Le vote en faveur des amendements proposés aux deux lois-cadres du travail, qui s’est joué aux petites heures ce matin à l’Assemblée nationale, constitue un véritable revers pour la classe syndicale. Le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, remporte de ce fait la bataille engagée depuis plusieurs mois, concernant le principal contentieux, soit le droit de grève, avec la suppression de l’article 9 (2) de l’Employment Rights Act. Dans la conjoncture, la General Workers Federation et le Joint Negotiating Panel jouent leur va-tout sur le rassemblement du 1er-Mai pour valider une grève prévue à la prochaine récolte avec pour objectif que les négociations se déroulent selon un accord signé lors du conflit de 2012 dans le secteur sucre.
Après une nuit de suspense, avec le prolongement jusqu’à fort tard de la séance parlementaire, les syndicalistes de tous bords ont appris vers 3 heures ce matin que l’Employment Rights Act et Employment Relations Act ont été amendés et que de ce fait, les « préjudices » seront « inévitables » pour les travailleurs. Depuis, dans le camp syndical, on ne parvient toujours pas à digérer le revers essuyé au sein de l’hémicycle.
« C’est un véritable coup d’État contre les droits des travailleurs, commandité par la Mauritius Sugar Producers Association et la Mauritius Employers Federation. Trente-trois députés du gouvernement Ramgoolam ont voté en faveur de ces amendements. Aster lakoler ki pe leve dan pei zot pa pou kapav bare ! », réagit Ashok Subron, animateur de la General Workers Federation (GWF) et du Joint Negotiating Panel (JNP) de l’industrie sucrière.
Avec les deux lois-cadres du travail amendées et la suppression de l’article 9 (2) de l’Employment Rights Act, touchant au droit de grève, (ndlr : voir le compte rendu de la séance parlementaire à cet effet plus loin), les syndicalistes se rendent à l’évidence que les négociations à venir dans les différents secteurs de l’économie seront plus que jamais éprouvantes. « Sous les directives des patrons, le ministre Shakeel Mohamed, le Premier ministre Navin Ramgoolam et les autres 31 députés complices, ont complètement changé les procédures des lois pour rendre les négociations — en vue d’améliorer le salaire et les conditions d’emploi — encore plus difficiles. Le droit de grève a été verrouillé. La loi a été amendée pour permettre aux patrons de fer dominer avec les travailleurs qui recourent à la grève pour réclamer leurs droits », poursuit Ashok Subron.
Dans la conjoncture, le tandem GWF/JNP affirme que l’avenir sera des plus compromettants pour le gouvernement de Navin Ramgoolam et que le Parti travailliste aura à subir de lourdes conséquences politiques. « Au lieu de prolonger les travaux parlementaires jusqu’à fort tard pour débattre de la sécurité publique afin d’éviter des catastrophes comme celle du 30 mars, le gouvernement de Ramgoolam fait fi de la souffrance et du traumatisme de la population — après ces inondations meurtrières — et réalise un coup d’État contre les droits des travailleurs. Zame travayer Moris pou pardonn enn tel mank direspe ! Travayer pou vir kont gouvernman Ptr. Lakoler lepep pe grandi. Zame enn gouvernman ek kapitalist pou kapav touf laswaf travayer pou lazistis sosyal ek pou enn meyer partaz larises. Zot pe rod blok travayer ek lepep, me se aster ki lepep pou desene ! », soutient le syndicaliste Ashok Subron tout en lançant un appel pour l’importante mobilisation prévue pour la fête du Travail le 1er mai.
Au cours de ce rassemblement prévu à l’auditorium Octave Wiehe, à Réduit, les travailleurs passeront au vote pour valider la motion d’une grève générale dans l’industrie sucrière à la prochaine récolte ; le principal objectif étant que les négociations 2013 se déroulent comme convenu dans l’accord signé à l’issue du grand conflit dans ce secteur l’année dernière et ne reposent pas sur les nouvelles lois du travail votées hier au parlement et qui entreront en vigueur sous peu.