En dépit de la récente levée de boucliers des médecins mauriciens contre l’intention du gouvernement de modifier la Medical Council Act afin de ne plus exiger la présentation des diplômes de la part de leurs confrères étrangers pour l’obtention du registration, le ministère de la Santé persiste dans cette voie. Le Medical Council, informé officiellement de cette décision il y a quelques jours, prévient que tout changement envisagé à la loi ne doit pas être discriminatoire à l’égard des médecins mauriciens. La Private Medical Practitioners’ Association mobilise ses membres pour protester contre cette démarche.
L’amendement envisagé à la Medical Council Act 2002 fait suite au refus de l’Ordre des médecins d’accorder le certificate of registration à quelques médecins étrangers, plus précisément des spécialistes, ne respectant pas les règlements pour l’obtention d’une telle attestation leur donnant droit de pratiquer leur profession dans le pays. Par exemple, ils n’ont pas soumis certains documents exigés d’après la loi, tels les diplômes universitaires originaux. En dépit de l’insistance du Medical Council (MC), plusieurs médecins spécialistes étrangers refusent d’obtempérer en soutenant qu’une attestation de l’Ordre des médecins de leur pays d’origine est suffisant pour prouver leurs compétences professionnelles.
Alors qu’il y a un organisme régulateur de la profession médicale, le gouvernement ne serait pas « happy » avec l’intransigeance du MC et a fait diligence avec sa menace d’amendement de la loi. Selon nos renseignements l’amendement envisagé a trait à l’article 26 concernant le temporary registration of non-citizens.
Selon la loi actuelle, « a non-citizen may be temporarily registered as a specialist if he holds a work permit or is exempted from holding permit under the Non-Citizens (Employment Restriction) Act ». L’octroi du registration dépend aussi des conditions suivantes : « If he holds a specialist qualification » et « if he establishes to the satisfaction of the Council that he has, after obtaining his specialist qualification, undergone not less than one year of practical (including clinical) training under the supervision of one or more specialists who has not less than 10 years’practical (including clinical) experience in the field in which the person has specialised ». Les responsables du MC soutiennent qu’il s’agit là des pièces justificatives attestant les qualifications et les compétences du demandeur pour l’inscrire dans les disciplines qui seraient son domaine de prédilection.
Selon le draft du projet d’amendement porté à la connaissance du MC, les médecins étrangers n’auraient à l’avenir qu’à présenter un certificat attestant qu’ils sont enregistrés comme médecins dans leur pays d’origine lors de leur demande d’inscription.
Les dirigeants du MC sont furieux compte tenu de cette décision du gouvernement qui selon eux va à l’encontre du mécanisme de contrôle existant dans l’intérêt des patients et de la profession. « Li inakseptab ! Dan ninport kel pei ou bizin prezant ou diplom pou ki donn ou lotorizasion pratik ou profesion », souligne d’un ton indigné un membre.
Pour le MC, il ne peut y avoir deux types de réglementation : un pour les Mauriciens et un autre pour les étrangers. L’organisme a fait savoir aux autorités qu’ils objectent à tout changement et qu’ils sont contre une politique de deux poids deux mesures. « Nous avons dit au ministère que tout changement ne doit pas être discriminatoire à l’égard des médecins mauriciens », soutiennent ses responsables.
Selon nos renseignements, le projet d’amendement à la loi a aussi fait l’objet de discussions il y a quelques jours entre les parties suivantes : le Medical Council, le Board of Investment, le ministère de la Santé et le State Law Office. Dans ces milieux, on laisse entendre que l’amendement cadre avec la politique du gouvernement pour la création d’un medical hub.
L’association des médecins du privé, qui depuis quelque temps dénonce haut et fort certaines pratiques déloyales de la part de quelques confrères étrangers, prend cette affaire très au sérieux. « Nous allons initier une action légale si besoin est pour contester les nouvelles procédures concernant le registration des médecins étrangers. De plus, la majorité de ces médecins étrangers travaillant chez nous dans les cliniques privées ne sont nullement des investisseurs, ils ne créent pas d’emploi », souligne le Dr Patrick How, président de la Private Medical Practitioners’ Association, qui craint que cet amendement n’ouvre la voie à beaucoup d’abus.