« Le cancer est une affaire politique », soutient le Pr David Khayat, chef de service du département de cancérologie à l’hôpital parisien La Pitié Salpêtrière en France. Il animait hier après-midi une conférence sur cette maladie au centre Rajiv Gandhi à Bell-Village en présence du ministre de la Santé Lormus Bundhoo.
« Toutes les maladies sont des problèmes sanitaires et la riposte à l’épidémie mondiale de cancer à laquelle Maurice n’échappe pas est politique », déclare le Pr Khayat, qui fut le conseiller du président français Jacques Chirac. Il est venu assister le gouvernement mauricien dans la mise en oeuvre du plan national de lutte contre le cancer. Il avait également rendez-vous avec le Premier ministre Navin Ramgoolam hier après-midi.
Le Pr Khayat se prononce en faveur de la création d’un Institut National du Cancer qui sera, dit-il, « une tour de contrôle pour lancer les programmes de lutte contre le cancer et effectuer leur suivi ». Il préconise aussi des instituts spécialisés pour chaque type de cancer. Un institut national, dit-il, aura à accréditer les établissements, chapeauter la recherche clinique, les campagnes de sensibilisation, évaluer les soins et se pencher sur les assurances et les prêts pour les malades. « Le cancer est la première cause de décès prématurés dans le monde », dit-il. « Il tue plus de monde que le sida, la tuberculose et la malaria réunis, note-il, et les pays les plus pauvres et en voie de développement qui ne représentent pas 5 % du Produit intérieur brut (PIB) mondial paieront le plus lourd tribu. »
Le Pr Khayat est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Des larmes et de sang » et « Le régime anti-cancer ».
« Les droits des patients souffrant de cancer sont les droits de l’homme, affirme-t-il, car il importe de lutter aussi contre l’exclusion et la stigmatisation dont sont l’objet ces malades qui perdent leurs cheveux pendant une chimiothérapie ou leur emploi ou qui se voient refuser une promotion. » Et d’ajouter : « C’est un drame pour les familles, pour la nation quand un malade du cancer meurt avant l’âge de 65 ans. C’est une source de souffrances et d’absences. C’est une personne productive sur le plan économique qui disparaît. C’est une maladie particulièrement préoccupante. »
Par ailleurs, « dans un plan de contrôle du cancer nous devons définir les meilleures pratiques médicales, agir sur la prévention, le diagnostic et travailler sur la qualité de vie et les soins palliatifs pour que le malade meurt sans souffrance et dans la dignité », indique le Professeur. En outre, dit-il, « on ne peut demander au malade de décider seul. Le cas de chaque malade et son traitement doivent être discutés par un comité de spécialistes de toutes les disciplines ; cancérologue, gynécologue, gastro-entérologue, radiologue, etc ».
Le Pr Khayat a expliqué qu’un plan national de contrôle du cancer comprend « un ensemble de mesures qui vont nécessairement coordonner, évaluer la lutte contre le cancer avec la participation des stakeholders pour réduire la mortalité due au cancer ». Il faut, dit-il, de la pédagogie pour expliquer pourquoi on fait les choses. « C’est une guerre sur tous les fronts contre le cancer », explique-t-il. « Si on veut faire du dépistage, il faut qu’il y ait des soins de qualité, il faut pouvoir dire aux femmes qui vont se faire dépister d’un cancer du sein ou du col de l’utérus que la guérison est possible sinon elles n’iront pas se faire dépister », affirme-t-il.
Le Pr Khayat indique que « la prévention signifie un combat contre les facteurs de risques quand on sait que 30 % des cancers sont dus au tabac, 20 % aux hormones et 5 % par le rayonnement physique, par exemple le soleil ».