Où en est le projet national Lovebridge dans son combat contre la pauvreté ? Cette question que posent tous ceux, y compris des parlementaires, qui s’intéressent de près au combat contre la pauvreté, restera visiblement sans réponse en attendant la publication d’un rapport dans lequel tout sera dit sur le travail abattu par Lovebridge, surtout de l’utilisation de la « one-off grant » de Rs 100 millions qui lui ont été allouées en janvier dernier, pour une période de 5 ans.
Le support financier dont a bénéficié le projet Lovebridge a toujours suscité des interrogations. Aujourd’hui encore la question est abordée avec passion, car comme l’a indiqué le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, répondant à une question parlementaire la semaine dernière, à ce jour, seulement Rs 3 millions des Rs 100 millions consenties à Lovebridge ont été dépensées. Il s’est gardé de préciser comment.
Interrogé par Week-End sur la répartition des fonds versés au projet, Harold Mayer, vice-président de Lovebridge, n’a pas souhaité faire de commentaires à ce sujet. Ce dernier, qui d’habitude défend avec enthousiasme et conviction le concept de Lovebridge, était nettement moins enclin à s’exprimer sur les dépenses qui ont amputé Rs 3 millions du fonds accordé par les Finances. Et c’est plutôt sur la défensive qu’il a qualifié «d’inappropriée » la question de Week-End relative aux Rs 3 millions dépensées. Harold Mayer, initiateur du concept, a préféré nous rappeler que Lovebridge « est en phase de décollage et a déjà recruté 30 employés » et nous a donné l’assurance qu’un rapport, à cet égard, sera rendu public tous les six mois.
Un budget qui va dans les salaires du personnel
Lovebridge est un projet national, financé à partir des fonds CSR non dépensés et collectés par la Mauritius Revenue Authority en 2015. Selon l’intervention de Sir Anerood Jugnauth au Parlement, Lovebridge devrait bientôt être passé à la loupe : « I have given strict instructions to review and strengthen the existing monitoring and evaluation mechanism of the use and the outcomes of the funds allocated for the Lovebridge Project. » Et le Premier ministre d’annoncer : « In the context of the next Budget, the CSR framework will be reviewed in line with the implementation of the Marshall Plan against Poverty. »
Lovebridge qui multiplie des efforts en vue de recruter des familles accompagnatrices et des travailleurs sociaux, peinerait-il à convaincre le gouvernement et la sphère politique de sa pertinence? Les résultats du projet ne seront visibles que dans la durée, mais une année après la décision de faire de Lovebridge un projet national, l’élément qui dérangerait dans le concept c’est l’injection de sommes importantes dans les salaires du personnel recruté récemment. D’ailleurs, en décembre dernier, dans un entretien accordé à Week-End, le vice-président de Lovedbridge a été clair sur l’utilisation des Rs 100 millions : « Notre budget va financer la structure salariale d’un labour intensive project.» Quant à la quarantaine de familles accompagnatrices, bénévoles, et déjà en place depuis la mis en oeuvre de Lovebridge par le Curepipe Starlights Sports Club, elles ne sont pas rémunérées. Il en serait de même pour les futures familles accompagnatrices. Lovebridge a donc recruté une Chief Serving Officer, cinq Districts Coordinators, un training manager, un personnel assistant et des Regional Coordinators. Pour trouver ces candidats, Lovebridge a payé les services d’une agence de recrutement. Tandis qu’une agence de publicité a, contre rémunération, conçu le site Web ainsi que le branding.
Harold Mayer, qui a également refusé de s’exprimer sur ces derniers points, n’a pas non plus voulu dire davantage sur les conditions qui accompagnent les Rs 100 millions décaissées pour faire de Lovebridge un projet national. La « one-off grant» aurait-elle été offerte sans aucune condition ? Harold Mayer s’est contenté, à nouveau, de nous renvoyer à la lecture du prochain rapport sur Lovebridge. Mais selon nos renseignements Lovebridge aurait bénéficié de Rs 100 millions des Finances sans condition ! L’absence d’un accord a aussi donné la liberté aux principaux acteurs du projet de participer pleinement à la réalisation d’un document à connotation religieuse sur la mission de Lovebridge, sans aucune remontrance de la part du gouvernement !