Le Kolektif 1er Fevriye a invité les Mauriciens, hier, jour de la commémoration de l’Abolition de l’esclavage, à un rassemblement au Plaza, Rose-Hill, sur le thème « Non a Akaparman ek Soutyen a Dimounn ki dan Labandon. » Un rassemblement qui a réuni une cinquantaine de militants engagés dans les différents secteurs de la lutte syndicale. Ainsi, tour à tour, les représentants ont pris la parole pour faire part de leurs luttes et des difficultés rencontrées. Plusieurs témoignages ont également été entendus. Lors de son discours, Jack Bizlall, président de l’Observatoire de la démocratie, s’est adressé plus particulièrement aux nouvelles générations.
Le 1er février de chaque année célèbre la journée de commémoration de l’Abolition de l’esclavage à Maurice. Toutefois, pour les orateurs ayant pris la parole hier, l’esclavage prend aujourd’hui d’autres formes. Outre les nombreux employés qui ont perdu leur emploi, le syndicaliste a évoqué « la situation des jeunes diplômés en médecine, en ingénierie et en loi qui, pour pouvoir exercer, sont obligés de faire encore des examens à cause d’un cartel dans le Medical Council, dans le Conseil des avocats et dans le Engineers Council. » Et d’ajouter que ce sont des formes de « répression qui s’abattent sur nous et nos enfants. » Évoquant les 25 000 étrangers qui sortent de Chine, du Sri Lanka, de Madagascar et des Philippines pour travailler à Maurice « dans les mêmes conditions, sinon pires que nos ancêtres, les travailleurs engagés », Jack Bizlall s’est interrogé: « Ki été lesklavaz? Se kan ou lekor pa pou ou, li pou enn lot dimounn. Dan sa ka-là, eski dan nou sosiete, pana enn relika lesklavaz? Eski nou lekor pou nou kan nou al dan travay? »
Selon le syndicaliste chevronné, Rodrigues et Agalega ont une « avance énorme » sur Maurice: « La situation à Rodrigues s’est améliorée, comparée à Maurice; il n’y a pas de sans-logis, pas d’alcoolique ni de personnes abandonnées, de même qu’à Agalega. Ce sont des sociétés qui se sont organisées différemment. À Maurice, nous avons une situation de sauvagerie très cruelle qui se reflète partout, à travers l’oubli et l’abandon. »
Ainsi, il a exhorté aux jeunes de participer davantage à la lutte syndicale et de continuer le travail des syndicalistes. « À ceux qui sont nés dans les années 80-90, vous devez essayer de comprendre: à votre tour de prendre la relève, d’observer ce qui se passe autour de vous dans le pays et d’assumer votre responsabilité générationnelle. À ceux qui sont des années 60-70, il est l’heure de transmettre et de laisser la place. »
Jack Bizlall estime que la sécurité et la justice sont deux éléments qui intéressent l’être humain et que rien ne dépasse ces deux concepts fondamentaux dans la vie en société. Il trouve, toutefois, dommage c’est chaque syndicat fait entendre sa voix séparément. Pour lui, il faudrait plus d’organisation et d’unité: « Nous devons apporter une identité culturelle », dit-il. L’orateur a également parlé de la notion de liberté, notamment en terme d’homosexualité, et laissé entendre qu’un individu devrait être libre de consommer du cannabis: « La liberté des individus, li osi la liberté de ceux ki konsom cannabis pou zot mem et par zot mem. »
Rappelant le rassemblement ayant eu lieu le 29 janvier dernier dans la salle du Conseil de Port-Louis en mémoire des militants, il a fait mention de feu le militant Serge Rayapoullé, « que tout le monde respecte, symbole de ce type de militant qui n’hésite pas à descendre dans la rue pour que les problèmes soient réglés. »
Jack Bizlall a, par ailleurs, annoncé que ceux présents le 29 janvier ont pris la responsabilité d’écrire un livre sur tous les militants décédés: chaque militant aura son histoire et ses moments de lutte racontés par une personne qui l’aura connu. « À travers ce livre écrit par une soixantaine d’auteurs, nous aurons un souvenir de ceux qui ont milité lor koltar. Ceux-là aussi ont été abandonnés dans l’histoire. Certains militants sont morts dans la lutte syndicale, d’autres sont devenus fous. Et nous devons nous rappeler la lutte historique, héroïque et indélébile de ma génération, qui est entrée dans l’histoire. Dans 50, 100, 2000 ou 4000 ans, l’histoire se souviendra de toutes ces personnes qui se sont battues pour aller vers l’Indépendance et pour transformer notre société. »
Il a tenu un discours politique avant d’encourager à nouveau les jeunes à prendre la relève de la lutte syndicale. Une invitation a été lancée à d’autres syndicats pour le rassemblement prévu le 12 mars prochain. Jeff Lingaya, maître de cérémonie (MC), a invité ceux présents à acheter le livre Code Noir 2013.
Kolektif 12 mars : une réflexion sur la démocratie
Le 12 mars, jour anniversaire de l’accès à l’indépendance du pays, Jack Bizlall invite les syndicats et autres mouvements à un rassemblement dans la cour du Plaza, à Rose-Hill, munis de slogans autour de la démocratie. « Si nou resi gagn 150-200 group dimounn pou reflesi lor enn nouvo konstitision ek enn deziem repiblik, an plas an plas le 12 mars nou kapav gagn 1000 lide ek propozision. »