La nouvelle est tombée il y a deux semaines. Lasse de devoir subir les coups bas portés par sa propre fédération, à savoir la Fédération mauricienne de Lutte (FML) que dirige Richard Papie, la lutteuse internationale rodriguaise, Joyce Milazar, a fini par craquer. Elle a décidé de mettre un terme à sa carrière, non sans peine. Une grande perte pour le sport mauricien quand on connaît les qualités de Joyce Milazar, celle-là même qui avait offert, en septembre dernier à la République de Maurice, sa première médaille de bronze aux Jeux de la Francophonie, à Nice en France. La responsable de cette retraite prématurée: la FML.
Comment peut-on demander à une sportive de haut niveau de travailler très dur quand les conditions ne sont pas réunies pour qu’elle puisse se surpasser. C’est le cas de Joyce Milazar qui, depuis son retour des Jeux de la Francophonie en septembre 2013, a été la cible de la FML et de son président Richard Papie. Idem pour la présidente  Clairmène Roussety. Leurs fautes ? Celles d’avoir fait des déclarations à la presse à l’issue de cette compétition. Des déclarations que la fédération n’a pas digérées et qu’ elle a estimé lui avoir causé préjudice.
Depuis, Joyce Milazar, Clairmène Roussety et le comité régional ont été la cible de la fédération ! 26 septembre 2013, Joyce Milazar est même suspendue jusqu’à nouvel ordre avant d’écoper plus tard de trois ans de suspension. Clairemène Roussety avait elle écopé d’une suspension de cinq ans. Toutefois et ce, suite à l’intervention du ministère de la Jeunesse et des Sports, la sanction avait été annulée. On pensait alors que les malheurs de la lutte rodriguaise étaient derrière elle. Mais c’était mal connaître la FML et ses dirigeants, puisque le comité régional a continué à subir des représailles comme en témoigne la non reconnaissance du nouveau bureau de ce comité régional élu cette année à l’issue d’une nouvelle assemblée générale élective recommandée par la fédération elle-même.
Un tissu de mensonge
Face à cette situation de plus révoltante, Joyce Milazar a pris sa décision. « Trop, c’est trop. J’ai pris la dure décision de mettre un terme à ma carrière et elle est irrévocable », a-t-elle lâché le 14 juin dernier en conférence de presse à l’hôtel Cono Cono. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase demeure sans conteste les déclarations de Richard Papie au sujet des candidatures pour l’obtention d’une bourse olympique en vue des Jeux olympiques de 2016 à Rio au Brésil. »Dans une déclaration à la presse à Maurice, Richard Papie a déclaré m’avoir contacté par téléphone et que je lui aurais fait comprendre que seul mon entraîneur à Rodrigues (Ndlr: Alec Albert) pouvait m’entraîner. Tout cela n’est qu’un tissu de mensonge, puisque Richard Papie ne m’a jamais contactée », a-t-elle expliqué.
Pour elle, il était grand temps de prendre une décision dans la mesure où elle dit ne plus pouvoir continuer à subir l’humiliation de sa fédération. « Comme je l’ai fait ressortir, je me suis senti humiliée à plusieurs reprises, alors que j’ai tout donné pour faire honneur à la République de Maurice. Cette situation ne pouvait plus durer. Il fallait impérativement y mettre un frein », a-t-elle fait remarquer.
Joyce Milazar a avoué que son entraîneur lui a demandé de reconsidérer sa décision, mais a ajouté qu’elle ne fera pas machine arrière. Elle a tenu à remercier l’entraîneur Alec Albert, le comité régional, sa famille, ses amis et amis d’entraînement, le Chef commissaire Serge Clair, le Commissaire de la Santé et des Sports Ismaël Valimamode et tous ceux qui l’ont soutenue pendant toute sa carrière. Joyce Milazar a indiqué que le combat continue et qu’elle continuera à apporter son soutien aux lutteurs rodriguais.
La démarche de Joyce Milazar a été brutale dans le sens où personne ne s’y attendait, même pas son entraîneur Alec Albert. Mais dans le même temps, on comprend toute l’amertume et la révolte de cette sportive. En somme, on dira que Richard Papie et son équipe à la FML ont gagné. Ils peuvent se réjouir, puisqu’à défaut d’avoir fait tomber le comité régional, ils ont obtenu le départ à la retraite d’une sportive de haut niveau. Révoltant quand on considère qu’une fédération est sensée travailler pour l’intérêt du sport et de ses sportifs. Or, dans le cas de la lutte, c’est tout le contraire.
Pourtant, la FML bénéficie des fonds publics pour son fonctionnement et promouvoir la lutte dans son ensemble, y compris à Rodrigues. Malheureusement, on semble avoir d’autres soucis que celui de ses propres licenciés. Qu’on le veuille ou non, l’affaire Milazar restera à jamais gravée dans les annales du sport mauricien. C’est donc une page de l’histoire de la lutte rodriguaise, voire de la lutte nationale mauricienne, qui est tournée. Espérons maintenant que le ministère de la Jeunesse et des Sports, plus particulièrement le ministre Devanand Ritoo, lui qui dit défendre les intérêts des athlètes, saura réagir. Car comme l’a dit Joyce Milazar, trop c’est trop.