Pravind Jugnauth s’apprête dans deux jours à franchir une des étapes les plus importantes de sa carrière politique et gouvernementale avec la présentation du dernier budget avant la fin du mandat de la présente législature. Cet exercice, à l’instar des grandes finales footballistiques qu’on a connues ces derniers temps, est attendu avec impatience, non seulement par les partisans de tous les camps politiques, mais surtout par la population dans son ensemble. Dans de telles situations, on sait que les attentes des partisans de tous les côtés sont souvent surfaites. Les partisans du gouvernement attendent avec délectation les mesures ou « la » mesure phare qui leur permettront de se projeter avec optimisme dans la bataille électorale qui s’annonce, alors que ceux de l’opposition, eux, veilleront au grain afin d’identifier les faiblesses susceptibles de mettre KO le gouvernement. À ce stade, le suspense reste entier, mais la tension monte.
Un fleuve de propositions a coulé ces dernières semaines dans les médias. Les attentes dans tous les secteurs sont nombreuses. Alors que l’industrie sucrière s’attend à des mesures fortes pour relancer un secteur déjà affecté par la baisse du prix du sucre sur le marché mondial et européen, où se trouvent les principaux clients de ce secteur, les syndicats et les petits planteurs sont pour leur part aux aguets et attendent des mesures qui permettraient d’assurer leur survie et un partage plus équitable des richesses que dégage le secteur cannier, lequel comprend également des produits rentables, dont l’électricité. En cette période électorale, le ministre des Finances arrivera-t-il à proposer des mesures justes susceptibles de soutenir tout le monde ?
Le même schéma est observé dans d’autres secteurs qui constituent les piliers de l’économie mauricienne. Ainsi, le secteur manufacturier s’essouffle. Alors que certains opérateurs avant-gardistes ont réussi à prendre le chemin de la modernisation de leurs équipements et à s’adapter aux méthodes modernes de marketing et de vente en adoptant l’intelligence artificielle et le commerce électronique, d’autres, en revanche, ont fait naufrage. Les récentes fermetures ont entraîné des licenciements qui ont bouleversé la vie de nombreuses familles. D’autres opérateurs ont, eux, choisi la délocalisation pour se rendre dans des pays où l’herbe est plus verte et la main-d’œuvre bon marché disponible en abondance. Là encore, de nouvelles mesures sont attendues pour aider les opérateurs, surtout ceux des PME, à garder la tête hors de l’eau.
La baisse de la croissance dans le secteur touristique est également une source d’inquiétude. Le Premier ministre et ministre des Finances arrivera-t-il à saisir les problèmes structurels auquel est confronté ce secteur ? L’absence d’une vraie coordination entre toutes les parties prenantes est décriée. On s’attend à des mesures concrètes afin de relancer ce secteur.
Le secteur financier est un autre domaine qui a connu des soubresauts ces derniers temps. Il ne s’est jamais remis à 100% depuis la renégociation du traité de non-double imposition avec l’Inde. De plus, ce secteur est en permanence dans le viseur de toutes les instances régulatrices mondiales. Alors que sa réputation a été rétablie au niveau de l’ESAAMLG, d’autres critiques se font entendre en Europe.
En dépit de l’enjeu que représente ce dernier exercice budgétaire avant les prochaines élections, on souhaite que le Premier ministre ne cède pas à la démagogie facile qui endetterait dangereusement le pays et qui risquerait de nous couter cher à l’avenir. Nous nous attendons à ce que le ministre des Finances tienne un langage de vérité en prenant la mesure de la situation à Maurice et dans le monde. S’il pourrait s’enorgueillir d’un certain nombre de réalisations, dont l’introduction du salaire minimum, il devra reconnaître que, dans beaucoup d’autres domaines, c’est toujours “work in progress”. Pourra-t-il relever le difficile pari de mettre l’intérêt du pays au-dessus des intérêts partisans ou personnels ? Attendons lundi pour le savoir !