Kaya doit sourire de là-haut. Il a pu éveiller la conscience de chacun, toutes générations confondues, autour de ses chansons empreintes de paix, d’amour et d’unité. Des textes à messages véhiculés à l’unisson et empreints de cette touche de générosité qui ont su gagner les cœurs de ceux ayant fait le déplacement hier au Port-Louis Waterfront pour un hommage à Kaya. Vingt ans après, les gens se souviennent encore et, le plus surprenant, c’était de voir l’engouement de cette nouvelle génération, qui n’a pas vraiment connu Kaya, reprendre sur scène ses chansons.

« Li pa vreman enn konser, li enn evennman pou komemor 20 an lamor Kaya. Partou pe fet Kaya diferaman pou montre leritaz so lamizik. Ce qui est intéressant ce soir au Port-Louis Waterfront, c’est que ces personnes, qui ont fait le déplacement, sont pour la plupart des inconnus mais Kaya finn tous zot leker », confie Danny Philippe, travailleur social. Il explique que l’histoire de Kaya a démarré à Roche-Bois et qu’il est « nécessaire » de faire perdurer sa mémoire, et ce en faisant connaître aux jeunes sa musique. « Zordi Kaya lor sit MCB. Mem Blue Penny Museum pe rann li omaz », indique-t-il.

Hier soir, des voix sont montées en vibrato sur la scène, aménagée au Port-Louis Waterfront. Parmi, La Nikita interprétant Fam Dan Zil, et Darriana Amerally, Soley leve, deux jeunes qui ne sont pas de la génération de Kaya mais qui se sont laissées porter par ses mots et sa voix. Il avait aussi Blakkayo, Steeve Laridain, Soldat Zion et Dagger Kila. Des poèmes ont aussi été composés à partir des chansons de Kaya et une voix en toile de fond faisait écho des messages universels du défunt chanteur. « Lape, Lamour, Linite ».

L’Omaz 20-T-An à Kaya hier au Port-Louis Waterfront à l’initiative du ministère des Arts et de la Culture et du Centre Nelson Mandela, était fluide et sans discours. Juste un rappel de mémoire d’un grand seggaeman —porté par des voix d’une jeune génération et le talent musical de l’atelier Mo’Zar —qui a cru dans les valeurs de la vie et qui a su faire corps avec cette société, la prenant sous son aile en lui faisant prendre conscience que la paix, l’amour et l’unité étaient des sentiments beaucoup plus palpables et forts que la violence, l’indifférence et la non-tolérance.

Il n’y avait pas la grosse foule hier, qu’importe, mais il y avait surtout ce recueillement des petits juchés sur l’épaule de leurs parents, des marins taïwanais, des familles, des vieux, des jeunes, bref, chaque Mauricien qui s’est vu en Kaya a choisi d’être présent. Le père Laurent Rivet, présent et qui n’avait que 19 ans à la mort de Kaya, a eu « un choc » à la mort du chanteur. « So lamor inn kre enn tsunami dan bann konsians bann morisien. J’ai choisi de répondre à l’appel du Christ mais les paroles de Kaya ne me laissent pas insensible car il a répondu à ce cri d’un peuple en pleine souffrance », dit-il.

Il y avait aussi ce parfait alliage musical entre Eric Triton à la guitare et Shakti Ramchurn au tabla pour interpréter Ras couillon, un des morceaux de Kaya. Dagger Kila considère Kaya comme « enn deziem Bob Marley dan lemond ». Et, quand on lui demande pourquoi il a occulté dans la chanson Ki to ete twa, où il n’a pas repris le refrain, où Kaya parle de « malbar, sinwa, afrikin, blan, kifer rasist fanatik isi, kot sakenn pe get so diferans », Dagger Kkila dira: « sak artist finn interpret Kaya selon so feeliing. Mwa monn sant li a mo manier.

Pa finn ena okenn sansir, sakenn finn sant are so feeling. Lafin tou artist finn reini lor enn mem platform pou sant Sime lamimier. Nou mesaz li idantik à Kaya: Lape, Lamour, Linite. » Lorsque l’air de Song of free man repris par Soldat Zion retentit, les gens se laissent emporter sur ce Redemption Song qui sonne comme une libération des consciences. 20 ans après Kaya, “a free man of great vision”, demeure dans l’esprit de tous les Mauriciens.