Ses mélodies et son timbre androgyne résonnent dans un coin du cerveau, une semaine après. La prestation de M a suscité une décharge d’adrénaline au SVICC. Avec des morceaux du dernier opus Îl et des compositions populaires reprises en choeur par le millier de spectateurs, Je dis M, Qui de nous deux, La belle étoile, Mama Sam, Onde sensuelle n’ont pas manqué d’électriser la salle de Pailles.
Sur scène, un Power trio. Matthieu Chedid au micro et à la guitare solo, Lawrence Clais à la batterie et Brad Thomas Ackley à la Basstar (basse, guitare et synthé en un seul instrument) ont dégagé une fougue de décibels débridés. Quelque chose de jubilatoire pour ceux et celles qui sont sensibles aux petits cris jouissifs et aux chuchotements du showman.
Toutes proportions gardées, ce concert a offert, aux moments les plus forts, des similitudes rappelant les influences “hendrixiennes” du soliste français. La sonorité est ici actualisée par une solide logistique technique, dont le concours, couplé à la virtuosité, n’est pas étranger à la facture du spectacle, primé aux Victoires de la Musique 2014. Le trio a déchaîné une énergie communicative. Une puissance résolument rock avec des respirations reggae dub, voire world, et de légères teintes electro.
Mais M émeut réellement lorsqu’il se rapproche de l’essentiel : dans le dépouillement d’une guitare-voix où Matthieu Chedid se met à nu et révèle sa sensibilité, sans artifice ni gimmick. Une sincérité épurée des extravagances du superflu destiné à faire sensation. Sans doute est-ce ce contraste qui distingue le mieux Matthieu de M.
Lorsque les deux entités se rejoignent, sans se provoquer en duel, le public se laisse aller sur une onde sensuelle. Ces instants intimes ont fait découvrir des îlots de poésie. Loin du tumulte du facétieux M, la parole de Matthieu prend du sens dans un océan de mots fragiles. La messe est dite !