Deux médicaments couramment prescrits à Maurice ont été retirés du marché en France suite aux recommandations de l’Afssaps, agence française de sécurité sanitaire. L’un, l’Actos, un antidiabétique qui devait révolutionner le traitement du diabète et dont le nom de la molécule est le pioglitazone, est accusé de provoquer des cancers de la vessie. L’autre, le Nizoral (ketoconazole), un antifongique (pour le traitement des champignons) est toxique pour le foie.
Dans les jours à venir, apprenons-nous, le ministère de la Santé devrait prendre des mesures en vue du retrait de ces substances du marché local. « Trop de médicaments inutiles et dangereux en circulation », titre la revue française Que choisir, spécialisée dans la défense des consommateurs. Une liste de 77 médicaments font l’objet d’un suivi renforcé et d’enquêtes de pharmacovigilance par l’Afssaps. Y figurent des médicaments prescrits couramment à Maurice : le Vastarel, pour traiter l’angine de poitrine, le Stilnox pour les insomnies, le Cervarix et le Gardasil, vaccins pour prévenir le cancer du col de l’utérus, le Roaccutane (isotrétinoine) pour le traitement de l’acné, la pilule Alli qui est prescrite pour maigrir, le Rivotril (flunitrazepan), le Subutex (buprémorphine), la méthadone, le Rohypnol, la molécule metformine, notamment. Toutefois il est conseillé aux patients les prenant de consulter leur médecin et ne pas interrompre d’eux-mêmes leur traitement car ces médicaments, bien que bénéficiant d’un suivi renforcé, ne sont pas à ce jour interdits. La pharmacovigilance est instaurée notamment quand il y a de nouvelles classes pharmacologiques.
À ce jour Maurice ne détient pas de système de surveillance pour les médicaments commercialisés sur le marché local. Le laboratoire de contrôle de qualité institué par le ministère de la Santé ne fonctionne toujours pas. « Il n’existe aucun mécanisme à Maurice pour la collecte et le traitement des informations sur les effets secondaires des produits pharmaceutiques. En outre la pharmacovigilance n’est même pas prévue dans la législation », indique un pharmacien local. Maurice dépend des données de l’UK Medicine Health Care Products Authority, l’organisme de surveillance britannique, de l’Afssaps français et de la Food and Drug Administration américaine pour avoir des informations sur des effets secondaires nocifs, notamment quand ceux-ci n’étaient pas connus et ne font pas partie de ceux mentionnés habituellement sur la notice.
« En cas d’observation d’effets secondaires nocifs, où est-ce que le médecin ou le patient pourra rapporter ces cas ? » s’interroge un pharmacien. Il y a eu il y a peu le scandale du Médiator, un antidiabétique dérivé d’amphétamine, un produit commercialisé depuis vingt ans sur le marché européen ayant des effets vasculaires nocifs et les effets de l’héparine, un produit de traitement sanguin, sur le foie. « L’île Maurice importe principalement des génériques d’Asie pour son service hospitalier. Depuis quelque temps une nette détérioration de la qualité des médicaments a été notée dans le secteur pharmaceutique : antibiotiques changeant de couleur et produits n’ayant pas l’effet désiré. Le marché des génériques domine aussi le secteur privé où le contrôle “downstream” est très difficile. On l’a vu dans le cas du Viagra », commente un membre de la profession médicale.