Dans la soirée du vendredi 9 courant, le ballet quotidien de tracteurs et de camions venant décharger leurs corbeilles de cannes à la plate-forme de la balance Médine cédera la place à un véritable corps de ballet artistique. Astrid Dalais, Guillaume Jauffret et Jérôme Couchart de la société événementielle MoveforArt assumeront le contrôle des opérations pour la présentation d’un spectacle haut en couleurs et en arômes, monté à partir des éléments provenant du livre « Médine 1911-2011: Visions d’un Siècle », écrit spécialement à l’occasion de cette célébration. Le lancement du livre par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, se fera à la conclusion de ce spectacle, qui s’avérera être le clou de la soirée du centenaire de Médine.
Depuis des mois déjà et encore plus depuis ces dernières semaines, les danseurs et artistes, au total une trentaine, venant d’OMADA et de SR Dance, multiplient les répétitions sous la houlette du trio de MoveforArt. Il faudra également compter environ une trentaine d’autres participants, en particulier des spécialistes de sons et lumières, qui seront à l’ouvre à l’ombre des décors. Mais le véritable décor de cette soirée a été planté il y a au moins un siècle, même s’il a été, depuis, revu et corrigé au gré de la modernité.
« Le spectacle se déroulera à la balance de Médine. Ce choix coule de source de par la portée historique des lieux et la pertinence de l’événement. La balance de Médine a été un témoin privilégié de toutes les étapes de la mutation et de la transformation de cette sucrerie. Elle incorpore l’essence même de Médine en tant qu’élément rassembleur, car c’est bien à cet endroit que s’assemble le fruit des labeurs aux champs et sous le soleil de l’Ouest et c’est à partir de là que commence cette transformation de la canne et la vie d’une sucrerie », explique Astrid Dalais, conceptrice d’événements et créatrice d’émotions, en guise de préambule.
« Néanmoins, nous concédons qu’à la balance de Médine, les conditions de spectacle ne sont pas évidentes. Ce n’est que les trois derniers jours avant la grande soirée que nous serons en mesure de répéter le spectacle dans l’enceinte de Médine. Nous ne pouvons pas gêner les opérations quotidiennes de la sucrerie », souligne-t-elle, alors que les danseurs et chorégraphes continuent à répéter et à ajuster les différentes composantes du spectacle dans une salle spécialement aménagée à Trianon.
« Peu importe les contraintes physiques imposées par un tel choix, nous pouvons être en mesure d’offrir aux invités du centenaire de Médine une véritable sollicitation des yeux, des papilles, du nez et des oreilles dans un décor véritablement sans fard. Comme ambiance, ce sera très agréable d’avoir le doux parfum de la mélasse flottant dans l’air pendant toute la durée de la soirée », ajoute Astrid Dalais comme argument pour essayer de convaincre les plus réticents.
« Je dois dire qu’au départ, tout le monde a été quelque peu surpris, pour ne pas dire pris de court, par le choix de l’usine pour le déroulement de la soirée. Cette démarche a eu pour principal avantage d’éveiller la curiosité. Pour certains, les murs de la sucrerie comme fond de décor ont paru comme une évidence. D’autres se sont laissés emporter, par la suite, avec la prochaine réaction des invités comme étant le gage de la réussite de ce choix », avouera celle qui assure l’ordonnancement de la soirée et qui meurt d’envie de se retrouver in situ.
