Le classement annuel de Transparency International au sujet de l’état et de la lutte contre la corruption est nettement défavorable pour Maurice. L’indice mondial de la perception de la corruption, rendu public ce matin, confirme que Maurice a perdu cinq points, passant de 43e place sur le plan mondial à la 52e avec 52 points sur 100 contre 57 l’année dernière. L’Independent Commission Against Corruption (ICAC)  conteste le classement obtenu par Maurice dans le classement de la perception de la corruption de Transparency International et trouve qu’au contraire, Maurice a réalisé des progrès.
Sur le plan du continent africain, Maurice est devancée au classement de Transparency International par quatre pays. Le Botswana, qui occupe la 30e place sur le plan mondial, est le premier pays en Afrique, suivi des îles Cap Vert à la 41e place. Les Seychelles avec une 47e place et le Rwanda à la 49e place devancent désormais Maurice, qui chute à la cinquième place en Afrique et à la 52e sur le plan mondial.
Pour le dernier classement de la perception de la corruption, Transparency International note que « plus des deux tiers des 177 pays étudiés dans le cadre de l’indice 2013 obtiennent une note inférieure à 50, sur une échelle allant de 0, soit pays perçu comme étant extrêmement corrompu à 100, soit pays perçu comme étant très peu corrompu. Le Danemark et la Nouvelle-Zélande avec un score de 91 points occupent la première place ex-aequo ».
Commentant la situation sur le plan international, la présidente de TI, Huguette Labelle, souligne que « l’Indice de perception de la corruption 2013 démontre que tous les pays sont encore confrontés aux risques de corruption à tous les niveaux de l’administration, qu’il s’agisse de l’octroi de permis à l’échelle locale à l’application des lois et des règlements ». Elle ajoutera plus loin que « l’heure est venue de mettre un terme à l’impunité dont jouissent certains responsables corrompus. Les failles juridiques et le manque de volonté politique ouvrent la voie à la corruption à l’échelle nationale comme à l’échelle transnationale. Nous devons intensifier nos efforts pour ne pas laisser la corruption impunie ».
Éviter les amalgames
Dans un communiqué commentant la perte de cinq rangs de Maurice, Transparency Mauritius avance que « Maurice a été le théâtre de plusieurs allégations de corruption durant la dernière année écoulée. Dans le cadre de son plan stratégique lancé en octobre, TI Mauritius va accentuer ses travaux de proximité auprès de la population mauricienne. Elle réitère aussi sa demande auprès des autorités pour plus de transparence dans les affaires publiques, notamment pour les nominations au sein des institutions et les pouvoirs discrétionnaires des ministres, pour une Freedom of Information Act ainsi que pour plus de transparence par rapport au financement des partis politiques ».
Interrogé par Le Mauricien, Rajen Bablee, directeur exécutif de Transparency Mauritius, fait ressortir qu’« il est effectivement triste de voir que notre pays a glissé de cinq points pour se retrouver maintenant cinquième en Afrique. C’est un signal fort même s’il s’agit d’une perception car il faut bien comprendre que cette perception s’appuie sur les données de plusieurs organisations internationales. Il est vrai aussi que plusieurs scandales ont été révélés par la presse durant l’année écoulée. Il se peut que certains de ces cas ne relèvent pas de la corruption selon les lois de Maurice mais dans certaines situations on peut parler de manque de transparence ou de corruption morale ».
Rajen Bablee fait état de la contribution de Transparency Mauritius dans la lutte contre la fraude et la corruption. Il a fait allusion à deux rapports, soit les attitudes face à la corruption et les jeunes face à la corruption dans le cadre de cette campagne de sensibilisation. « Nous avons aussi engagé le dialogue avec de nombreux interlocuteurs de la société publique et civile ainsi que le secteur privé pour proposer des projets ainsi que des changements. Un des projets importants concerne le whistleblowing et nous avons réalisé que s’il faut encourager cela, il faut aussi éduquer les Mauriciens sur le comment pour éviter qu’ils ne fassent des amalgames », a-t-il dit en faisant un appel pour une véritable prise de conscience sur le plan personnel au sein de la société.
De son côté, interrogée Nandita Suneechur, assistante directrice à l’ICAC, a fait état des réserves de cette dernière institution au sujet de cet indice. «Tout d’abord, le constat de TI est basé sur la perception et non des faits et ne reflète pas la situation réelle sur le terrain. Nous exprimons de sérieuses réserves quant aux résultats de cet indice. Nous avons des interrogations. Il est un fait que l’indice de TI ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes ou autres institutions compétentes en matière de lutte contre la fraude».
L’ICAC maintient que sur la base du travail accompli «nous avons accompli des progrès avec une série d’initiatives, dont le lancement de la platefome publique/privée contre la corruption lundi». Cet événement devra constituer une occasion pour la mise en perspective de l’action de l’ICAC.