturel et souvent inconscient. Ils sont méprisés par les défenseurs de l’idéologie dominante en France, assez influents pour détruire un éventuel crédit de l’Église. Un des jours suivant la mort du pape Jean-Paul II, le journal satirique Charlie Hebdo s’est moqué sans aucune précaution de cet évènement. Les caricatures mettaient en scène la dernière érection du pape avant sa mort et autres situations profanes supposées comiques. Aucune réaction des catholiques n’a été médiatisée. Liberté d’expression oblige.
Concernant l’affaire des caricatures du prophète Mohamed dans le même journal, on se rend compte que les musulmans disposent d’un réseau communautaire plus important.  Les musulmans, blessés, exprimaient leur mécontentement face à des médias qui les insultaient. Les conséquences ont été visibles: débats politiques, violences, plaintes, procès. Mais toute l’élite française a affirmé haut et fort qu’on ne peut remettre en cause la liberté d’expression. Elle a été la gagnante de cette affaire.
Puis, il y a le judaïsme dont il est presque impossible de se moquer sans être taxé d’antisémite et, du même coup, marginalisé. Le dessinateur Siné, qui travaillait pour Charlie Hebdo, a été licencié pour s’être moqué du mariage du fils de Nicolas Sarkozy par une boutade sur la relation entre les juifs et l’argent. La mémoire de la Shoah est souvent un prétexte utilisé pour faire pression sur tous ceux qui pourraient salir l’image de la politique sioniste.
Une élite financière secondée par une classe politique peu scrupuleuse, profite largement de la crise sociale actuelle pour accroître son capital. Et, pour dissimuler cette stratégie bien rodée, il faut faire diversion. Il faut « diviser pour mieux régner ». Le citoyen doit se battre contre un ennemi fictif et ne pas identifier le véritable objet de sa lutte. D’où la construction d’un système divisant la communauté nationale. Doucement, la population française délégitime sa classe politique et désapprouve la logique économique dominante. Le risque est que cette prise de conscience populaire intervienne trop tard. Le peuple luttera d’abord contre lui-même, suivant la logique communautariste imposée, avant de se tourner vers une élite anonyme et pourtant redoutable.  « La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », écrivait Charles Baudelaire.