Vlan ! Cette gifle sonore que vous venez de prendre en pleine tronche, vous l’avez méritée si vous avez osé faire l’irrévérencieux amalgame entre ces poupées pour gran zanfan et Barbie et consoeurs. Si cela ne vous a pas traversé l’esprit, oups !
Pour nous faire pardonner, nous vous entraînons à la rencontre des BJ Dolls, une espèce en pleine croissance sur la planète et que nous présente Christelle Barbe.
Isenberg est un vampire. Les canines qui pointent au coin de ses lèvres fines ne trompent pas. Les doigts délicats et allongés, les traits raffinés accentués par un léger maquillage, la chevelure stylisée de mèches blondes, un costume blanc et noir design qui laisse paraître ses sabots bleus : son élégance lui confère un air pop noble. Rien à voir avec les vils Nosferatu monstrueux qui surgissent parfois à l’écran en gueulant et bavant. Isenberg est d’une autre race bien plus classe. Il a passé les douanes mauriciennes dans une belle boîte rembourrée, venant d’Asie par avion. Débarqué et déballé en secret dans la chambre de son hôte, il a aussitôt repris vie à l’abri des regards indiscrets, au milieu de quelques autres spécimens de son espèce, qui ne compte pas que des vampires.
Roman-photo.
Quelques curieux initiés ont suivi ses premiers pas en cette nouvelle terre lorsque des photos racontant l’intégration d’Isenberg ont commencé à être postées sur des sites spécialisés. L’histoire de notre beau vampire et de ses conquêtes se raconte sous la forme d’un roman-photo. Ceux que le conte a accrochés ont suivi les transformations qui, plus tard, sont venues améliorer son physique et ses aptitudes. Comme pour les autres, sa métamorphose est un processus continu.
Entre-temps, son entourage s’élargit; d’autres personnages débarquant occasionnellement pour agrandir la famille. En terre mauricienne, chacun poursuit la destinée qui est désormais sienne. L’invasion a commencé.
Doll friendly.
Ailleurs, elle a déjà eu lieu. Après avoir établi leur base en Asie, les semblables d’Isenberg ont marché vers les autres continents. Partout, leur pouvoir de séduction a été tel qu’ils ont pris le contrôle d’êtres humains dont le nombre croît de manière exponentielle. Ceux-là, on les surnomme les doll people. Passionnés, fortement envoûtés et se plaçant au service des petits personnages, ils sont organisés en une grande communauté internationale qui reste en contact sur les réseaux sociaux et des pages spécialisées. C’est par leur intermédiaire que les dolls eux-mêmes établissent contact, tissent des liens et vont même jusqu’à flirter avec leurs amies poupées virtuelles lorsque l’occasion se présente.
Ball-jointed dolls.
Baignés, habillés, maquillés, chouchoutés dans une méticulosité orgueilleuse, les personnages vivent leur vie selon l’attention qui leur est accordée et en fonction de la personnalité qui leur a été insufflée. Les uns se la coulent douce dans un décor patiemment monté pour permettre leur pleine intégration. D’autres partent d’aventure en aventure, en fonction de scénarios imaginés spécialement à leur intention pour que leur existence soit aussi palpitante que possible.
Vous voilà embarqués dans un voyage à la rencontre d’une espèce méconnue dont la population ne cesse de grandir à travers la planète : les BJ Dolls. Nom générique donné aux ball-jointed dolls, des poupées pour gens sérieux. Car comme le précise l’encyclopédie en ligne Wikipédia, “une ball-jointed doll (BJD) est une poupée à articulations sphériques. Ce sont des poupées articulées qui ne sont pas destinées aux enfants mais aux collectionneurs”.
Customize me.
Réalisée en résine polyuréthane, la poupée est maintenue par des élastiques qui passent à l’intérieur du corps et grâce auxquels elle peut effectuer plusieurs types de mouvements. Mais la particularité de ce joujou pour grande personne est que la BJ Doll est entièrement customisable.
C’est d’ailleurs tout l’intérêt derrière ce craze : chaque propriétaire peut conférer une personnalité à sa poupée à travers des vêtements, des cheveux, des accessoires, du maquillage, entre autres. Souvent réalisée en édition limitée, chaque doll devient unique et développe sa propre personnalité. Photographiées, montrées, racontées, les poupées vivent à travers l’exposition qui est faite d’elles par les doll-people, très actifs sur le net.
Christelle, doll person.
Ce craze qui nous vient d’Asie nous a été dévoilé par Christelle Barbe qui, depuis des années, baigne en plein dans la culture japonaise contemporaine. Parallèlement au manga, au cosplay et autres segments de cette culture, la bédéiste/designer s’intéresse aussi passionnément aux BJ Dolls. C’est pour mieux nous en parler qu’elle nous a fait faire la connaissance du charmant Isenberg.
Placée entre les mains de Christelle Barbe depuis 2010, la sculpture de résine a subi plusieurs modifications. Ses membres ont été changés, sa tête provient d’une collection limitée, les sabots qui remplacent ses anciennes jambes aussi. Une nouvelle perruque, de nouveaux vêtements et accessoires sont venus compléter sa métamorphose.
Zouzou.
Il en a été de même pour Eden, Edel, Ireel, Yzra et Alucard, qui composent sa collection à ce stade. Christelle Barbe a donné une personnalité à chacun et leurs histoires sont racontées à travers des mises en scène photographiées et postées régulièrement sur le net.
Tout cela ne relève pas du zouzou menaz. L’affaire est prise avec un grand sérieux par les passionnés, qui investissent du temps et des sommes considérables dans ce passe-temps. Les poupées elles-mêmes sont souvent considérées comme des oeuvres d’art en raison de l’expertise requise pour leur réalisation. D’ailleurs, pour la confection de certains, on parle davantage de sculpture que de fabrication.
Lui, la doll mauricienne.
C’est précisément ce qu’a fait Christelle Barbe quand elle a créé Lui, il y a quelques mois. Cette première BJ Doll mauricienne, elle l’a fabriquée en se référant aux conseils de professionnels, et l’ensemble du travail lui a pris plusieurs heures. Une nouvelle étape pour Christelle Barbe, qui entretient sa passion par de nouvelles expériences, des échanges et de nouvelles commandes.
Mais il faut faire très attention en commandant une BJ Doll sur internet. Comme dans d’autres secteurs, des pirates ont pris d’assaut le domaine et mettent sur le marché des contrefaçons de mauvaise qualité. À travers le monde, la communauté des doll-people veille au grain et fait part de ses doutes sur les différents forums spécialisés.
Expo.
À Maurice, les trois propriétaires de BJ Dolls recensés se rencontrent parfois en compagnie de leurs poupées. Histoire de les laisser entre elles, le temps que les passionnés discutent de BJ Dolls et s’échangent des informations.
L’année dernière, les poupées de Christelle Barbe étaient sapées en samouraï lors de la rencontre Animu au Triveni de Beau Bassin. En décembre, elle compte leur confectionner des tenues chics et classes pour le rassemblement de 2012.
Et re-vlan, si vous persistez à penser à Barbie !