« La compréhension des mécanismes biologiques du cancer du sein a révolutionné les traitements de cette maladie », indique le Dr Jean-Marc Nabholtz, directeur du Centre de Recherches sur le Cancer à Lyon (France). « Aujourd’hui nous pouvons soigner les patientes avec des cocktails biologiques », affirme le scientifique. Moins de chimiothérapie, moins de toxicité, les agents biologiques vont directement au coeur des cellules malignes. « Ils réduisent la taille de la tumeur et les ablations du sein », explique le Dr Nabholtz.
Toutes ces informations ont été données à la conférence organisée avec le concours de l’Université de Maurice et de l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle était présidée par le Dr Anil Mohith, National Cancer Programme 2011-15 Coordinator.
Les agents biologiques, anticorps, de petites molécules, des amplificateurs de gène, des produits qui luttent contre la résistance à l’hormonothérapie iront à l’assaut de la tumeur. « Les années 2010 seront celles de la thérapie biologique, réduisant du même coup la mortalité », affirme le Dr Nabholtz. Par exemple, les régulateurs d’hormones augmentent la survie de 45 % à 50 %, les Taxanes de 45 %. « Même les cancers du sein à métastases détectés lors d’un diagnostic tardif seront traités comme des maladies chroniques », explique le chercheur français. Les composantes du traitement tiennent compte du type de cancer, indolent ou agressif et de l’âge de la patiente, avant ou après 50 ans. Il déclare néanmoins qu’en matière de cancer la recherche médicale est illimitée. « We need one more step », dit le médecin, « car nous, chercheurs, nous devrons nous adapter sans cesse à la tumeur qui elle aussi finit par s’adapter à son environnement ».
« Le cancer du sein est celui qui est le plus répandu dans le monde », indique le Dr Joe Harford, directeur du National Cancer Institute des États-Unis. « L’occidentalisation des sociétés, le vieillissement de la population, l’obésité, l’histoire reproductive des femmes ont un impact sur l’incidence du cancer du sein, notamment si elle a peu allaité ou si elle a eu peu d’enfants », explique le Dr Harford. « Un diagnostic précoce réduit la pénibilité du traitement et la souffrance. Il y a moins de chirurgie. Le sein est préservé. Une détection tardive entraîne un besoin de soins palliatifs », souligne-t-il.
Le Dr Harford constate toutefois qu’un dépistage de masse par mammographie est coûteux et impossible à mettre en place pour les pays à faibles ressources. Aux États-Unis, dit-il, la mammographie est recommandée pour les femmes de plus de 50 ans. « En réalité, dit-il, le screening par mammographie n’a pas d’impact significatif sur la mortalité ». Et d’ajouter : « Il convient de faire encore plus de recherches sur la prévention et également pour trouver des moyens de dépister tôt les tumeurs cancéreuses ».
Le Dr Shyam Manraj, National Cancer Registry Coordinator, indique que le cancer du sein représente 40 % de tous les cas de cancers chez les femmes mauriciennes. À la deuxième place il cite le cancer colorectal, suivi de ceux de l’endomètre, de l’ovaire et de l’estomac. Les régions les plus touchées par le cancer du sein sont Port-Louis et les Plaines Wilhems. La mortalité est de 14,5 pour 100 000. « Il n’y a pas de rajeunissement du cancer du sein à Maurice », affirme le Dr Manraj. « Son incidence est la plus élevée après la ménopause », précise-t-il. Le Dr S.B. Poorun, oncologue clinique et chef du département de radiothérapie, a indiqué que selon une étude réalisée sur 169 patientes entre 2001 et 2011, les décès étaient au nombre de 49. Le temps de survie était de 8,7. Le taux de survie était en moyenne de 65 % à 70 %. Néanmoins la survie dépend du stade de la maladie au moment du diagnostic sur une échelle de 1 à 4.