Si je devais voter, je voterais pour les bacs à ordures car ce sont eux qui nous nourrissent ! », lance Claudine Rajaonarison qui parcourt depuis l’aube Antananarivo à la recherche de bouteilles en plastique qu’elle revendra à des recycleurs. Le 7 novembre, pour le premier tour de la présidentielle à Madagascar, cette mère de famille de 35 ans ne se rendra pas aux urnes. Aucun candidat, parmi les 36 en lice, ne trouve grâce à ses yeux.

«Les candidats se disputent le pouvoir pour eux, pas pour le bien du pays», affirme-t-elle, un grand sac de riz sur l’épaule, alors qu’elle fouille, avec ses trois jeunes enfants, les détritus jonchés le long d’une voie ferrée. Claudine nettoie ensuite son maigre butin – une vingtaine de bouteilles – dans un canal d’eaux usées. Elle le revend pour 1 000 ariary (0,25 euro), de quoi acheter 400 grammes de riz pour nourrir sa famille qui dort dehors, au milieu des rats. Avec un taux d’extrême pauvreté de 76,2%, Madagascar pointe parmi les Etats les plus pauvres au monde selon la Banque mondiale. Il est le seul pays à s’être appauvri depuis son indépendance en 1960 sans avoir connu la guerre, relève le chercheur François Roubaud, co-auteur du livre «L’Enigme et le paradoxe. Economie politique de Madagascar».

La campagne présidentielle bat son plein, mais rares sont les candidats, comme Paul Rabary, un ancien ministre, à aller à la rencontre des électeurs dans les bas-fonds de la capitale. «Votez pour le changement et je vous promets un avenir meilleur», assure-t-il aux passants. «On apprécie les candidats qui viennent à nous comme ça, mais ce qu’on attend d’eux en priorité c’est qu’ils augmentent les salaires une fois au pouvoir», explique Jean Fabrice Rakotonihaina, éboueur de 19 ans employé par la municipalité d’Antananarivo.