A man walks on a street as a bus is on fire following a demonstration against the Indian government's Citizenship Amendment Bill (CAB) in New Delhi on December 15, 2019. - Angry protesters in northeast India vowed on December 15 to keep demonstrating against a contentious citizenship law as the death toll from bloody clashes opposing the bill rose to six. (Photo by STR / AFP)

Le Premier ministre indien Narendra Modi est confronté lundi à la propagation à des campus universitaires des manifestations contre une loi sur la citoyenneté jugée discriminatoire à l’encontre des musulmans, donnant lieu à de violents heurts à New Delhi.

Surtout concentrées dans le nord-est de l’Inde ces derniers jours, entraînant la mort de six personnes, les manifestations se sont étendues dimanche soir à plusieurs campus du pays, en réaction aux violences plus tôt dans la journée au sein de l’université Jamia Millia Islamia de la capitale.

Manifestants et policiers se sont affrontés à l’intérieur et autour de cette université qui compte parmi les plus prestigieuses du pays, à la population étudiante majoritairement musulmane mais aux élèves de toutes les confessions et origines.

Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes et chargé la foule à coups de bâtons, tandis que les manifestants sont accusés d’avoir incendié quatre bus et deux véhicules de police. Des vidéos montraient des scènes de chaos à l’intérieur même des bâtiments de l’université, avec des étudiants ensanglantés.

Selon la presse indienne, une centaine d’étudiants et une dizaine de policiers ont été blessés dans ces heurts. Une cinquantaine de personnes détenues ont été relâchées lundi matin après avoir passé la nuit en cellule, a indiqué la police locale.

« La police n’a pas fait la différence entre les manifestations et les étudiants assis à la bibliothèque. De nombreux étudiants et employés ont été blessés », a déclaré Najma Akhtar, directrice de l’établissement, à l’agence ANI.

En solidarité avec les élèves de Jamia, des étudiants ont défilé dimanche soir dans de nombreuses universités indiennes, de Delhi à Bombay, d’Hyderabad à Patna en passant par Calcutta.

– Condamnation des violences –

À l’origine de ce mouvement de contestation, le « Citizenship Amendment Bill » (CAB), approuvé la semaine dernière par le Parlement indien, facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan mais à la condition qu’ils ne soient pas musulmans.

Pour ses détracteurs, cette loi s’inscrit dans la volonté du pouvoir nationaliste hindou de marginaliser la minorité musulmane dans le pays de 1,3 milliard d’habitants. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a qualifié le texte de « fondamentalement discriminatoire ».

Dans un communiqué diffusé via WhatsApp, les étudiants de Jamia ont condamné les violences et s’en sont dissociés. « Nous avons toujours maintenu que nos manifestations sont pacifiques et non-violentes et nous condamnons tout parti impliqué dans les violences », déclare le texte.

Dans le grand État d’Uttar Pradesh (nord), les autorités ont coupé internet dans plusieurs zones après des manifestations à Aligarh, siège d’une grande université et d’une large population musulmane.

Dans le nord-est indien, région mosaïque en proie à des heurts intercommunautaires fréquents et où l’immigration est un sujet extrêmement sensible, les manifestants s’opposent à la législation au motif qu’elle entraînerait selon eux un afflux dans leur région de réfugiés hindous du Bangladesh frontalier.

6.000 personnes ont défilé dimanche soir en Assam, le principal État de cette zone, sans incidents majeurs.

Le Premier ministre Narendra Modi a accusé le parti du Congrès (opposition) et ses alliés d’être responsables des troubles. Son bras droit, le ministre de l’Intérieur Amit Shah, a appelé au calme.

« La culture, la langue, l’identité sociale et les droits politiques de nos frères et sœurs dans le nord-est resteront intacts », a déclaré Amit Shah dans un discours.

Des organisations de défense des droits humains et un parti politique musulman ont déposé un recours contre la loi devant la Cour suprême, en arguant qu’elle est contraire à la Constitution et aux traditions séculaires indiennes.

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