Depuis le début de la soirée d’hier, c’est le soulagement au sein de la cellule de crise présidée par Cédric de Spéville, Chief Executive Officer (CEO) du groupe Food and Allied Industries Limited (FAIL) aussi bien qu’au ministère des Affaires étrangères à Port-Louis. Les négociations au cours de ces dernières 48 heures menées par Clifford de Roquefeuil Noël, General Manager d’Avitech, la filiale malgache de FAIL, ont porté leurs fruits. Benoît Ng Fuk Cheong, Operations Manager chez Avitech (55 ans) et son épouse Maureen, pris en otage par des ravisseurs malgaches, ont été libérés. La confirmation a été donnée par Clifford de Roquefeuil Noël, qui s’est personnellement rendu au rendez-vous indiqué par les ravisseurs et l’ambassadeur de Maurice à Madagascar Gérard Lemaire, qui avait eu une conversation téléphonique avec Benoît Ng Fuk Cheong alors qu’il se dirigeait sur les lieux de l’échange.
Les recoupements du Mauricien auprès des sources concordantes indiquent les lieux où le couple franco-mauricien a été retrouvé à une vingtaine de minutes en voiture des lieux où ils avaient été enlevés au centre-ville d’Antananarivo alors qu’ils venaient de voter pour l’élection présidentielle en France. « Nous sommes OK ! Nous rentrons à la maison. Nous sommes fatigués et nous voulons nous reposer », a déclaré Benoît Ng Fuk Cheong à Gérard Lemaire, l’ambassadeur de Maurice à Madagascar, qui a assuré la coordination des autorités mauriciennes et malgaches au cours des dernières 48 heures. Il était alors vers 20 heures (heure de Maurice).
Toutefois, l’homme, qui a été au centre du dénouement heureux de cette prise d’otages, n’est autre que le General Manager d’Avitech dans la Grande île ; depuis leur enlèvement, dimanche en début d’après-midi, il a été en contact avec Benoît Ng Fuk Cheong au téléphone. « Le / les ravisseurs n’avaient autorisé Benoît Ng à communiquer qu’avec Clifford de Roquefeuil Noël. Nous pouvons confirmer qu’il y a eu des contacts téléphoniques réguliers entre l’Operations Manager d’Avitech et son General Manager lors de l’étape des négociations », font comprendre des sources autorisées contactées par Le Mauricien.
Ainsi les contacts suivis assurés par le General Manager d’Avitech avec les preneurs d’otages au cours des premières vingt-quatre heures depuis dimanche après-midi auraient techniquement débouché sur un dénouement plus rapide de la prise d’otages. Le Mauricien a appris de sources bien informées qu’un premier rendez-vous avait été fixé pour la libération des otages. Entre-temps, sur la base de certaines informations sur le terrain, l’endroit où étaient séquestrés les otages mauriciens avait été localisé avec la collaboration des autorités malgaches bénéficiant du soutien logistique des Security Desks aux ambassades de France et des États-Unis à Antananarivo.
Mais ce premier plan de libération du couple Ng Fuk Cheong, prévu lundi après-midi, devait tout simplement échouer. Les ravisseurs ont décommandé le rendez-vous à la toute dernière minute car ils soupçonnaient de tomber dans un traquenard élaboré par la police et la gendarmerie de cette région d’Antananarivo. Ils avaient fait état que leurs véhicules faisaient l’objet de filature par des véhicules banalisés.
Dans la soirée de lundi, tout était à refaire alors que l’exécution du plan était arrivé si proche du but. La matinée d’hier a été des plus cruciales dans la reprise des négociations avec les ravisseurs. Au fil des échanges avec Benoît Ng Fuk Cheong sur les exigences des preneurs d’otage, le General Manager d’Avitech, qui avait cerné la situation à sa façon, avait réclamé une plus grande marge de manoeuvre pour traiter avec les auteurs du kidnapping au moment le plus délicat de l’opération. La principale condition imposée est qu’il ne devrait pas y avoir de présence policière, même dissimulée, dans les parages où pourrait se dérouler tout nouveau contact pour l’opération de la mise en libération.
Compte tenu que c’est la première fois que les autorités mauriciennes faisaient face à un enlèvement et c’était le 31e cas de rapt dans la capitale malgache depuis le début de cette année, la nouvelle proposition avait fait l’objet d’échanges au niveau de la cellule de crise, qui s’est réunie presque toute la journée d’hier.
Jean-François Dobelle, l’ambassadeur de France à Maurice, qui s’appuyait sur l’expertise militaire et logistique française disponible à Madagascar, a été consulté par le ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell à plusieurs reprises en vue de mettre au point la nouvelle stratégie. Finalement, le General Manager d’Avitech devait obtenir satisfaction avec une couverture militaire discrète assurée par un colonel français affecté à Madagascar. Des proches de Benoît Ng Fuk Cheong étaient également présents lors de ces discussions.
À partir de l’après-midi, soit vers 17 heures (heure de Maurice), le compte à rebours était enclenché. Contrairement à lundi, le plan s’est déroulé comme prévu et le couple Ng Fuk Cheong a été récupéré sain et sauf des mains des ravisseurs. À la confirmation de la nouvelle de la fin de la prise d’otage, le groupe FAIL a émis en début de soirée d’hier un communiqué officiel selon lequel « le groupe est heureux d’annoncer la libération de Benoît Ng, Operations Manager de la société Avitech à Madagascar, ainsi que de son épouse Maureen. Les otages sont sains et saufs et en bonne santé ».
Dans le même communiqué commentant cet événement traumatisant pour le personnel et la direction de FAIL aussi bien que pour les membres de la famille Ng, le CEO souligne que « dès dimanche soir, la priorité des priorités a été de tout mettre en oeuvre pour ramener Benoît et Maureen en bonne santé. C’est désormais chose faite. Nos pensées vont à Benoît et Maureen ainsi qu’à leurs fils Mathieu, Laurent et toute leur famille. Nous remercions les autorités malgaches, françaises et mauriciennes. Nous tenons à remercier le PMO et particulièrement le ministre Boolell pour l’efficacité de son soutien tout au long de cette épreuve ».
Interrogé de son côté, le ministre des Affaires étrangères a tenu à remercier « tous ceux qui ont collaboré pour faire de ces négociations et de cette libération d’otages un succès. La preuve est que Robert et Maureen Ng Fuk Cheong ont été libérés sains et saufs ». La question qui reste d’actualité concerne les conditions de libération. À un certain moment, les ravisseurs avaient réclamé une rançon de l’ordre de Rs 4 millions libellées en euros au lieu de la monnaie malgache, poussant les autorités de Madagascar de soupçonner que le cerveau derrière les ravisseurs pourrait être d’origine étrangère.
Aucune des sources interrogées n’a voulu confirmer ou infirmer s’il y a eu paiement de rançon. « Je ne vais pas faire de commentaires sur la question de la rançon », a déclaré au Mauricien l’ambassadeur Gérard Lemaire, qui compte rencontrer en cours de journée la direction d’Avitech à Madagascar et le couple Ng Fuk Cheong. La police malgache poursuit son enquête en vue de remonter la piste des bandits.