Le concept de parrainage Love Bridge a été présenté aux ONG mercredi dernier. Des travailleurs sociaux rencontrés à l’issue de cette réunion ne cachent pas leur déception, de par la manière dont le projet social du Curepipe Starlight Sporting Club a été adopté sur une base nationale et le fait qu’ils n’aient pu aborder toutes les questions voulues. Mais du côté de Love Bridge, on laisse entendre qu’il n’est pas question de remplacer les ONG, mais d’apporter une nouvelle arme pour le combat. D’autres acteurs sociaux, eux, laissent entendre que c’est le moment de mettre de l’ordre avec les ONG qui ont poussé comme des champignons depuis l’application de la Corporate Social Responsibility (CSR).
Certains rouspètent tout bas, d’autres osent lever la voix. Mais la frustration est grande, de leurs propres aveux. « Nous sommes venus à une rencontre, il y a eu une heure de discours de différentes personnalités et on n’a pris que quatre questions. Je crois que cela démontre clairement la considération qu’on a pour nous. Les ONG sont perçues comme des quémandeuses de fonds. On ne mesure pas l’importance du travail que nous abattons sur le terrain », dit la responsable d’une ONG.
Danny Philippe, coordinateur de LEAD, est l’une des rares personnes à lever la voix : « Je ne suis pas contre le projet Love Bridge, ni contre les personnes qui y sont engagées. Ce que je regrette, c’est la manière dont le gouvernement a adopté ce projet à l’échelle nationale, sans consultations avec ceux qui sont déjà là. Il y a à Maurice deux ONG qui luttent contre la misère depuis 50 ans, on aurait pu solliciter leur collaboration. Je m’attendais à ce que ces personnes réagissent, mais tout le monde est resté tranquille. »
Saajidah Dauhoo, directrice de SOS Poverty à Vallée-Pitot, n’était pas présente à la rencontre. Mais son représentant lui a donné des feedback positifs. « Je trouve que c’est très intéressant. Nous sommes prêts à collaborer si nécessaire. Nous avons déjà sur place nos écoles, nos services d’aide aux familles. S’ils ont besoin de nous nous sommes là ».
Alain Auriant, du mouvement Forces Vives de Rose-Belle, est lui d’avis qu’il faudrait appliquer le projet Love Bridge sur une base pilote avant de l’étendre à l’échelle nationale. « Nous verrons ce que ça donne et s’il y a nécessité d’aller plus loin ». Mais le plus grand danger, ajoute Alain Auriant, est l’ingérence politique. « Si les politiciens commencent à y mettre leur main, c’est perdu d’avance ».
Danny Philippe souhaite que des personnes issues de milieux démunis et qui ont pu s’en sortir soient aussi impliquées dans le projet pour servir d’exemple. « Les Nations unies le recommandent. C’est ce qu’on fait déjà pour la lutte contre la drogue et le sida ».
De son côté, Harold Mayer, coprésident du National Love Bridge souhaite une meilleure compréhension du projet. « Nous ne prenons la place de personne. Les craintes sont liées à une mauvaise compréhension du projet » (voir interview plus loin).
Une autre source proche du dossier estime que les ONG n’ont aucun souci à se faire si elles font leur travail correctement. « Depuis le CSR, on a vu les ONG pousser comme des champignons. C’est le moment de mettre de l’ordre. Mais celles qui font bien leur travail ne doivent pas s’inquiéter ».