Louka Pitot est un grand adolescent, beau, blond, musclé, bronzé avec un sourire éblouissant qui lui fait ressembler à un acteur de série télé pour ado. Louka est en fait franco-mauricien, dans tous les sens du terme, et surtout depuis la fin du mois d’août champion de France junior de kite surf. En dépit de ce nouveau titre, c’est un grand ado avec des mouvements brusques, des fous rires soudains et une franchise désarmante, surtout quand il s’agit de parler des études et de l’école, que nous avons rencontré, jeudi dernier. Portrait d’un champion illustré de quelques-unes des figures qui lui ont permis de remporter son titre.
Du haut de ses quinze ans, Louka est sûr de deux choses : il adore le kite surf et n’aime pas beaucoup l’école. C’est à l’âge de onze ans qu’il découvre ce sport de plus en plus pratiqué à Maurice. « Ma soeur avait un copain qui en faisait. Je l’ai regardé faire et j’ai trouvé ça cool ; j’ai essayé et j’ai trouvé ça top. Mais mon père a trouvé que c’était un sport dangereux et comme il connaissait un coach, il m’a fait prendre des leçons. Je suis allé apprendre pendant les week-ends et j’ai rapidement compris la base ; j’ai réussi à obtenir les équipements nécessaires — qui coûtent quand même plus de Rs 25,000 — et depuis je kite avec des copains tous les week-ends. On prend deux semaines pour apprendre la base et après on fait seul. J’ai continué avec des copains pour m’amuser, puis je me suis amélioré au fur et à mesure. J’ai pris part à des petites compétitions à Maurice, j’ai bien fait, j’ai gagné des prix. Avec mes copains, je regarde les vidéos sur internet, puis on essaye de faire les mêmes mouvements, on se filme, on regarde et on apprend à s’améliorer. » Louka kite tous les week-ends devant chez lui. C’est-à-dire dans le lagon de Cap Malheureux où le vent est idéal pour pratiquer ce sport. Et que fait-il quand le vent est bon pendant la semaine. « Je regarde la mer et je vais à l’école, parce que je n’ai pas le droit de faire du kite pendant la semaine. Pendant la semaine même s’il y a un super vent pour kiter, je vais à l’école. Mais comme le week-end arrive, je me lève le matin et je rentre dans l’eau. » Et selon son père, Jean-Michel Pitot, directeur du groupe hôtelier Altitude, « Louka est capable de kiter du lever au coucher du soleil. Et si on le laissait, il serait capable de passer toute la semaine sur l’eau, mais pendant la semaine il faut qu’il se concentre sur l’école ». Quelles sont les matières que tu préfères à l’école. La réponse claque, comme le vent dans la voile d’un kite : « Aucun. Comme la majeure partie des élèves, je n’aime pas l’école. » Mais il y a pourtant des élèves qui font de brillantes études, collectionnent les premiers prix ? « C’est vrai, mais ça, ce n’est pas ma catégorie. Moi je n’arrive pas à passer ma vie dans les livres ou sur ordinateur à apprendre, je préfère la mer et le sport et je veux travailler. Mais mon père m’a dit qu’il faut au moins passer le senior. Alors, je travaille, j’essaye d’avoir de bonnes notes, mais c’est pas évident. Je travaille comme je peux, c’est pas trop mauvais, mais je ne suis pas parmi les premiers et puis ça ne m’intéresse pas. J’apprends juste ce qu’il faut apprendre pour passer l’examen et faire plaisir à mon père. »
