Le Home Office du Royaume- Uni menace de déporter une adolescente issue d’une famille chagossienne, et ce même si sa mère est de nationalité britannique.

En effet, Taniella Moustache, âgée de 18 ans, qui vit à Milton Keynes depuis six ans et qui espère étudier la psychologie dans une université britannique, pourrait se retrouver séparée de sa mère et être envoyée à l’étranger sans famille. C’est ce que rapporte la presse britannique depuis mercredi soir. Sa grand-mère faisait partie des personnes expulsées de force par le gouvernement britannique des îles Chagos en 1971 et réinstallées aux Seychelles.

Les conséquences de cette expulsion initiale, soit pour libérer l’archipel pour une base aérienne américaine à Diego Garcia, menacent désormais la troisième génération de la communauté chagossienne basée au Royaume-Uni, qui n’a pas de droit automatique à la citoyenneté britannique. Cette situation découle du scandale Windrush, qui secoue actuellement le gouvernement britannique de Theresa May et concerne des personnes détenues à tort, privées de droits et menacées d’expulsion.

Selon la presse britannique, notamment The Guardian, dans environ 63 cas, des personnes ont été expulsées à tort du Royaume-Uni par le Home Office. Un grand nombre des personnes touchées sont des natifs britanniques et étaient arrivés en Grande-Bretagne avant 1973, en particulier de pays des Caraïbes membres de la génération Windrush. La mère de Taniella Moustache, elle, est née aux Seychelles. Jeannette, âgée de 38 ans, est venue au Royaume-Uni en 2006 pour trouver un emploi et travaille maintenant dans la restauration à l’Open University. Ses deux filles, Taniella et Nesta, qui a maintenant 16 ans, sont venues la rejoindre quelques années plus tard, quand elle a pu les faire venir au Royaume-Uni. Jeanette a la citoyenneté britannique, contrairement à ses filles. Taniella et Nesta risquent ainsi à leur tour d’être expulsées lorsqu’elles atteindront l’âge de 20 ans, à moins que leur mère ne puisse collecter des fonds suffisants pour payer les procédures juridiques nécessaires pour la demande de citoyenneté.

The Guardian a rapporté la déclaration de Jeanette Valentin, qui affirme que « le gouvernement britannique a retiré ma famille des îles Chagos et y a installé une base militaire mais ne souhaite plus que mes enfants soient citoyens britanniques ». Elle laisse entendre également que « le Home Office a déclaré qu’il ne pouvait pas donner de passeport britannique aux enfants car ils n’étaient pas nés en Angleterre ». Selon elle, « les autorités britanniques disent que je dois demander la citoyenneté mais je ne peux pas me le permettre car c’est beaucoup d’argent, soit environ 1 600 livres par enfant ». Elle a aussi déclaré avoir entendu parler d’autres personnes ayant des problèmes similaires, notamment des jumeaux séparés, l’un vivant aux Seychelles et son frère en Angleterre.

Henry Smith, le député conservateur de Crawley, dont la circonscription abrite la plus grande concentration de Chagossiens, a présenté un projet de loi offrant une voie légale à toutes les personnes d’origine chagossienne pour obtenir la citoyenneté britannique. Des débats parlementaires sont prévus au Parlement britannique ce mois-ci. Par ailleurs, Tom Guha, président de l’UK Chagos Support Association, a déclaré pour sa part qu’il est « vraiment touchant de voir autant des gens se rassembler autour de Jeanette Valentin et faire don de leurs revenus, durement gagnés, pour que sa fille reste » dans le pays.

Selon lui, il revient au gouvernement britannique de « réparer ce gâchis » et qu’il peut « y avoir un début en appuyant le projet de loi de Henry Smith ». Un porte-parole du Home Office a toutefois déclaré qu’en vertu de la législation britannique en vigueur sur la nationalité, la citoyenneté n’est généralement transmise qu’à une génération née à l’étranger, ce qui signifie que les petits-enfants des Chagossiens réinstallés ne peuvent prétendre à la citoyenneté britannique.