Au fur et à mesure que progressent les différents volets de l’enquête sur le démantèlement du réseau de trafic de drogue après la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions le 12 juillet dernier, les surprises n’en finissent pas. Après l’imam Moosa Beeharry, Morale Instructor de la Prison Centrale de Beau-Bassin, l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit de la Plaine-Verte, menée par l’inspecteur Assaad Rujub approfondit la piste d’un banquier de la place, véritablement au-dessus de tout soupçon, comme un maillon important dans le réseau de Gros Dereck. L’Independent Commission Against Corruption (ICAC), sur la base des dispositions du Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act, est également sur la piste de ce même banquier pour presque les mêmes raisons. D’autre part, l’ADSU met actuellement les bouchées doubles en vue de pouvoir retracer les cachettes où ont été dissimulés entre dix et douze kilos de drogue, faisant partie des dernières livraisons de Madagascar effectuées par le steward du Mauritius Trochetia, Hayeshan Madarbacus.
Depuis le démarrage de cette enquête avec la saisie de cette importante quantité d’héroïne et les premières confessions du chauffeur de taxi, Ashish Dayal, quant au mode de fonctionnement de ce réseau, l’ADSU a privilégié le Money Trail pour démêler cet écheveau. Les derniers recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes indiquent qu’avec les nouvelles orientations, l’enquête prend le chemin d’une banque commerciale du pays, vu le rôle assumé par un des banquiers en tant que véritable « garant des trafiquants de drogue » au sein de cette institution.
A ce stade de l’enquête, qui aborde bientôt la 11e semaine, les responsables de l’ADSU n’hésitent pas à soutenir que « l’opération du démantèlement du réseau de Gros Dereck a atteint un point extrêmement sensible ». En fin de semaine, après une longue séance de travail au Director of Public Prosecution’s Office, ils n’ont voulu ni confirmer ni infirmer le moindre détail dans la nouvelle tournure des événements. Aucune indication également n’était disponible sur la possibilité d’un « Sharing of Intelligence » avec l’ICAC au sujet des opérations bancaires en upfront en guise de couverture au blanchiment de fonds.
Les indications sont que des prête-noms des trafiquants de drogue notoires auraient infiltré les plus hauts échelons de cette banque commerciale en vue d’obtenir des assurances tous risques pour des opérations de blanchiment de fonds portant sur des dizaines de millions de roupies générées par le trafic de drogue. Pour pouvoir obtenir ce blind cover, le réseau de Rudolf Dereck Jean-Jacques a joué à fond la carte des connexions bien placées.
Le mécanisme utilisé est simple : profitant de l’axe avec le banquier doublement ciblé par l’ICAC et l’ADSU, d’importants prêts bancaires étaient accordés régulièrement à ces prête-noms, qui se déclarent engagés dans le business du tourisme réceptif, notamment la location de voitures de luxe. Le transfert de ces fonds, sanctionnés par la banque, n’était en fait qu’un paravent pour blanchir l’argent sale en le retournant dans le circuit sous forme de remboursement de prêts et des profits soi-disant générés par le business de location de voitures.
Ce qui intrigue l’ADSU et l’ICAC demeurent les facilités avec lesquelles un de ces hommes de paille de mafia de la drogue obtenaient des prêts pour l’acquisition de plus d’une centaine de voitures au cours de ces dernières années. Les plus grosses cylindrées, dont toute la série de BMW saisies jusqu’ici par l’ADSU après l’arrestation de Gros Dereck et consorts, ont été achetées sous cette formule déguisée de prêts pour favoriser des opérations de blanchiment de fonds.
Compte tenu des dispositifs prévus dans le Banking Act protégeant les transactions bancaires, les enquêteurs procèdent par étape pour confirmer le rôle personnel du banquier dans le suivi du dossier de ce client particulier, avec des soupçons d’interventions personnelles pour accélérer les procédures avant de passer à la prochaine étape des opérations, notamment son audition Under Warning. La collaboration de la Banque de Maurice pourrait même être sollicitée pour mener à exécution cette mission des plus délicates.
Avec la coordination de l’enquête sur le démantèlement de ce réseau de trafiquants de drogue assurée par les services du DPP, il ne fait aucun doute qu’à un certain moment, l’ICAC et l’ADSU seront appelés à Compare Notes au nom de l’efficacité de l’enquête. Aucune information n’est disponible jusqu’ici pour confirmer si cette étape est sur le point d’être franchie par les autorités.
En parallèle aux séances d’interrogatoire des suspects, encore en détention policière, les limiers de l’ADSU multiplient les initiatives en vue de récupérer entre 10 et 12 kilos de drogue soigneusement dissimulés dans des cachettes connues que des trafiquants. La découverte de ces cargaisons d’héroïne viendra accréditer la thèse que la drogue était uniquement pour le marché local. Au cas contraire, le scénario de Maurice en tant que plaque tournante dans l’océan Indien deviendra têtu. Les dernières sorties effectuées enfin de semaine n’ont pas donné des résultats escomptés, alors que l’ADSU est convaincu que l’un des rares suspects à pouvoir les aider n’est autre que le skipper de L’Ange Rapide, Bruno Westley Casimir, qui s’est muré dans un silence depuis son arrestation.
De nouvelles tentatives par personnes interposées en vue de faire Westley Casimir changer de position pourraient être tentées dans la conjoncture. Il maîtrise les coordonnées où était cachée cette partie de la dernière cargaison de drogue livrée par Hayeshan Madarbacus avant l’éclatement du réseau.
Par ailleurs, la connexion ougandaise du réseau Gros Dereck est placée sous haute surveillance. Me Rashid Ahmine, Senior Assistant DPP et responsable de l’Assets Forfeiture Office, et le chef inspecteur de police Sébastien Joseph se rendront en Afrique du Sud à partir de demain pour établir un réseau de coopération régionale sur la base des informations recueillies par l’ADSU.
La logistique disponible sous l’Assets Recovery Inter-Agency Network for Southern Africa (ARINSA) sera activée à cet effet. Les différentes agences luttant contre le trafic de drogue et autres crimes à col blanc dans cette région de l’océan Indien et d’Afrique seront mises à profit pour révéler les tenants et aboutissants de ce réseau, plus particulièrement au niveau du transfert des avoirs.
Dès demain, le steward du Mauritius Trochetia, dont les révélations ont abouti à l’arrestation de deux colosses, Jimmy Colosso et Jimmy Rodriguais, sera fixé sur son sort. Son homme de loi, Me Rama Valayden, tentera de convaincre les limiers de l’ADSU et le magistrat de Port-Louis qu’il est dans l’intérêt de l’enquête et de la sécurité de Hayeshan Madarbacus, que celui-ci soit maintenu en cellule policière au-delà des quatre semaines initiales de détention comme le chauffeur de taxi Ashish Dayal.
L’imam Beeharry disposera encore d’une semaine pour prouver « sa bonne foi » en passant aux aveux sur les instructions émanant des trafiquants Alain Emilien, alias Very Good, et de l’Ougandais James Mukasa Kanamwanjee et de ses contacts à l’étranger. L’imam de la Prison de Beau-Bassin reste avare de révélations dans l’esport d’un Plea Bargain avec l’ADSU. Avec la décision de décrypter les discs durs de ses deux Laptops et de passer au crible la mémoire de ses téléphones cellulaires, les chances d’une immunité totale pour cet homme religieux s’estompe graduellement. Avec les nouvelles directives du DPP, il risque très vite de retourner dans l’univers carcéral où jadis sous la tenue d’un homme religieux, il opérait en toute impunité pour le compte des trafiquants de drogue…