On dirait que ce sont les bulletins de vote qui font du porte-à-porte depuis le 8 novembre, jour du décompte des voix suivant les élections générales de la veille. Avant le scrutin, les aspirants députés arpentaient rues, ruelles, sentiers et allées de marchés forains pour aller à la rencontre des électeurs dans l’espoir d’obtenir leurs suffrages. Après les élections, ce sont les bulletins de vote déjà remplis qui se baladent

On n’a jusqu’ici recensé que deux bulletins qui se sont échappés des boîtes où elles sont censées être soigneusement conservées et mis sous scellés et placés sous bonne garde au cas où la Cour suprême décidait d’ordonner un recomptage des voix, mais c’est déjà deux de trop. On organise des élections à Maurice depuis des lustres et, jamais, au grand jamais, des bulletins de vote ne se sont retrouvés dans la nature, sur l’asphalte et dans des boîtes à lettres. C’est très grave. Cela instille un doute sur  la conduite des dernières élections.

Il est vrai que la Commission électorale a été prise de court par les mic-macs politiciens et calculateurs de Pravind Jugnauth qui a décidé d’organiser des élections un jeudi et en pleins examens et qu’elle a dû faire avec ce dont elle disposait en termes de délai, d’infrastructures et de personnel. Écoles remplacées par des gymnases, salles improvisées, mais ça commence quand même à bien faire.

Il y a eu les absents de la liste électorale pendant que des étrangers et ceux qui ont changé d’adresse pouvaient remplir leur devoir civique. Cela a engendré une grande frustration chez ceux qui ont été privés de leur droit de vote. Cela ne sert à rien à cet avocat du Premier ministre qui, triomphal au Bâtiment du Trésor, avait considéré que Medpoint était un “laké ferblan” et membre de l’Electoral Supervisory Commission, de venir balayer d’un revers de la main les protestations des privés du droit de vote en disant que ce n’était qu’un nombre infime de votants qui est concerné. Ici aussi, un votant potentiel retiré de la liste en est un de trop.

C’est le devoir de l’organisme régulateur et aussi du citoyen de veiller à ce qu’il soit inscrit. Et c’est aussi la responsabilité de la commission de recommander au gouvernement de dépoussiérer de vieilles lois pour que le mode d’enregistrement des électeurs soit plus moderne et plus flexible. Comme l’ont si bien dénoncé de nombreux internautes, lorsqu’il s’agit de les trouver pour les inclure sur la liste électorale, cela paraît compliqué mais, par contre, lorsque la Mauritius Revenue Authority a besoin de les traquer pour le moindre sou manquant, c’est alors très facile de les repérer.

Et ce n’était pas le seul problème recensé. Le personnel mobilisé le jour du scrutin ne semblait pas maîtriser son sujet. On sait que le bureau du commissaire électoral a eu toutes les peines du monde pour obtenir que des fonctionnaires viennent travailler au pied levé les 7 et 8 novembre, nombreux étant les parents en congé à cette époque pour accompagner leurs enfants pendant cette période d’examens  Mais cela ne peut expliquer que ceux retenus aient pataugé à ce point dans l’à-peu près.

Nous avons été témoins de drôles de situations le jour du vote. En présence de la carte d’identité et du nom parfaitement bien écrit sur la liste devant lui, l’officier en classe de vote a, néanmoins, lançait à haute voix le nom d’un électeur en l’estropiant grossièrement. Ce dont se sont amusés les agents politiques présents mais qui n’a pas du tout été du goût du votant.

Mais il y a pire. Une vieille dame venue à pied a, comme tout le monde, été invitée à présenter sa carte d’identité. Elle a dit l’avoir laissée à la maison. Elle était sur le point de rebrousser chemin pour ne plus retourner lorsqu’un votant a rappelé à la fonctionnaire de service que c’était de son devoir de demander à la dame si elle n’avait pas une autre pièce d’identité sur elle.

Ce qu’elle a fait. La petite vieille, qui avait sa carte de bus, a finalement pu voter. Pas étonnant qu’ils soient nombreux à dire que certains fonctionnaires ont “get figir” ou qu’il y a même ceux, à peine déguisés, qui ont agi comme de vulgaires agents des partis du pouvoir.

Toutes les institutions de ce pays ont déjà été mises à mal par un interventionisme politique dangereux qui ne respecte rien et qui ne sauve même pas les apparences. La MBC a été au dessous de tout durant cette campagne électorale, où ce sont les piètres porte-parole du socioculturel qui ont eu droit de cité, comme si c’est une alliance Dulthumun/Grégoire qui jouait sa survie. Le National Security Service est devenu un outil strictement politicien.

Après l’épisode Medpoint, il ne faut pas exclure que l’ICAC récidive dans l’affaire Boskalis et qu’il change de place à la table des procédures, et que de procureur, elle se mue une nouvelle fois en défenseur. Ensam tou posib, non? Le système électoral lui-même est dépassé et vicié. Il peut priver un bloc politique, qui recueille 35% de suffrages, dans une lutte à deux, de toute représentation à l’Assemblée nationale, mais il peut permettre, dans une confrontation triangulaire, un parti, qui ne récolte que 37% des voix de s’approprier 63% de sièges. Il y a le système et il y a l’organisation des élections.

Avec les nombreux couacs enregistrés pour la première fois dans l’organisation d’un scrutin, l’Electoral Supervisory Commission laisse des plumes. Sa composition était déjà contestée depuis l’arrivée d’agents actifs du MSM, mais là, cela va un peu trop loin.

Un tel organisme est partout considéré comme sacré. Et lorsque c’est le dernier bastion qui vacille, pas les fiefs électoraux des uns et des autres, mais celui qui est le garant du vote populaire et de la bonne tenue d’un scrutin, il faut vraiment commencer à s’inquiéter. Ça peut un de ces jours se terminer comme en Bolivie