Révoltés et frustrés par le piratage de leurs oeuvres, les artistes se préparent à une semaine revendicative. Une marche pacifique, à l’initiative du nouvellement créé Collectif des Artistes, est prévue le 29 janvier au départ du Champ-de-Mars visant à sensibiliser le public sur le piratage et à dénoncer la violence dont ont été victimes quatre des leurs le 30 décembre dernier, alors qu’ils prenaient en flagrant délit des marchands ambulants en train de vendre leurs créations piratées. Et dans le sillage, une mise en demeure sera servie, cette semaine, aux stations radios et télés, privées et publiques, pour empêcher, en guise de solidarité avec eux, la diffusion de toute oeuvre des artistes pendant quatre jours, soit entre le 28 et 31 janvier. Le collectif, qui précise être “apolitique” invite la population à prendre conscience que “le piratage est un vol” et porte préjudice, non seulement aux artistes, mais également à l’économie mauricienne.
“Nous voulons faire comprendre à la population que derrière les CD piratés qu’elle écoute, il y a un dur labeur, au préalable, de notre part, et en donnant la possibilité aux marchands ambulants d’écouler leurs produits contrefaits, cette complicité nous porte préjudice”. C’est ce qu’a fait ressortir Jean Jacques Arjoon, lors d’un point de presse hier, à l’étude de l’homme de loi Rama Valayden. L’occasion pour eux de rappeler que le Collectif des artistes est une mouvance ouverte aux artistes d’expressions diverses — créoles, bhojpuri et autres langues — faisant partie du paysage culturel mauricien et que “nous ne sommes pas en guerre, mais voulons que nos droits soient respectés”. Les membres du Collectif des artistes qui s’insurgent contre la brutalité policière dont a été victimes quatre des leurs, le 30 décembre 2016, en voulant faire respecter leurs droits, dit attendre toujours une rencontre avec le Commissaire de police dans le cadre de l’institution d’une enquête. Une rencontre qu’ils espèrent en vue de s’assurer, auprès de Mario Nobin, que c’est une équipe de police indépendante qui s’occupera de cette affaire. Dans le sillage, ils disent espérer que l’affaire sera confiée à l’ASP Hector Tuyau qui maîtrise, selon eux, les rouages de ce dossier, ou encore l’ACP Daniel Monvoisin. Ils réitéreront, ce lundi, leur demande auprès du Commissaire de Police. Dans le même élan, ils comptent également sur une enquête relative à la brutalité policière qui devrait être initiée par la Human Rights Commission qui a été contactée.
Des leaders politiques solidaires
Le Collectif des artistes a également eu des rencontres avec des leaders de partis politiques, dont le leader de l’opposition, Paul Bérenger, mais aussi avec le vice-Premier ministre et ministre du Tourisme et leader du PMSD, Xavier Duval. “Plusieurs politiciens nous ont approchés et nous ont signifié leur solidarité”, dit Bruno Raya, qui insiste sur le fait que leur mouvance est apolitique. “Tout le monde est invité à marcher à nos côtés. Nous sommes là pour faire respecter notre travail, nos droits”, ajoute-t-il. Et d’insister que “nous sommes pour la non-violence, mais pour la non-soumission également”.
Un appel est aussi lancé aux autorités pour qu’elles “respectent leurs engagements” pris dans le discours-programme, parmi lesquels on note l’introduction d’un projet pour le statut des artistes et de nouvelles mesures pour renforcer les paramètres régissant la propriété intellectuelle. Notons qu’un comité regroupant différents partenaires au niveau de l’État et de la communauté des artistes a été mis en place pour se pencher sur les amendements de la Copyright Act. “Mais nous insistons sur le fait que ce comité ait le statut d’un High Powered Committee afin que les décisions puissent avoir force de loi. Nous en avons assez des comités consultatifs, qui ne servent pas à grand-chose”, disent les artistes.
Selon eux, à travers le piratage qui générerait un chiffre d’affaires de Rs 65 M, c’est une économie parallèle qui est en place. “Et qui dit économie parallèle, dit que, nous, artistes nous sommes pénalisés, et l’économie réelle du pays également. Et par la même occasion, le peuple”, disent les membres du Collectif des artistes. Ils rappellent que Maurice est signataire de plusieurs conventions liées à la propriété intellectuelle et que, de ce fait, des dispositions doivent être prises pour harmoniser nos lois avec les paramètres internationaux.
De même, le Collectif des artistes souhaite que les amendements donnent le pouvoir à la Rights Management Society de prendre des sanctions contre ceux qui ne respectent pas la loi et que la nouvelle loi “oblige la police à faire son travail afin que les artistes n’aient pas à se retrouver, en chemin, à devoir défendre leurs droits”. Le collectif explique que lors d’une rencontre avec les ministres Duval et Baboo, la nécessité d’une nouvelle grille de tarifs afin que les artistes soient mieux rémunérés pour la diffusion de leurs oeuvres a été évoquée. “Une telle mesure découle de la déclaration universelle sur la diversité culturelle. Chaque gouvernement peut prendre des mesures pour préserver la culture”, disent-ils.