Guillaume Jauffret, danseur mauricien, qui est parti traîner sa bosse avec des compagnies de ballet de réputation internationale en Europe et ailleurs depuis l’âge de 14 ans et qui depuis quelque temps, l’âge aidant, est devenu chorégraphe, intervient pour lever un petit bout de voile de ce spectacle du centenaire sans pour autant le dépouiller de sa quintessence. « Le but est de réconcilier et de fusionner toutes les valeurs qui ont fait de Médine ce qu’elle est comme entité incontournable dans le tissu socio-économique et aussi spatial au cours de ces cent dernières années. Nous avons puisé des ressources disponibles sur place. Nous travaillons uniquement avec des Mauriciens pour parfaire cette touche locale et pour retranscrire les odeurs, les sons, les mouvements et les couleurs de Médine », fait-il comprendre. « Nous n’oublierons pas d’illustrer la douleur. Dans la vie de tous les jours, des épreuves qui surgissent et qui demandent à être surmontées. C’est à partir des difficultés que l’on reconstruit et qu’on prend un nouveau départ. Cette énergie de se reconstruire. Cette énergie qu’a su et que continue à dégager Médine pour rayonner sur cette partie de l’île Maurice », concède-t-il, par ailleurs. « Il y a des hommes, qui ont été derrière Médine au cours de ces 100 dernières années. Le spectacle fera la part belle à l’esprit de Médine, ce fil rouge tout au long de ce spectacle. Mais il faudra bien garder le suspense, sinon cela ne vaudra pas le coup », laisse échapper Jérôme Jauffret.
L’un des points forts de cette soirée sera la participation d’une personnalité de la région, artiste de réputation internationale de surcroît. Eric Triton, bluesman et musicien émérites, dont le talent demeure incontesté, est partie prenante de ce cette aventure artistique concoctée par MoveforArt avec pour toile de fond le livre « Médine 1911-2011: Visions d’un Siècle ». Cette présence d’Eric Triton se situera à deux niveaux. D’abord, pour les besoins de la bande-son spécifique au spectacle, il a été mis à contribution avec des compositions pour les numéros de ballets exécutés, comme cette introduction musicale reconstituant artistiquement les bruits métalliques des cylindres ou des cuves à vapeurs à l’intérieur de l’usine sucrière avec les danseurs d’OMADA et de SR dance mimant les mouvements de ces machines broyant la canne pour en extraire les premiers jus. Mais, plus importante encore, sera la présence d’Eric Triton à l’occasion de ce centenaire. Médine n’a jamais eu de secrets pour lui. Le père du bluesman a travaillé durant de longues années sur cette propriété sucrière. Aujourd’hui, son frère est employé à l’usine. Pour la soirée du centenaire, l’artiste Eric Triton, évoquera les réminiscences et découvertes de son enfance à l’ombre de la cheminée de Médine, qui assurait son pain quotidien et qui a fait de lui l’homme qu’il est aujourd’hui. Un moment vraiment poignant raconté par cette voix avec un pouvoir et une présence scénique, susceptibles de subjuguer n’importe quelle audience.
Jérôme Couchart s’étend sur le spectacle en général, qui « promet d’être une belle fusion de chorégraphie, de vidéo-projections, de lumières et de sons sur scène ». « Une véritable fusion de haute technologie pour réconcilier le passé et le présent de Médine et pour le projeter dans l’avenir », renchérit-il. Pour la composante visuelle du spectacle, MoveforArt a fait appel à la maîtrise technique et à l’écriture artistique de David Constantin. Le jeu de lumière sera assuré par un spécialiste étranger, qui s’occupe des spectacles animés par Johnny Hallyday. Une des rares concessions faites à l’expertise étrangère.
Avec ce spectacle, comme pivot de la soirée du centenaire de Médine, Astrid Dalais, Guillaume Jauffret et Jérôme Couchart ont pris le pari de mettre en relief ce que le président du conseil d’administration de Médine, Pierre Doger de Spéville, a écrit dans la préface du livre « Médine 1911-2011: Visions d’un Siècle », notamment « pour marquer ses cent ans, Médine a choisi de léguer un ouvrage-patrimoine aux générations actuelles. « Médine 1911 – 2011: Visions d’un Siècle » n’est pas un livre d’histoire classique qui repose sur un ordre chronologique simple. Les concepteurs ont privilégié une démarche axée sur le jeu du temps et des thèmes pour une mise en lumière multiple. Ils ont fait le pari d’un parti-pris pédagogique. Tout en s’efforçant d’intégrer toutes les dimensions d’une entreprise qui n’a cessé de se développer cent ans durant en ayant comme constance la Vision ».