Une centaine de jeunes, de 7 à 40 ans, se sont réunis le dimanche 4 décembre à Beau-Bassin pour célébrer le manga. « Manga, ki ete sa ? » Il serait difficile pour un féru de littérature plus « conventionnelle » de comprendre cet engouement. Comment et pourquoi s’identifierait-on à Goku, ou aux chevaliers du zodiaque ? Animu 2011 aura éclairé notre lanterne. Manga, au-delà de la mania : une attitude…
Animu 2011 en est à sa deuxième édition. Christelle Barbe du Grup_KXZ, principale organisatrice épaulée de Yash Emrit de Pentacle et de Preet Greedharry, nous parle de sa détermination, son dévouement à la « cause manga ». Rome n’a pas été construite en un jour. Ils l’auront compris.
« Déjà, l’organisation de l’édition de l’année dernière relevait du parcours du combattant… Pas un sponsor ! Cette année non plus, pas un sponsor ! Nous avons puisé dans nos propres fonds… Mais nous nous estimons récompensés… Presque pas de couverture médiatique l’année dernière, mais c’est la presse qui est venue à nous cette année », souligne Yash Emrit. Et de déplorer le manque d’intérêt des autorités vis-à-vis de cette passion, de ce « hobby bien plus qu’un hobby ».
Une centaine de fans de tout âge se sont en effet réunis au Triveni Hall. Les uns déguisés en personnage de Naruto et d’autres en Pokémon… Les choses ne sont pas faites à moitié. La démonstration de Cosplay (voir lexique) aura lieu bientôt. Une vingtaine de participants inscrits… et un soin du détail poussé à l’extrême. Le Mauricien s’est entretenu avec Stefan Wong, le gagnant du Cosplay, qui arbore le costume de Vash Stampede, personnage de Trigun. « Je prépare mon costume depuis l’année dernière. Tout y passe : similicuir, bouts de tuyau pvc, carton… Mon costume m’aura coûté plus de Rs 4 000, sans compter les nuits blanches. J’ai tout fait moi-même, de la réalisation du patron à la couture. »
À la découverte du Japon
Nous l’aurons vite compris. Il ne s’agit pas d’une passion anodine. Le manga est avant tout une composition culturelle « plus que complexe ». Comme quoi, ce n’est pas le propre des Japonais que de laisser les choses au hasard. Et le Mauricien fan de manga le lui rend bien. Survol de cette « philosophie » avec Yash Emrit…
« Le manga va au-delà de la BD conventionnelle. Bien sûr, il y a un manga pour les enfants mais on se rend vite à l’évidence qu’à un niveau plus poussé, il s’agit d’une composition imagée autour de l’histoire du Japon, de la souffrance d’un peuple, de leur culture », soutient-il. Et de faire ressortir qu’il s’agit bien d’une littérature au niveau d’exigence comparable à ce qui se fait de « mieux » au niveau de la prose.
Citons là par exemple, Osamu Tezuka, créateur d’Astroboy et mangaka révolutionnaire. Il aura su adapter, réinventer et rendre de vibrants hommages à des mythes cinématographiques et littéraires aussi divers que Pinocchio, Faust, les chroniques futuristes de Isaac Asimov, Crime et Châtiment de Dostoïevski. Non, il ne s’agit définitivement pas que de ti-komik mais de culture graphique avant tout. Le manga : un art qui fait vivre un brin de Japon à Maurice.