Dimanche 29 juillet est prévue la rencontre des 1000 femmes, organisée par le Kolektif Fam, autour d’un document de réflexion dense et solidement structuré sur la place centrale des femmes dans un véritable changement social. Ce document, qui nous inscrit de plain-pied dans ce qui se passe hors de notre tasse de thé mauricienne, ouvrira grandes les portes lors du débat sur la décriminalisation de l’Interruption thérapeutique de grossesse (ITG). Le document prône, avec raison, des ruptures. Nous sommes dans un monde devenu fou. Le comportement récent de la Barclays et de la HSBC et de la Banque Vaticane elle-même, après celui de Goldman Sachs, confirme ce que le mouvement Occupy Wall Street dénonçait. Nous avons affaire à une poignée de bandits qui tiennent le monde en otage. D’après James Henry du Tax Justice Network et ex-Chief Economist de McKinsey « A global super-rich elite had at least $21 trillion (£13tn) hidden in secret tax havens by the end of 2010, » C’est l’équivalent des économies combinées des États-Unis et du Japon.
Dans cette situation où les gouvernements eux-mêmes sont des otages, l’espoir consiste en cette immense vague de luttes et de mouvements qui ont abouti à ce que les Nations unies appellent l’approche fondée sur les droits. Les femmes y jouent un rôle capital. Ce sont elles qui ont fait condamner, en tant que crime contre l’humanité, le viol utilisé comme arme de guerre. « Human rights serve to mark the boundaries necessary for states’ inclusion within the international political society. » – Josuah Cohen, Director, Program on Global Justice, Freeman Spogli Institute.
Aucun diktat mais des conventions signées par les États qui doivent en être accountable. Ces luttes entrent en conflit avec les traditions, institutions et coutumes qui imposaient leur manière de voir sans souvent se rendre compte des discriminations qui en résultaient. Les arguments d’autorité ne servent plus. Partant des victimes de discriminations, certaines de ces luttes ont d’ailleurs aidé à révéler le vrai message des textes religieux.
Loi de Dieu ?
Notre histoire chrétienne devrait nous rendre très circonspects en parlant de « Lois de Dieu ». Une très grande majorité de chrétiens et de chrétiennes diraient sans hésiter que la femme a été créée « d’une côte d’Adam » en référence au 2e chapitre de la Bible. L’homme créé à l’image de Dieu et la femme créée à l’image de l’homme. Dans ce chapitre, elle est présentée comme faible, tentatrice, complice du démon. Tertullien, le plus grand théologien de son temps, louait ainsi la femme : « tu es le portail du démon, … tu es la première à avoir déserté la loi divine … tu as détruit si facilement l’image de Dieu, l’homme … ton châtiment qui est la mort ». Si nous n’avons plus de Tertullien, l’utilisation exclusive de ce chapitre comme d’autres textes semblables ainsi que leur traduction dans les mentalités et dans les lois ont grandement contribué à l’infériorisation des femmes pendant plus de deux millénaires. Il s’agit d’une des racines des violences de toutes sortes que les femmes subissent encore aujourd’hui. Une des racines de cette oppression qu’est le sexisme.
Et pourtant le premier Chapitre de la Bible indique très clairement « à l’image de Dieu … Homme et Femme Il les créa ». Donc égaux. Ce sont nous, les mâles au pouvoir politique et religieux, qui avons imposé exclusivement le 2e chapitre comme « Loi de Dieu ». Cette interprétation sacralisait le patriarcat et ses conséquences. Celui-ci se serait développé il y a plus de quatre mille ans. Il aurait remplacé les déesses par des dieux mâles et les chamanes et les chamans – qui avaient égal pouvoir et considération – par un clergé exclusivement mâle. Les rois et empereurs se sont appropriés Dieu. La colonisation occidentale qui se réclamait du Christianisme allait répandre dans une bonne partie du monde une conception de la société construite sur l’infériorité de la femme. Au Moyen Âge étaient brûlées comme hérétiques ou sorcières celles qui osaient s’aventurer sur le domaine des mâles. La réaction des femmes allait se développer vers le milieu du 19e siècle. Elizabeth Stanton, qui lutta pour l’abolition de l’esclavage, est aussi considérée comme l’initiatrice du mouvement pour le droit des femmes aux États-Unis. En collaboration avec 26 militantes, elle publiait en 1895-98 la Women’s Bible. Celle-ci contestait l’interprétation exclusivement masculine de la Bible. Après 172 ans nous en sommes toujours à la côte d’Adam. Bien sûr, tous nos savants théologiens expliqueront que côte d’Adam veut dire semblable, complémentaire. La culture, ce sont une série de signes qui se combinant d’une certaine façon délivrent un message. Le message, c’est en réalité le sexisme. On élimine tant le sexisme que le racisme en les attaquant de front. Cela m’amuse d’entendre des clercs invoquer Margaret Meade pour décrier toute cette lutte pour la gender equality. Que cette femme extraordinaire, après avoir inspiré le féminisme ait pris ses distances des féministes des générations suivantes, est normal dans toute lutte. Elizabeth Stanton fut marginalisée pour s’être attaquée avec raison aux fausses racines religieuses de la subordination des femmes.