L’année dernière, Louka est allé en vacances à Rodrigues, plus précisément à Mourouk, l’un des kite spots réputés de l’océan Indien qui attire des amateurs du monde entier. « Je suis allé à Mourouk avec deux copains, Simon Lamusse et Jean de Falbaire, et on nous a parlé du Championnat du monde junior qui avait lieu en Espagne, à Costa Brava, en juin 2014. Rentré à Maurice, mes copains et moi on est allé sur internet, on a vu les conditions, on a réussi à convaincre nos parents d’aller passer leurs vacances là-bas, avec nous. Ils ont fini par accepter et on est parti. La compétition était réservée aux moins de seize ans. Il y avait quarante participants au moins, on a fait la compétition et on a rencontré plein de kiters venant du monde entier. On a passé tout le séjour à faire des compétitions et à parler de kite. Moi je suis sorti septième, Simon neuvième et Jean, dix-septième. Là-bas, je suis devenu ami avec un Français qui m’a dit qu’il y aurait le Championnat de France junior au mois d’août. Comme moi j’avais la nationalité française, je pouvais m’inscrire et participer, mais avant il a fallu convaincre papa de me laisser aller là-bas et de payer ce qu’il fallait. Ça n’a pas été facile. On a négocié dur, surtout qu’il fallait que je rate une semaine d’école à la rentrée. J’ai fini par promettre de ne pas glander, de bien travailler, de faire des efforts et de passer mon senior et papa a accepté. » Non seulement Jean-Michel Pitot accepte que son fils aille participer à cette compétition, mais il décide de l’accompagner aux Championnats de France junior, qui se sont déroulés du 27 au 31 aout dans le département de l’Aude, au sud de la France. Louka se retrouve avec quarante-huit candidats venant de tous les coins de la France et même de certains départements d’outre-mer, comme la Nouvelle Calédonie. Comment s’est senti le kiter de Cap Malheureux dans cette compétition. « Très bien. On était tous des fanas de kite et parlait tous le même langage, des mêmes figures. Je suis allé à cette compétition pour faire de mon mieux, et puis j’ai pu bien faire dans la catégorie des sous dix-huit ans ; il y avait quarante huit participants en tout. C’était un bon niveau, mais j’ai eu de la chance et j’ai bien fait. Le tirage au sort, qui est très important dans une compétition, était bon pour moi. Il fallait en sept minutes faire le maximum de figures possibles et chaque figure donne droit à des points qui comptent pour le classement final. La compétition a duré trois jours de suite et au fur et à mesure je pensais que j’avais de bons points et que je pouvais gagner. Et puis, j’ai réalisé au fur et à mesure que j’allais gagner. J’étais très content et j’ai eu droit à une bouteille de vin et une petite médaille en bois. »
Jean-Michel Pitot qui est venu nous rejoindre explique pourquoi il a accepté que son fils participe à cette compétition. « Le kite, c’est sa passion pour ce petit biougre-là et l’école son malheur. Il passe sa vie sur l’eau, se filme pendant qu’il fait des figures avec des noms abominables. Mais lors de la compétition en Espagne j’ai découvert qu’il avait un vrai potentiel puisqu’il était dans le peloton de tête dans sa catégorie. Quand il m’a parlé du championnat de France, j’ai accepté qu’il y aille et je l’ai accompagné à condition qu’il soit sérieux à l’école, surtout qu’il vient de commencer son senior. Je ne lui demande pas des A Plus, mais juste de réussir pour qu’il ait une base, c’est tout. Je n’ai pas été moi-même un brillant élève, mais j’ai traversé juste ce qu’il fallait partout. C’est ce que je lui demande de faire. » Louka a accepté le marché et est retourné à l’école depuis son retour à Maurice, mercredi. Comment a été le retour à l’école. « J’ai eu honte parce que tout le monde a applaudi quand je suis arrivé. Mais c’était très sympa. Mais en classe après m’avoir félicité, les profs ont bien fait ressortir que j’avais perdu une semaine de classe en allant au championnat et qu’il allait falloir rattraper tout ça ! » Et pour montrer qu’il a l’intention de tenir la promesse faite à son père, le champion de France junior de kite surf m’annonce, sur un ton résigné, qu’après m’avoir dit au revoir, il va se plonger dans ses livres d’école. En évitant d’écouter le vent qui souffle dans le lagon de Cap Malheureux. Un vent idéal pour pratiquer le kite surf…