“Tout n’est pas politique mais la politique s’intéresse à tout” (Nicolas Machiavel)

VEENA PULTON

Comme la fièvre électorale a déjà commencé à échauffer les esprits de tous les passionnés de la politique mauricienne, la lecture du petit recueil de Patrick Boucheron, “ Un été avec Machiavel ”, arrive à point nommé.

Si vous parcourez cet ouvrage, vous aurez ainsi l’occasion de faire ou de refaire connaissance avec un illustre homme de lettres qui a fait couler beaucoup d’encre autour de lui.

Tout d’abord, il serait intéressant de préciser qu’au cours des âges, le nom de Machiavel a été galvaudé au point où, selon le dictionnaire Larousse, les termes “ machiavélique ” et  machiavélisme ”, désignent désormais un comportement perfide et diabolique.  Or, Machiavel n’est ni l’un ni l’autre car des historiens le décrivent comme un diplomate averti et un visionnaire qui a marqué, grâce à son savoir et à sa plume, la philosophie du pouvoir et de la politique en son temps et jusqu’à ce jour.

Né à Florence en 1436 à l’ère de la Renaissance, au moment où l’Italie est morcelée en petits états, le jeune Nicolas Machiavel, de son vrai nom Niccolò Machiavelli, gravit les échelons et devient conseiller d’État de la République de Florence. Il arpente alors les coulisses du pouvoir, côtoie des Rois, des Princes et des puissants qui leur gravitent autour. Machiavel, l’homme de l’ombre, en tire une expérience unique de ces échanges enrichissants et devient dès lors, Machiavel, le tacticien.

Survient ensuite la chute de la République de Florence et la reprise des rênes du pouvoir par la famille des Médicis. Machiavel est alors forcé à l’exil.

Loin du jeu politique, l’homme de lettres rédige son œuvre phare, “Il Principe”, plus connu comme “Le Prince”, qu’il dédie à Laurent II de Médicis, le nouveau souverain de Florence. Ce n’est un secret pour personne qu’à travers son œuvre politique, Machiavel tente d’attirer les bonnes grâces du souverain.  Il s’applique ainsi à lui prodiguer des conseils stratégiques sur la manière de gouverner.

Mais malheureusement pour lui, Machiavel ne pourra jamais réintégrer ce monde auquel il s’est tant dévoué. Il ne connaîtra sa gloire qu’à titre posthume.  Et figurez-vous que, cinq cents ans plus tard, “Le Prince”, qui n’a pas pris une ride, inspirera un éventail de grands hommes d’État, allant de Winston Churchill à Barack Obama en passant par François Mitterrand.  Par ailleurs, son œuvre aura aussi un fort impact sur des magnats de grandes entreprises et toute une pléthore de lecteurs désireux d’acquérir des notions de gestion ou de management.

Pour comprendre l’intérêt et en tirer l’essence des leçons de Machiavel, il faut savoir que jusqu’ici, tout conseil prodigué au chef d’État d’alors et toute décision prise au sein de l’État, étaient basés sur la morale. Par contre, les préceptes de Machiavel sont révolutionnaires dans le sens où ils ne sont pas fondés sur cette dite morale. Mais attention, même si son œuvre est décrite comme amorale, cela ne veut nullement dire immorale.   

Voyons maintenant certaines de ces fameuses leçons qui ont survécu à l’épreuve du temps.

Tout d’abord, selon Machiavel, il est primordial qu’un dirigeant soit un homme de communication ayant l’habileté de faire plier les foules par le poids de sa parole. Pour cela, il doit s’astreindre à maîtriser à la fois la langue de la vérité et la langue de la diplomatie de même que la langue de bois.

Comme le monde de la politique est un univers d’opacité et d’apparence, Machiavel est d’avis que le dirigeant doit être toujours à l’affût, c’est-à-dire, sur ses gardes, car les coups pleuvent souvent au moment le plus inopportun. Dans ce cas, selon Machiavel, le chef d’État doit faire preuve de pragmatisme et de clairvoyance. Il faut donc qu’il évite de réagir et de prendre une décision sous l’emprise de l’émotion.  S’il doit trancher, il est impératif qu’il ait en main une seconde option.

D’après son expérience politique, Machiavel a compris qu’il est plus facile de prendre le pouvoir que de le préserver. Selon le fin stratège, il suggère qu’une fois au pouvoir, il faut savoir attiser la sympathie du peuple car le peuple n’est pas dupe. Le peuple sait ce qu’il veut et comment faire son choix. Il conseille alors au gouvernant de ne pas se cloîtrer dans sa tour d’ivoire. Voyager, observer, discuter et comparer lui permettraient d’élargir ses horizons afin de pouvoir mieux connaître son peuple et satisfaire ainsi les besoins de ce dernier.

De son écriture cinglante, Machiavel décrit la psychologie humaine telle qu’il l’a connue. Selon ses propres mots, « …tant que vous leur faites du bien, ils vous donnent leur richesse, leur vie…mais quand vous êtes dans le besoin, ils se détournent ».  En d’autres mots, Machiavel conseille au souverain d’être distant et d’éviter de s’impliquer émotionnellement dans l’exercice du pouvoir.

Une question pertinente : un dirigeant doit-il se faire aimer ou craindre? Selon le penseur, s’il faut choisir, il vaut mieux se faire craindre sans pour autant se faire haïr ou être méprisé et ce, afin d’asseoir son autorité. Ainsi, qu’il puisse, selon les circonstances, revêtir les formes de l’animal comme par exemple le lion féroce ou le renard rusé.

Et enfin, comme tout chef d’État souhaite atteindre son objectif qui est de se maintenir au pouvoir,  Machiavel propose deux stratagèmes qui figurent déjà dans la lettre qu’il adresse à Laurent II de Médicis pour présenter son œuvre, “Le Prince.”  À son avis,  pour parvenir à ses fins, le souverain devrait agir soit comme le bon archer soit comme l’artiste peintre.

Si vous désirez en savoir davantage sur le choix de ces deux métaphores et faire plus ample connaissance avec ce personnage hors du commun, je vous invite à lire “Un été avec Machiavel” de Patrick Boucheron ou le texte fleuve de Nicolas Machiavel, “Le Prince”.

“…Everyone sees what you appear to be, a few really know what you are.” (Nicolas Machiavel)

Bonne lecture!