Le front de la lutte contre le trafic de drogue connaît depuis ces derniers jours de fortes agitations à travers les dernières opérations ayant vu l’arrestation des membres de toute une famille de Quartier-Militaire, presque au-dessus de tout soupçon. Puis est venue se greffer cette onde de choc sous la forme d’une menace directe du président de la Commission d’enquête sur la drogue, l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, à l’encontre de Me Jenny Mootealloo, en pleine séance de la commission. L’avocate, qui n’est pas encore remise de ce traitement de choc, sait désormais qu’elle doit se préparer à être parmi les membres du barreau susceptibles d’être convoqués pour des explications formelles au sujet de leurs contacts professionnels ou autres avec le milieu de la drogue. Entre-temps, elle a écrit officiellement au président de la Mauritius Bar Association pour faire état des « Untoward Remarks », soit des commentaires négatifs de l’ancien juge à son égard. En parallèle, l’interrogatoire de Navin Kistnah dans les enquêtes sur les saisies de 135 kilos d’héroïne le 9 mars dernier, et de 20,34 kilos le 24 mars, abordera dès la semaine prochaine le volet des finances. Le principal argument des officiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) étant la connexion étroite entre le Star Witness-In-Waiting et le patron de Gloria Fast Food, Dade Azaree. Ce dernier est déjà sous le coup d’une inculpation provisoire pour le délit de blanchiment de fonds dans l’enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC).
La remarque de l’ancien juge Paul Lam Shang Leen à l’effet que Me Mootealloo est dans le « radar » de la Commission d’enquête sur la drogue est diversement commentée dans les milieux du barreau, en cette fin de semaine. Toutefois, la conclusion quasi unanime est que la Commission d’enquête a déjà compilé des dossiers à charge contre un certain nombre de membres du barreau, dont des Senior Members ayant des connexions politiques. L’heure de la convocation, qui a été repoussée depuis le début de cette année, devrait sonner dans un délai relativement court, soit juste après l’étape des auditions des membres de la force policière, devant être complétée dans deux à trois semaines au plus tôt.
Toutefois, Me Mootealloo, l’une des premières avocates à être « singled out », a écrit à la Mauritius Bar Association, hier après-midi, pour faire état de sa surprise devant la tournure des événements devant la Commission d’enquête sur la drogue. Elle a retracé la séquence quand elle s’est présentée à la commission, vu que ses services avaient été retenus par Lalita Durbarry, qui devait être entendue lors de cette séance. Dès les premiers échanges, le ton était donné. « The President asked for my name again which is a surprise to me as I have appeared before him on several occasions whilst he was a judge of the Supreme Court. I repeated my name and he answered back casually : “You are in my radar, you know what I mean” », souligne-t-elle.
Tout en affirmant qu’elle n’a jamais fait l’objet de remontrances sur le plan professionnel, Me Mootealloo ajoute que « I am therefore surprised that the words uttered by Honourable Lam Shang Leen without any prior notice to me but said in such a cavalier fashion that is causing to me unprecedented prejudice. I hope I will be called soon before the commission so that the tainted remarks with its innuendos will not leave to further tarnish my image. I hope that the uncalled remarks of his Lordship will not “expand” in other words of our national poet Malcolm de Chazal »,
Dans sa correspondance au président de la Bar Association, Me Mooteealloo réclame l’ouverture d’une enquête au sujet de cet incident. « I am sure the Mauritius Bar Association, will find the issue worthy of investigation », fera-t-elle ressortir en guise de conclusion. En tout cas, les onze mots prononcés par le président de la Commission d’enquête sur la drogue ont déjà « set the scene » pour l’épilogue, qui ne devrait pas tarder.
Toujours sur le plan de la lutte contre la drogue, la prochaine étape de l’interrogatoire de Navind Kistnah par l’escouade de l’ADSU, menée par le surintendant Sharir Azima, s’avère être aussi délicate. Ainsi, tout le volet des finances — soit le mode de vie adopté par Navind Kistnah, vu ses fréquentations régulières au casino et ses sponsorships des journées de courses du Mauritius Turf Club, de même que le financement des importations de cargaisons de drogue — sera passé en revue.
À ce chapitre, la connexion entre le directeur de Kun Management International Ltd et le gérant de Gloria Fast Food tiendra la vedette. Et tout comme l’ICAC, qui a obtenu des Attachment Orders contre Dade Azaree et des membres de sa famille pour blanchiment de fonds, l’ADSU garde de forts soupçons que le dénommé Azaree, avec sa flotte de limousines et son paravent de restauration rapide, constitue un maillon important dans le réseau de trafic de drogue. Les informations attendues de Navind Kistnah devront faire progresser l’enquête dans un sens comme dans l’autre.
Par contre, pour ce qui est du cas de Peroumal Veeren, présenté comme le parrain des parrains et purgeant une peine d’une trentaine d’années de prison pour trafic de drogue, et de ses liens avec les importations de drogue dans des compresseurs, il reste un dernier volet des témoignages à compléter — les échanges téléphoniques entre les deux protagonistes. Ce sera l’un des derniers exercices auquel s’adonnera Navind Kistnah vers la conclusion de son interrogatoire…