L’enquête sur la saisie de sept kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions par l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit de Plaine-Verte aborde un tournant crucial en ce début de semaine. Les concertations de la fin de la semaine dernière entre l’Assets Recovery Department du Director of Public Prosecution’s Office, la Mauritius Revenue Authority (MRA), l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) débouche sur une initiative d’envergure sous l’égide du DPP’s Office. En effet, les premiers Attachment Orders de la Cour suprême devraient être émis dans les jours à venir en vue de permettre aux enquêteurs d’avoir accès aux transactions bancaires et financières du Parrain de l’Ouest aussi bien que de ses plus proches collaborateurs.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources bien renseignées confirment que les affidavits rédigés par les soins des conseils légaux du DPP’s Office sont prêts à être jurés devant le Master and Registrar de la Cour suprême dans les meilleurs délais possibles. Ces documents doivent servir de base pour justifier les demandes d’Attachment Orders à être exécutés auprès des banques commerciales et autres institutions financières du pays pour les besoins d’un Audit Trail inédit dans les annales du judiciaire.
Ces Attachment Orders ne concerneront pas que Gros Dereck, dont le domicile au beau milieu de cité Richelieu est présenté comme un signe de richesse extérieur susceptible de tomber sous les dispositions de l’Assets Recovery Act. En effet, sur la base des exercices d’intelligence gathering sur le terrain, la liste de noms ciblés pour les Attachment Orders comprend des proches de Gros Dereck aussi bien que des prête-noms utilisés par le réseau pour des opérations de blanchiment de fonds.
Jusqu’ici, les exercices entrepris par les limiers de l’ADSU en collaboration avec d’autres spécialistes en matière d’Audit Trail n’ont pas permis d’établir une liste complète des avoirs et des comptes bancaires opérés au nom du Parrain de l’Ouest. D’ailleurs, pour les grosses cylindrées qui ont été saisies jusqu’ici, dont la BMW 645 et la BMW X 5, les déclarations et autres titres de propriété ne sont nullement au nom de Rudlof Dereck Jean-Jacques mais dans un système complexe de leasing.
Garde rapprochée en cellule
À ce stade, les responsables de l’enquête au sein de l’ADSU soupçonnent que des fonds de l’ordre de Rs 150 M, générés par le trafic de drogue et appartenant directement ou indirectement à Gros Dereck, sont gérés actuellement dans le circuit et que certains de ses lieutenants tentent actuellement de les recouvrer pour constituer le « war chest ». Cette somme exclut les investissements effectués dans des maisons de jeu et des discothèques et également les 12 kilos d’héroïne saisis par l’ADSU dans un bungalow à Pereybère et déterrés dans la forêt de Daruty à Forbach.
En marge de cette démarche d’ordre légal entamée et coordonnée par le DPP’s Office, le dénommé Gros Dereck devra passer encore une semaine en cellule policière avant d’être « Remanded to Jail ». À la mi-journée, il a comparu en Cour de Pamplemousses pour la reconduction de sa détention pour une semaine supplémentaire. Jusqu’ici, le Parrain de l’Ouest, qui est détenu au Moka Detention Centre, n’a pas encore consigné sa version des faits aux limiers de l’ADSU de Plaine-Verte.
La principale raison serait l’indisponibilité de son homme de loi, qui se trouve actuellement à l’étranger. Le début de l’interrogatoire de Dereck Jean-Jacques devra intervenir vers la fin de la semaine. Il est un fait qu’il rejettera catégoriquement les accusations et les allégations portées contre lui.
L’autre suspect, le skipper Bruno Westley Casimir, devra être entendu par les hommes de l’inspecteur Azaad Rujub à partir de jeudi dans les locaux de l’ADSU de Plaine-Verte. Il sera confronté aux détails fournis par le chauffeur de taxi Ashish Dayal quant à sa participation à au moins deux opérations de récupération des colis d’héroïne en pleine mer.
Par ailleurs, les débats sur la motion de remise en liberté déposée par Mes Hervé Lassémillante et Samad Goolamaully au nom d’Ashish Dayal, qui devaient être engagés aujourd’hui devant la Bail and Remand Court, ont été reportés au 6 septembre. Ce suspect, qui assure une collaboration à toute épreuve avec l’ADSU dans le démantèlement du réseau de l’Ouest, bénéficie d’une garde rapprochée en cellule vu les menaces contre sa sécurité.
Il reste à Ashish Dayal un dernier volet des opérations de trafic de drogue à révéler à l’ADSU, indique-t-on de sources sûres en ce début de semaine. Ces détails devront être disponibles tactiquement après les premières séances d’interrogatoire de Gros Dereck prévues pour bientôt.