Les bases en vue du lancement d’un projet de sécurité alimentaire dans l’Indianocéanie ont été jetées lors d’une réunion organisée à l’initiative de la Commission de l’océan Indien à Mahajanga, Madagascar, cette semaine. Au terme de deux jours de travail intensifs auxquels ont participé quelque 175 représentants venant des Comores, de Madagascar, de Maurice, de la Réunion et des Seychelles, le principe du projet a été approuvé. Il entre maintenant dans une phase de préparation avec l’institution d’un comité de suivi en espérant qu’il soit opérationnel dans les plus brefs délais.
« Nous sortons de ces deux jours de travail enrichis par l’expertise que vous avez partagée avec nous, par les suggestions, les réflexions mais aussi les critiques », a observé le secrétaire général de la COI Jean-Claude de l’Estrac. De son côté, le ministre malgache des Affaires étrangères, Pierrot Rajaonarivelo, s’est dit persuadé qu’« ensemble, il nous est tout à fait possible d’assurer la sécurité alimentaire de la sous-région et devenir un exemple au niveau continental, et pourquoi pas mondial, pour peu que nous arrivions à nous comprendre et à mettre à profit notre complémentarité dans un esprit de solidarité, clef de voûte de notre réussite ».
La réunion, qui s’est ouverte lundi à Mahajanga, a bénéficié d’une forte participation ministérielle. Outre le ministre malgache des Affaires étrangères, Pierrot Rajaonarivelo, deux autres ministres malgaches, Olga Ramalason (Commerce) et Rolland Ravettomanga  (Agriculture), étaient présents à la cérémonie d’ouverture. Pierrot Rajaonarivelo a présidé une séance de travail alors que les deux autres ministres ont participé à tous les travaux durant deux jours. Le vice-Premier ministre malgache, Andrianainarivelo Hajo Herivelona avait souhaité être présent à la cérémonie d’ouverture mais n’est pas arrivé à temps pour pouvoir prendre la parole.
Au niveau de la COI, on estime que le pari de mobiliser les acteurs publics et privés autour du projet de sécurité alimentaire de l’Indianocéanie a été relevé avec succès. On en veut pour preuve la variété et la qualité des profils : parmi les 175 participants, ont participé aux travaux trois ministres du gouvernement, le chef de la Région de Boeny, quatre représentants des trois régions visées par le projet de la Commission de l’océan Indien (Menabe, Vakinankaratra et Sofia), cinq représentants d’organisations internationales et partenaires de développement de la COI, (l’Union européenne, la Banque Mondiale, le FIDA et la CTA…), huit représentants d’instituts travaillant sur la qualité et les normes alimentaires, 41 hauts fonctionnaires de Madagascar et des États membres de la COI, ainsi qu’une centaine de représentants et opérateurs du secteur privé de la région.
Jean-Claude de l’Estrac s’est dit convaincu que « si, comme nous l’espérons, Madagascar retrouve sa place dans le concert des nations démocratiques », le projet de sécurité alimentaire dans l’Indianocéanie passera très vite la phase d’activation. Il a invité les investisseurs régionaux potentiels à ne pas trop tarder pour être partie prenante du projet. « C’est maintenant qu’il faut se positionner, car si la situation politique malgache se décante en septembre suite au second tour des élections présidentielles, ce seront les investisseurs étrangers qui prendront cette place. Et dès lors, quelle sera votre place ? Il y a donc une carte à jouer. Il faut la jouer, maintenant. De notre côté, nous vous accompagnerons au plus près », a-t-il insisté.
Réalités
« Il faudra voir si le gouvernement qui sortira des élections fera de la sécurité alimentaire une priorité de son agenda politique. Nous l’espérons, tant cette thématique est économiquement porteuse, tant elle suscite des effets de liaison entre plusieurs secteurs d’activités », a ajouté le SG de la COI.
Les échanges entre les autorités malgaches, les représentants du secteur privé régional, partenaires techniques et financiers, les centres de recherches agronomiques, les instituts de contrôle de qualité et la COI ont permis d’affiner le projet en tenant compte des réalités et des exigences du secteur privé. La phase d’activation pourra suivre.
Le projet, qui demande une approche intégrée sur le moyen et le long terme, sera conduit en parallèle de projets connexes touchant aux infrastructures routières et portuaires, aux normes phytosanitaires, aux filières de commercialisation, de conservation et stockage, entre autres. En outre, il s’agira de rendre plus lisible la législation entourant l’investissement foncier dans l’agriculture. À ce sujet, Jean-Claude de l’Estrac a rappelé que ce projet qu’initie et conduira la COI se fera en totale conformité avec le droit foncier coutumier de Madagascar. Toutes ces problématiques sont, en effet, directement liées à l’enjeu, plus grand, de la sécurité alimentaire.
Pour y répondre, l’Indianocéanie peut compter sur l’implication des autorités malgaches, ont insisté les ministres présents. « L’agriculture “irrigue” les autres secteurs de l’économie. (…) Les autorités malgaches, en tant que partie prenante et facilitatrice, apporteront tous les accompagnements souhaités et tous les soutiens nécessaires pour la réalisation de ce chantier d’envergure », a assuré Pierrot Rajaonarivelo.
La réunion de Mahajanga a permis aux représentants du secteur privé d’évaluer en partie le potentiel de production agricole dans quatre filières identifiées comme prioritaires par la COI : riz, maïs, oignons et grains. Deux visites ont permis à certains participants d’avoir un aperçu de la réalité du monde agricole malgache. La première visite s’est attachée à montrer la petite paysannerie peu productive et précaire dont il convient de renforcer les capacités pour leur sécurité alimentaire. La seconde a illustré le potentiel frappant de la filière rizicole.
Le Secrétariat général de la COI mettra en place un mécanisme de coordination et de partenariat avec ses principaux partenaires, notamment avec l’Union européenne, le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement, et le Centre technique agricole de l’UE. Optimiste et convaincu des avancées à venir et de la portée du projet, Jean-Claude de l’Estrac a déjà signifié son intention de présenter ce projet pour financement dans le cadre du 11e Fonds européen de développement (FED).
Plateforme
Par ailleurs, la plateforme malgache “Femmes, développement durable et sécurité alimentaire” (FDDSA) a été lancée mercredi en présence des ministres malgaches de l’Agriculture et du Commerce en marge de la réunion des investisseurs sur la sécurité alimentaire.
Les femmes constituent une force productrice que l’Indianocéanie doit mobiliser : « Leur contribution est déterminante dans le changement des mentalités et des pratiques qu’implique une démarche durable », a soutenu Jean-Claude de l’Estrac.
La plateforme FDDSA nouvellement constituée et présidée par Ambinintsoa Lucie Noasilalaonomenjanahary est déjà invitée à travailler concrètement. En effet, le SG de la COI a enjoint les membres de la plateforme à identifier quelques petites exploitations d’agricultrices pour leur fournir l’appui technique et financier nécessaire à l’augmentation de leur production et en mesurer les résultats.
L’objectif est de « faire savoir » le potentiel des femmes productrices d’autant que des études de la FAO ont démontré que si les femmes jouissaient du même accès que les hommes au crédit, aux intrants et technologies, la productivité de leurs exploitations augmenterait de 20 % à 30 %. À Madagascar, où 46 % des exploitations agricoles sont détenues par des femmes, le potentiel de productivité à libérer est donc conséquent.