Les deux séances de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, sont considérées comme déterminantes pour le Chairman de la Law Reform Commission et de la Gambling Regulatory Authority (GRA), Me Raouf Gulbul. Ainsi, cet après-midi, Parwiza Amina Bibi Jeeva, condamnée en octobre 2010 à 16 ans d’emprisonnement pour trafic de drogue, est attendue devant la commission pour consigner sa version des faits au sujet des « démêlés » de Me Gulbul avec le trafiquant notoire, Peroumal Veeren. Après ce témoignage, la commission devra entendre un autre témoin choc, susceptible d’accabler davantage le conseil légal du Premier ministre et leader du MSM, Pravind Jugnauth, sans compter le passage à la barre des témoins de la « Junior qui en sait trop sur le Senior Member of the Bar ». Dans un autre ordre d’idées, la dernière enquête de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU), soit les Rs 18 millions d’héroïne dissimulées dans les toilettes du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal le 11 juin, progresse à grands pas. En effet, depuis hier, le présumé passeur malgache, Ramahaimandimby Andry Andriamalala, accompagné de son avocat, Me Siddartha Hawoldar, s’est constitué prisonnier à l’ADSU.
Le témoignage de Parwiza Jeeva, annoncé pour cet après-midi, devrait constituer un des points forts des travaux de la commission d’enquête sur la drogue. Elle viendra complémenter viva voce les premières révélations de ses proches, jeudi dernier, au sujet de l’« Involvement » présumé de Me Gulbul en vue d’assurer une protection à toute épreuve contre des allégations à l’égard de Peroumal Veeren. D’ailleurs, vu l’importance de cette audition, des dispositions spéciales étaient prévues en matière de sécurité pour le déplacement de cette détenue.
De son côté, conscient que tôt ou tard, il devra s’expliquer sur des zones d’ombre de sa carrière au barreau, le Senior Member at The Bar et président de la GRA et de la Law Reform Commission, a déjà pris contact avec des conseils légaux pour l’assister lors de sa déposition devant la commission d’enquête, qui devrait intervenir au plus tôt à la mi-juillet. Mais la question qui se pose dans la conjoncture est de savoir si après l’audition de Parwiza Jeeva, et d’un autre témoin, déposant dans la même veine que la première nommée en vue de protéger un autre caïd de la drogue, Me Gulbul pourra toujours assumer le Double Chairmanship des institutions publiques, plus particulièrement la Law Reform Commission.
« Chaque personne est présumée innocente jusqu’à preuve du contraire et Raouf Gulbul doit avoir l’opportunité de se défendre. Cependant, cela ne semble pas bien pour notre système de justice lorsque vous entendez que le président de la Law Reform Commission est Under Scrutiny par une commission sur le trafic de drogue. Dans les circonstances, le moins à attendre est que le principal concerné démissionne de son propre gré de ces instances jusqu’à ce qu’il sorte de ce cyclone », confie en privé un des aînés de la profession légale après le premier déballage de la semaine dernière.
Par contre, Me Athon Murday, qui ne s’aligne pas sur ces principes, intervenant sur sa page Facebook, fait une virulente sortie contre la presse, comme si cette dernière a tout inventé sur les délibérations de la commission Lam Shang Leen. « We stand by our Learned Friend and Senior member of the Bar in times when the local press is firing away blanks at him. Members of the Bar are not to be equated with Mafia and Organised Crime, anyone asserting such non sens are not true leaders; I do hope the Bar fights, over this kind, of madness being thrown at us », souligne cet homme de loi, qui fait un pressant appel aux membres de la profession légale pour soutenir corps et âme Me Raouf Gulbul.
Sur un autre front de la lutte contre la drogue, l’ADSU maintient la pression pour le démantèlement d’un important réseau de trafic de drogue, opérant à partir de la prison. Avec les premiers aveux du Passport and Immigation Officer, Basana Reddi, devenu passeur de drogue au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, le patron de Gloria Fast Food, Dade Azaree, devra être confronté à sa participation dans le réseau de drogue avec son beau-frère, Siddick Islam, alias Nerf, son beau-frère, tirant les ficelles de la prison. Mais cette étape ne sera franchie qu’après l’interrogatoire du passeur malgache, Ramahaimandimby Andry Andriamalala, qui s’est constitué prisonnier hier.
Ce directeur de compagnie, âgé de 42 ans, a nié, aux hommes du Deputy Commissioner of Police Choolun Bhojoo et du surintendant  Sharir Azima, être impliqué dans cette affaire de drogue, avec deux colis d’héroïne, abandonnés dans les toilettes de l’aérogare. Il rejette toute connexion avec le constable Reddi. Toutefois, l’ADSU détient des enregistrements de caméras de surveillance à l’aéroport, montrant le Malgache allant aux toilettes à quatre reprises à l’arrivée du vol en provenance de Madagascar, soit 19h52, 20h22, 20h23, 20h33, suivi par la suite par le constable Basana Reddi.
Le Malgache a prétendu un problème de santé pour justifier ces visites. Mais, ses explications n’ont nullement convaincu les enquêteurs qui l’ont placé en détention policière. Il est attendu au tribunal de Mahébourg ce mercredi pour son inculpation provisoire.?Parallèlement, le constable Reddi a été interrogé sur le Malgache hier. Il a confirmé qu’à l’arrivée du vol MK 289 en provenance de Tana vers 19h35 le 11 juin, il devait récupérer un paquet d’héroïne dans les toilettes. Selon les instructions qu’il avait reçues, c’est bien un ressortissant malgache masculin qui devait déposer le colis.?Étant donné qu’il était basé au comptoir d’immigration, le complice Reddi avait eu confirmation que le passeur était à bord du vol en question. Même s’il n’avait pas rencontré le directeur malgache en personne, le policier disposait de son identité. Il a réitéré que les directives pour la récupération de ces Rs 18 millions de drogue émanaient de Dade Azaree.
Par ailleurs, le constable Basana Reddi, plus loquace que Navin Kistnah sur le fonctionnement du réseau de drogue dont il fait partie, a fait certaines révélations aux enquêteurs dont les informations sont en phase de vérifications. L’ADSU est sur la piste d’un commerçant d’un faubourg de la capitale, propriétaire d’un magasin qui a des liens parenté avec Siddick Islam. Cependant, les enquêteurs s’attendent à plus de clarifications auprès du constable Basana Reddi avant de procéder à la prochaine étape.