L’interculturel à Maurice : défis et perspectives. Tel est le thème d’une conférence organisée par le Mauritius Council of Social Service (MACOSS) samedi 24 mai à la municipalité de Quatre-Bornes. Cela, dans le sillage de la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement. Les participants ont en substance mis en avant l’importance de l’éducation, dès la maternelle, dans la promotion du dialogue interculturel. Si les préjugés empêchent souvent certains de trouver un emploi, pour les participants, il ne faudrait pas généraliser, les Mauriciens ayant en plusieurs occasions fait montre de leur solidarité envers leurs compatriotes, indépendamment de leurs origines.
Pour le Dr Amina Barkatoolah, qui présidait la conférence, le mot « culture » fait référence à un système de valeurs, de coutumes et de croyances transmis de génération en génération. Elle devait souligner l’importance de faire la distinction entre la culture et la religion.
De son côté, Sheila Bunwaree, de l’Université de Maurice, a souligné la nécessité de vivre l’interculturel dans le but de promouvoir le concept de nation building. Elle devait partager avec l’assistance quelques anecdotes démontrant comment certaines sections de la population à Maurice souffrent de préjugés et parviennent de fait difficilement à se frayer un chemin dans leur quête d’un emploi. Toutefois, nuance-t-elle, il ne faudrait pas généraliser, le peuple mauricien ayant en diverses occasions fait montre de sa solidarité, venant en aide à ceux dans le besoin, indépendamment de leurs origines. Elle devait citer l’exemple des flash floods. Pour elle, Maurice n’est pas protégée d’une catastrophe économique et il faudrait associer l’interculturel aux droits des citoyens.
Chit Dukhira, qui milite pour le dialogue interculturel à Maurice, a partagé son expérience en tant qu’ancien villageois, amené en tant que tel à côtoyer des personnes de différentes cultures.
Wendy Rose-Gujadhur, du département interculturel de l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM), a souligné la nécessité d’éduquer les jeunes à l’interculturalité dès leur plus jeune âge. À l’issue d’un atelier, les participants ont entre autres trouvé que le ministère de l’Éducation a un grand rôle à jouer dans la promotion de l’interculturel. « Il faut commencer à inculquer la notion de l’interculturel dès l’enfance, dès le préprimaire et ce, jusqu’au tertiaire ». Par ailleurs, a-t-il été noté, « les parents jouent un rôle très important car les enfants apprennent à accepter l’autre en observant l’attitude de leurs parents envers ceux qui ne sont pas de la même culture qu’eux ». De plus, les médias, estiment les participants, « doivent faire des reportages en valorisant l’interculturel ».
S’agissant de la manière dont l’on peut communiquer avec l’autre pour davantage d’ouverture aux autres cultures, les participants ont jugé important d’avoir une notion des autres langues existant dans le pays en vue de promouvoir plus de compréhension. En outre, « les centres culturels doivent devenir des centres de dialogue interculturels ». Enfin, « il faut vulgariser l’histoire du pays en soulignant l’accent de la contribution de chaque culture dans son développement économique, politique et social ».
La présidente adjointe du MACOSS, Allia Syed Hossen-Gooljar, a rappelé que la population à Maurice n’est pas indigène mais composée de personnes venant d’Europe, d’Afrique, d’Inde et de Chine. « Est-ce qu’on peut dire qu’on pratique l’interculturel à Maurice ? Je ne le pense pas. Je dirais que Maurice est surtout une société multiculturelle où plusieurs cultures vivent les unes à côté des autres sans autant se connaître. Il n’y a pas un véritable mélange entre les différentes communautés », devait-elle lâcher sans concession. « Cette situation est sérieuse car elle entraîne dans son sillage beaucoup de malentendus et de tensions parmi certaines sections de la population. Quand il y a des malentendus, les différentes composantes de la population ont tendance à lier tous les problèmes qui surgissent à des problèmes ethniques ». Pour Mme Gooljar, il ne s’agit pas de renier nos diverses identités. « Nous devons nous dire que nous avons des différences certes mais nous avons aussi beaucoup de choses que nous partageons ensemble ». Elle suggère d’aller au-delà des slogans « enn sel lepep enn sel nasyon », « nation arc-en-ciel » ou encore « unité dans la diversité ». « Le projet interculturel doit commencer d’abord sur le plan individuel. Nous devons faire une réflexion sur nous-mêmes et voir comment à notre niveau nous pouvons promouvoir l’interculturalité ». Elle a conclu avec ces mots de Martin Luther King Junior : « We must learn to live together as brothers or perish together as fools ».