À 400 kilomètres au sud d’Antananarivo, Ranomafana est un petit village d’environ 10,000 âmes où l’on est accueilli chaleureusement et qui offre un vrai dépaysement. Situé en bordure du parc national, il a pour atouts un air frais, des eaux pures, une source thermale, une grande forêt et un environnement baignant dans la sérénité.

Ce soir, il y a fête à Ranomafana. Le petit village malgache, qui se présente presque comme un hameau au milieu de la forêt, a aussi succombé aux flèches de Cupidon. La population s’est laissé prendre dans les filets de l’amour, qu’elle célèbre avec faste quelques jours après la St-Valentin. L’une des rares fois où Rannmafann (comme cela se prononce) sort de sa confortable routine…

Au bord de l’eau et de la route.

Ici, la vie se déroule principalement au bord de l’eau et en bordure de route. Alimentée par la grande cascade qui fait tourner une turbine électrique, la rivière qui traverse le village est indispensable. Pendant que les lavandières besognent les vêtements, des éleveurs de zébus y nettoient leurs bêtes, non loin de bandes d’enfants qui nagent. L’eau est aussi acheminée vers les rizières dans cette région verte, où les arbres fruitiers sont en abondance.

L’autre partie des activités se déroule en bordure de la RN25. Cette route est l’un des tributaires de la RN7, qu’elle rejoint 20 kilomètres plus loin, alors que le village est à 400 kilomètres du sud d’Antananarivo et à 67 kilomètres au nord de Fianarantsoa. Le village de Ranomafana fait vivre la RN25 sur pas plus de deux kilomètres. Il a pour façades quelques hôtels constitués de chalets, une école en bois, des boutiques, deux ou trois restaurants dont les terrasses donnent sur la route, quelques gargotes et magasins. Après, de grands espaces verts mènent à l’entrée du célèbre parc national, situé à six kilomètres du village.

Ce soir, le village se départira de sa chape de quiétude, qui en fait habituellement un endroit apaisant et zen. Il fait bon vivre à Ranomafana, loin du bruit, du stress, de la pollution, du harcèlement et des inconforts des grandes villes malgaches. Dans les restaurants du village, les viandes restent sur le feu en permanence en attendant les clients, et les conversations s’engagent facilement avec la population locale. D’où les nombreuses invitations reçues pour le grand bal.

Le silence de la forêt après la fête.

Pour une fois, les rues ne sont pas désertes en soirée. Ceux qui seront de la fête se présentent déjà dans de beaux habits. Le rouge est évidemment à l’honneur. Les fleurs font partie de la décoration de la grande salle aménagée pour cet événement. Les curieux, dont nous faisons partie, se sont agglutinés devant les portes pour apprécier la musique offerte par le DJ de service. L’ambiance dans la rue est réchauffée par les feux des vendeurs de brochettes de zébus, et les boutiques ont choisi d’accompagner les fêtards pour la nuit.

Au réveil, le silence a repris ses droits sur le village. La large rivière glisse paisiblement en dessous du pont suspendu, renvoyant l’image de la forêt qui se reflète dans l’eau. L’air est d’une pureté revigorante. Tout en haut, des hommes sont déjà à la tâche. Une dure journée les attend, tandis qu’ils s’attaquent à un flanc de la montagne pour dégager de la terre rouge qui sera utilisée pour la fabrication des briques. Le temps est clément, idéal pour une randonnée au cœur de cette forêt de 41,000 hectares qui n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets.

Dans l’antre de King Julian.

À l’entrée du parc national, des photos placardées sur le mur racontent comment une chercheuse américaine y a découvert en 1987 l’hapalémur doré (ou lémur bambou doré). Cette espèce n’avait pas encore été répertoriée; depuis, des scientifiques du monde entier viennent dans le centre aménagé à leur intention pour des recherches. Une douzaine d’espèces de lémuriens vivent ici, cohabitant avec des oiseaux, des insectes, des caméléons, des reptiles, etc. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des cadavres de serpents sur la route dans la région.

L’accès au parc est payant et les services d’un guide sont obligatoires. Le sentier à travers la forêt est balisé, mais il faut encore connaître le trajet à emprunter dans ce grand labyrinthe vert. La présence du guide est primordiale pour dénicher les trésors de parc. À différents moments, il arrête la marche pour faire observer un insecte ou un caméléon camouflé au milieu des arbres. Entre-temps, des pisteurs ont pris les devants et se sont mis hors circuit. Ils ont appris à traquer les lémuriens, qui se baladent d’arbre en arbre. Une fois une horde trouvée, les pisteurs font discrètement signal aux guides afin que les visiteurs puissent observer King Julian (personnage du film Madagascar) et les siens dans leur habitat naturel. Le ballet des lémuriens dans les arbres vaut largement le détour, à condition de prendre toutes les précautions pour ne pas les déranger.

La balade reprend ensuite à un bon rythme, jusqu’à une plate-forme en bois installée dans les hauteurs, d’où l’on admire une grande partie du parc, avant d’entamer la descente vers le village. Au retour, une nouvelle halte est prévue au pied de la grande cascade. C’est aussi l’occasion de saluer les villageois, dont certains vivent toujours dans les cases en terre couvertes de paille. On passe ensuite devant l’atelier d’une tisserande et sur un grand terrain de foot constamment occupé.

Les eaux chaudes.

La marche a été ardue pour certains. Rien ne vaut alors une baignade dans les eaux chaudes de la piscine du village. Celle-ci est alimentée par une rivière chauffée quelque part sous terre par la lave. Ils sont plusieurs à venir y nager dans l’après-midi. À côté, c’est aussi là que viennent se laver des femmes et leurs enfants.

On attribue mille vertus aux eaux de Ranomafana. Elles permettent avant tout de mieux apprécier ce village unique en son genre. Avant de reprendre la route, il est de coutume pour certains de remplir des bouteilles d’une source naturelle qui jaillit des flancs. Cette eau sera ensuite offerte aux bergers de zébus et aux enfants qui croiseront notre route dans des zones plus arides et chaudes de la RN7.