Un des plus grands poètes français du 20e siècle est mort le 24 décembre 1982. Louis Aragon était aussi un écrivain d’une dimension exceptionnelle. Le dernier sans doute des géants de notre temps, selon Jean d’Ormesson, dans l’hommage qu’il avait rendu à Aragon à la mort de ce dernier. Nous nous en sommes largement inspirés.
Du surréalisme au communisme, la trajectoire d’Aragon semble s’inscrire sous le signe de la révolte. Le disciple d’André Breton se change en louangeur de Staline. Le poète de l’amour fou et de tous les délires trouve son chemin de Damas sur la route de Moscou. Qui se transforme sous sa plume en phare de l’histoire et de l’humanité en marche. La révolte débouche aussi sur une double fidélité : à sa muse Elsa Triolet et au communisme le plus orthodoxe.
Surréalisme.
Pendant plusieurs années, Aragon est plongé dans le surréalisme. Il participe à diverses manifestations. De 1926 à 1928, il vivra avec Nancy Cunard. Elle le quittera lors d’un voyage à Venise. Après une tentative de suicide, la vie reprend son cours. Il rencontre le poète russe Maïakovski et Elsa Triolet en 1928, et c’est le début d’un mythe largement mis en scène. Il commence à se détacher du surréalisme. Sa vie sera jalonnée par plusieurs voyages en URSS.
Inscrit au Parti communiste, Aragon s’engage dans la lutte politique et rompt définitivement avec André Breton et les surréalistes. Journaliste à L’Humanité, il entamera également une nouvelle carrière de romancier avec le cycle romanesque Le Monde réel.
La quête de soi.
Il donne un admirable roman historique qui est un modèle du genre : La semaine sainte et le roman d’amour Aurélien, l’un des plus beaux. Tandis que Les cloches de Bâle ou Les voyageurs de l’impériale décrivent avec emportement la ruine d’une société, et la naissance du nouveau monde qu’il appelle de ses voeux.
Aragon était un écrivain d’une dimension exceptionnelle. Le dernier sans doute des géants de notre temps. Un magicien réaliste et lyrique, sentimental et narquois, imprudent et superbe.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Aragon devient l’un des poètes de la Résistance, célébrant l’amour absolu et l’action politique. Après la guerre, il fonde le Comité national des écrivains avec Jean Paulhan. Combats politiques et publications rythment alors sa vie. Se clamant réaliste socialiste, il prône l’avènement du communisme. Mais les dénonciations des atrocités commises sous le régime stalinien, et la mort de sa compagne Elsa (1970) le désarçonnent. Cela n’altère pourtant pas son credo : assimiler l’écriture à une quête de soi.
Génie.
Il dépeint avec le même bonheur une grève et un dîner en ville, le passage des panoramas et les usines de l’Oural. Aragon est tout à la fois : poète et prosateur également inspiré, critique, historien, romancier, polémiste redoutable et révolté de génie. Il avait un génie au sens à la fois le plus haut et le plus contestable du mot. Le génie de l’imagination et de la soumission, le génie de la mystification et de la fidélité, le génie de la grandeur et de la facilité. Il aura été adulé et injurié; comme il injuriait et adulait lui-même ceux qu’il croisait sur son chemin.
C’est aussi pendant les années précédant la mort d’Elsa que naîtront Le roman inachevé, son autobiographie poétique; Les Poètes, son histoire de la poésie, et surtout Elsa et Le fou d’Elsa, deux textes dans la tradition de l’amour poétique et en même temps si novateurs.
Aragon meurt le 24 décembre 1982. Il avait 85 ans. Certains de ses poèmes lui survivent grâce à des interprètes majeurs de la chanson française, Jean Ferrat et Léo Ferré en particulier.