L’audition du parrain des parrains devant la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, a relancé la polémique au sujet de la Zanfan Lakaz Connection. La dernière institution en date à s’appuyer sur la teneur de la séance de Questioning pour initier des enquêtes complémentaires, après l’Anti-Drug and Smuggling Unit et l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), n’est nulle autre que la Mauritius Revenue Authority avec une opération Al Capone déjà déclenchée. L’objectif est de remonter aux Rs 650 millions, fortune amassée par Peroumal Veeren par le trafic de la drogue. D’autre part, la déposition de celui-ci a permis également d’établir au-dessus de tout soupçon l’axe Peroumal Veeren/Navind Kistnah dans la saisie des 135 kilos d’héroïne du 9 mars dernier dans des compresseurs à bord du MSC Ivana venant d’Afrique du Sud.
Avec la Customs Anti-Narcotics Team, la Mauritius Revenue Authority est partie prenante dans la lutte contre la drogue. Toutefois, après la déclaration viva voce de Peroumal Veeren à la commission sur sa fortune amassée, une escouade spéciale a été constituée à la MRA avec pour mission de dresser la liste de tous les avoirs de 75 Targeted Individuals Connected to Drug Trafficking, en tête de laquelle figure le caïd Veeren, et des prête-noms identifés, aussi bien que des Senior Members at the Bar ou autres. Le chiffre de Rs 650 millions n’a nullement constitué une surprise, car depuis la fin de l’année dernière, ce chiffre circulait dans des milieux restreints proches de la commission.
« Eh bien, dites aux autorités d’aller enquêter ! Zot ena FIU, l’ICAC, tou sala Ale rode ! » a répondu Peroumal Veeren à la question de l’ancien juge, qui a obtenu confirmation que trois des comptes sont opérés dans des institutions bancaires à Abu Dhabi. Le suspect a rajouté sans vergogne que « mon argent se trouve à l’étranger. Sur des comptes en banque dans des pays étrangers ».
Mais il n’y pas que ces trois comptes, même si les archives de la MRA ne relèvent aucun Tax Account Number (TAN) au nom de ce trafiquant de drogue, qui n’a jamais payé un sou d’Income Tax. Il y a encore des cas d’hommes de loi, dont Me Noor Hossenee, qui devront être servis incessamment de réclamations au titre du redressement fiscal (Tax Assessments).
La principale attribution de cette escouade de la MRA est de procéder à un Audit Trail complet des avoirs bancaires et des Unexplained Wealth de cette première liste de 75 individus ciblés. Cet exercice devra se dérouler au niveau des banques à Maurice et à l’étranger sous les dispositions de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act, à l’Enregistrement pour les transactions immobilières et foncières et à la National Transport Authority pour les acquisitions de grosses cylindrées.
Dans le cas de Peroumal Veeren, qui purge une peine de prison d’une trentaine d’années, l’ICAC, qui se concentre sur le volet de Money Laundering, a déjà engagé un Trail d’une partie des ses avoirs. A ce stade, aucune des sources approchées n’a voulu s’aventurer pour confirmer si la MRA compte solliciter la coopération de l’ICAC en vue d’accélérer les procédures. Cette liste de 75 individus ciblés sera appelée à s’étendre pour inclure d’autres proches au fur et à mesure.
La déposition du Desperado Veeren devant la commission Lam Shang Leen a grandement facilité la tâche des limiers de l’ADSU sous la supervision du Deputy Commissioner of Police (DCP) Choolun Bhojoo. Depuis le début des révélations du Star Witness-in-Waiting au sujet des protagonistes dans l’affaire des 135 kilos d’héroïne du 9 mars et des 22 kilos subséquents du même mois pour une valeur marchande de Rs 2,5 milliards, un Missing Link avait surgi. Le directeur de KUN Management Int avait cité le nom de Peroumal Veeren comme le commanditaire des importations.
Toutefois, le hic est que Navind Kistnah maintient jusqu’à présent qu’il n’avait jamais rencontré ce caïd face-à-face. A l’ADSU, l’on refuse d’avaler cette thèse en soutenant que ces deux suspects ont dû se côtoyer en prison quand Kistnah avait été appréhendé pour le délit de Money Laundering avec des gains au casino. La difficulté pour l’escouade menée par le surintendant Sharir Azima était que les procédures imposent une parade d’identification entre les deux parties. Jusqu’à jeudi dernier, cet exercice s’avérait être un casse-tête.
La solution au Missing Link
Voilà que sans le savoir, Peroumal Veeren a apporté la solution au Missing Link. Définissant les rôles de ceux engagés dans l’importation en vrac d’héroïne, il a avoué que Navind Kistnah et ses proches n’ont aucune maîtrise du réseau de distribution de drogue sur le terrain. « Kan zot tir ladrog-la, zot done, lerla mwa mo vande. Mo fane ladrog-la partou », dit-il en donnant des indications sur le camion de la marque Hinault de 2008 appartenant au frère de la mère de Kistnah, véhicule utilisé exclusivement pour le convoyage d’héroïne.
Même si Peroumal Veeren persiste et signe en soutenant qu’il ne connaît pas Navind Kistnah, il donne des indications sur les membres de la famille. « Je ne le (ndlr : Navind Kistnah) connais pas. C’est avec son frère, Akash, que j’ai affaire. Je connais les autres membres de la famille. Tous sont impliqués. Il y a Ravind, Baba et un “mamou” », dit-il. Toutefois, en commentant le retour du Star Witness-in-Waiting, il dévoiera davantage sa proximité. « Pourquoi est-ce que Kistnah est rentré ? Parce qu’on lui a promis l’immunité ! Il est faux de dire qu’il a été arrêté. Il y a eu un accord qui a été passé avec lui pour qu’il assume la responsabilité de ces cargaisons d’héroïne. Inn dir li pran sarz ! Il n’a pas été arrêté. On l’a fait venir. Son passeport a été détruit. Il est rentré au pays sans passeport. Comment vous expliquez cela ? » fera-t-il comprendre avec une assurance déconcertante au président de la commission d’enquête ouvrant également une parenthèse sur la main invisible tirant les ficelles de cette ténébreuse affaire de trafic de drogue.
D’autre part, avec Peroumal Veeren à la barre des témoins de la Commission sur la drogue, Navind Kistnah a dû revoir ses cartes pour préserver ses chances de bénéficier d’une immunité au pénal. Au cours de la semaine écoulée, il a fait des aveux au sujet des contacts de Veeren qui lui avaient facilité son déplacement en Afrique du Sud et au Mozambique à partir du 8 mars dernier. Néanmoins, il s’est gardé de révéler l’identité de la Mauricienne qui assumait le rôle d’intermédiaire entre lui et Peroumal Veeren en prison. L’ADSU soupçonne que cette femme ne serait nulle autre que Christelle Bibi, celle qui gère le magasin de Curepipe ne s’ouvrant qu’une fois la semaine. La confirmation de la bouche de Navind Kistnah devrait consolider le Link.
Lors des prochaines séances d’interrogatoire à l’ADSU, le directeur de KUN Management INT sera confronté aux secrets décryptés de la mémoire de la Sim Card en sa possession à partir du 8 mars. Les appels téléphoniques et les messages SMS décodés, dont plus d’une centaine de courtes durées en une journée, tisseront le Veeren International Drug Trafficking Network au profit des enquêteurs de l’ADSU.