Redorer le blason de nos plages afin de maintenir la vocation touristique de Maurice. Voilà l’objectif des autorités qui enclenchent les grandes manoeuvres pour lutter contre l’érosion dont sont victimes la majorité des plages du pays. Si le nouveau gouvernement continue sur la lancée de l’ancien régime pour lutter contre l’érosion, en poursuivant les projets de réhabilitation des plages, avec notamment dès ce début d’année, des travaux à Riamble et Pomponette qui seront fermées au public pendant deux mois, les autorités changent de méthode et introduisent à la place des gabions, des tétrapodes. L’objectif étant de préserver le littoral, tout en évitant que nos plages deviennent un eyesore, comme c’est le cas à Grand-Baie. Toutefois, cette nouvelle technique est décriée par les experts en environnement qui rappellent que tout objet : murets, gabions et autres structures solides : installé dans la mer, provoque un déséquilibre et risque d’accentuer l’érosion, tout en étant très peu esthétique puisque on nepeut réhabiliter une plage en remplaçant le sable per d’autres matériaux. D’où l’appel lancé pour que les autorités conduisent de nouvelles études avant d’entamer ces travaux nécessaires certes, mais qui devraient relever d’un investissement réfléchi.
Selon un communiqué du ministère de l’Environnement, du Centre National des Urgences et de la Beach Authority, la plage de Riambel et celle de Pomponette seront fermées pour cause de travaux de réhabilitation enclenchés dès le 5 janvier jusqu’au 28 février. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du Coastal Conservation Plan de Africa Adaptation Programme (AAP) préconisé par les experts de la Japan International Corporation Agency (JICA). « Mais cette fois, au lieu des gabions, qui sont inesthétiques et dont le métallique les recouvrant pourrissent en peu de temps, nous allons utiliser des tétrapodes », indique le ministre Raj Dayal. Il s’agit d’une nouvelle méthode, utilisée en Inde ou en Malaysie par exemple et qui a fait ses preuves, dit-il, expliquant que les tétrapodes constituent en des blocs de béton, formant un Y, qui sont installés dans l’eau, pour casser les vagues et retenir le sable. Soutenant que l’objectif de son ministère est de préserver nos plages mais également de préserver le cachet de sable blanc qui fait la réputation de Maurice;, le ministre indique que « nous allons effectuer un constat de visu sur toute la côte mauricienne et déterminer les sites où il y a urgence », dit-il.
Reste que la méthode « tétrapodes » est aux antipodes de ce qui est esthétique, s’offusquent les experts en environnement. Certes, cela peut servir lorsqu’il s’agit de plages où il n’y a pas de sable, comme à la Réunion, ou à Maurice à St Félix ou un peu aussi à Pomponette, mais la lutte contre l’érosion à Maurice, c’est lutter pour préserver notre sable fin, disent-ils. Et de rappeler que « pour lutter contre érosion, il faut une approche à deux niveaux, notamment arriver à circonscrire à la fois énergie des vagues et le relèvement du niveau de la mer ». Les murets, gabions, jetées, et autres structures solides qui sont installés dans la mer  pour empêcher le sable de partir provoquent l’effet contraire, disent-ils. Ces intrusions viennent affecter cet équilibre à deux niveaux, notamment en bloquant d’abord le transport naturel du sable et ensuite en modifiant la dissipation de l’énergie des océans.
« En plaçant des structures solides comme des pierres le long de la côte, comme c’est le cas à Grand-Baie et dans l’estuaire de Rivière Noire, ou à Pointe aux Sables, l’énergie des vagues est reflétée au lieu d’être absorbée. Lorsqu’on met des rochers ou des murs, l’énergie des vagues s’accumule dans l’eau et elle se trouve ainsi reflétée soit vers le large, soit le long de la côte au lieu de se dissiper tranquillement sur du sable. Ce qui cause des dégâts majeurs à toutes les plages de sable des environs », soulignent les experts en environnement.
Il ne faudrait pas qu’avec les travaux de réhabilitation des plages, certes nécessaires, Maurice se transforme en fortifications rocheuses. Grand-Baie est l’illustre exemple d’une de nos plus belles plages, métamorphosée en un eye-sore…