Après l’heure réglementaire pour la distribution de méthadone samedi dernier, des toxicomanes ont forcé l’accès au centre de distribution à Mahébourg, blessant grièvement le dispenser qui a été admis en clinique avec l’index gauche sectionné. Les membres du personnel engagés dans la distribution à travers l’île ne décolèrent pas car depuis longtemps ils attirent l’attention sur l’attitude agressive des patients venant chercher de la méthadone et déplorent aussi un staff squelettique. Un seul “dispenser” et un seul infirmier assurent le service dans chacun des 18 centres de distribution alors que 4 000 patients chaque jour viennent chercher leur dose.
« Il a eu un tiers de l’index sectionné et le morceau s’est détaché complètement. On l’a ramassé par terre. C’est terrible ce qui s’est passé, nous sommes encore sous le choc », témoigne un dispenser. Cet incident déplorable a jeté la consternation parmi tous les dispensers de l’État. Ils fulminent contre l’indifférence des cadres du ministère de la Santé à leurs problèmes quotidiens mais précisent d’emblée qu’ils ne refusent pas de collaborer à cette politique du gouvernement pour le traitement des toxicomanes. « Mais cette distribution ne se déroule pas dans de bonnes conditions et le ministère est parfaitement au courant de ce fait », affirme Gyaneshwar Joorawon, secrétaire du syndicat des dispensers. « On pressentait qu’il se passerait quelque chose de grave si le ministère continuait à ignorer nos doléances. Et c’est ce qui s’est passé malheureusement samedi dernier. Nous attendons maintenant une réaction du ministère ».
La distribution a lieu tous les jours de la semaine de 6 h 00 à 9 h 00 sauf au Dr Boolux AHC à Cassis et au centre de Santé de Ste-Croix où elle prend fin à 11 h 30 en raison d’un nombre très élevé de patients, soit plus de 500. Dans les autres centres, environ 200 à 250 toxicomanes viennent pour leur dose quotidienne de méthadone. En dépit de l’augmentation des patients le personnel est resté le même. En effet, il n’y a qu’un infirmier et qu’un dispenser pour distribuer ces doses. « Forcément il y a une pression sur le personnel. Kouma zist de dimounn kapav fer distribision pou 500 dimounn. Minister pe exazere », affirme un dispenser d’un centre de Port-Louis. Les dispensers se plaignent aussi de l’attitude des habituels retardataires. « Ce sont les mêmes personnes qui arrivent à la dernière minute chaque jour et ils font cela expressément pour nous provoquer », soutient le personnel.
Le syndicat des dispensers demande un effectif de pas moins de quatre personnes dans chaque centre de distribution, à savoir deux infirmiers et deux dispensers.
Dans tous les centres de distribution les dispensers font état de l’absence de sécurité. En principe, il était convenu au départ que la distribution se ferait en présence des policiers. Ils affirment que certains policiers font une apparition furtive uniquement en début de distribution et que parfois ils ne sont pas du tout visibles dans certains centres. « Si polisier ti la pa ti pou ena sa insidan samedi dernie-la ». En l’absence de policiers, des toxicomanes n’ont aucun respect pour le personnel et ont une attitude agressive. « Zot insilter dimounn pou narien e zot langaz pa korek ditou », se plaint le secrétaire du syndicat. Ce dernier et ses collègues reprochent aux ONG oeuvrant pour la réinsertion des toxicomanes dans la société de ne pas apporter suffisamment leur collaboration pour une distribution en toute sérénité de la méthadone. « Zot ti bizin koz avec zot bann klien e dir zot ki manier zot bizin konport zot pou distribision methadone », dit le secrétaire.