La police mise sur le community policing pour freiner la violence parmi les jeunes. Les responsables de la Western Division ont enclenché jeudi le dialogue en ce sens avec les représentants des collèges situés dans les basses Plaines Wilhems et la région ouest du pays. L’on y a noté une profonde inquiétude face à l’étendue du problème et tous ont appelé à une prise de conscience au niveau national. Des propos francs et quelques suggestions valables ont marqué cette rencontre, une première pour la police.
« L’heure est grave », a-t-on entendu à plusieurs reprises hier dans l’assistance. « Il y a un problème très sérieux », a admis Rashid Beekun, Assistant Commissioner of Police (ACP) de la Western Division, qui a fait état de quelques statistiques, comme pour convaincre de la gravité de la situation. Par exemple, durant la période de janvier 2011 au 31 août dernier, la Western Division a enregistré pour les basses Plaines-Wilhems et l’ouest du pays 70 cas de « crimes and misdemeanours » impliquant des mineurs. La loi prévoit pour ces deux types de délits des peines d’emprisonnement et des amendes.
La police, qui a exprimé avec force et conviction sa détermination pour freiner la violence parmi les jeunes, s’est toutefois montrée rassurante quant à la méthode qu’elle compte employer pour y arriver. « Nous voulons un changement total dans notre orientation », a indiqué l’ACP Beekun. « The use of force is outdated » selon ce responsable de l’ordre publique. Pour contrer le problème, la police a décidé de privilégier le concept de community policing. La rencontre organisée par les responsables de la Western Division avant-hier au J & J Auditorium à Phoenix à l’intention des PTAs et des élèves des collèges de cette région s’inscrit dans cette démarche de concertation avec les citoyens. « Notre objectif est de réduire la violence parmi les jeunes ; allons chercher ensemble des solutions à ce problème. Vous avez certainement des commentaires et des propositions. Nous allons agir en fonction de ce que vous allez nous dire », a promis hier Rashid Beekun à la soixantaine des représentants des établissements secondaires.
Si les participants reconnaissent qu’il y a urgence pour redresser la situation, ils ont fait remarquer qu’il sera impossible d’éradiquer complètement ce problème de violence. « But we can reduce it to a great extent » espère l’un d’entre eux. « La violence a toujours existé mais ce qui change à présent c’est l’augmentation et la gravité des actes commis par les jeunes », observe un autre.
Mais qu’est-ce qui favorise cette violence grandissante parmi les jeunes ? Les arguments avancés par les participants à cette rencontre sont connus. Ils ont cité, entre autres, la violence à la télévision, la démission d’un bon nombre de parents devant leurs responsabilités, le mauvais usage de l’internet, le caractère violent des thèmes de jeux vidéos violents, le manque d’informations, le manque de formation des parents, l’oisiveté des jeunes, le peer pressure.
Dans le registre des propositions, un enseignant a demandé à la police de prendre avantage de la télévision nationale pour organiser régulièrement des émissions sur le problème à une heure de grande écoute. « Aux grands maux les grands remèdes. Nous avons une télévision nationale pourquoi ne pas l’utiliser à bon escient », s’est demandé cet enseignant du collège New Devton. « Me pou ki nou resi pass mesaz-la korek-korek bizin ki emision-la pass similtaneman lor tou-le-troi senn. Ala mo propozision. »
À plusieurs reprises, les parents ont invité la police à se rendre dans les collèges pour donner des causeries. « Venez dans les écoles ! Quand nous parlons de ces sujets à l’assemblée du matin les élèves ne nous écoutent guère. Nous pensons que si vous venez, ces causeries auront plus d’impact sur les élèves » ont dit quelques parents.
Les adultes notent qu’il y a eu un manquement par rapport à l’éducation des jeunes sur leur devoir de citoyens et souhaitent que les autorités y remédient dans les meilleurs délais. « Sa bann dernier lane-la inn met tro laksan lor bann droit bann zanfan me pa finn dir zot ki zot devoir », déplore une mère de famille. Il y a aussi un besoin d’informations concernant les délits punissables par la loi.
L’on ne peut aussi passer sous silence cette préoccupation profonde des adultes par rapport à la fréquence des cas de suicide parmi les jeunes. Ils ont suggéré la mise en place d’un service structuré pour l’écoute des jeunes en difficulté avec l’apport des psychologues et autres professionnels.
Des participants à cette réunion n’ont pas manqué de faire aussi quelques reproches à la police concernant l’attitude et le comportement de quelques-uns de leurs membres envers le public. Ils ont fait état par exemple du langage grossier de certains éléments de la Brigade des mineurs.
Malheureusement on a très peu entendu la voix des collégiens lors de cette rencontre même si l’ACP Beekun les a invités à prendre la parole. Il n’y a que le Head Boy de John Kennedy College, Jaynesh Narroo, qui est intervenu. Dans une longue intervention remarquable, ce jeune a relaté les efforts communs entre les élèves de son collège et ceux du SSS Dr Regis Chaperon pour arrêter les rivalités. « La violence qui existait entre ces deux établissements a fait beaucoup de mal dans le passé. Nous avons réalisé que nous sommes tous Mauriciens et qu’il y a des choses beaucoup plus importantes à faire ensemble dans l’intérêt du pays plutôt que de continuer à se bagarrer sans connaître les vraies raisons. Nous avons tourné la page et il existe désormais des relations cordiales entre nous. Il y a des projets que les deux collèges réaliseront ensemble l’année prochaine », a dit Jaynesh Narroo.
Des 35 établissements secondaires invités à cette rencontre, une dizaine d’entre eux n’étaient pas représentés. « Depuis plusieurs mois, nous avons pris contact avec tous les établissements de la région et nous avons eu aussi des réunions dans certaines écoles pour les motiver à venir », affirme un des organisateurs de la rencontre. Et pourtant, cette tendance grandissante à la violence parmi les jeunes fait déjà beaucoup de dégâts dans de nombreuses familles et dans la société mauricienne.