Madii Madii, de son vrai nom Madyson Jean, continue de surfer sur son Zoli petit succès aux côtés de JSB Morning Game. Pourtant, depuis le début de l’année, le chanteur navigue également en solo. Plusieurs de ses chansons ont trouvé un bel auditoire, tournant même en boucle sur certaines radios. A peine rentré de La Réunion, il se prépare pour une nouvelle tournée en Europe. En attendant ce jeune de Barkly, nous parle en toute sincérité de sa vie, son actualité, ses projets et son album Vérité qui se peaufine. Feel Zafer là !

Si au rythme ensoleillé de Zoli que Madyson Jean s’est fait sa place au soleil, c’est en juillet dernier qu’il a véritablement fait sa percée dans l’univers musical local. Avec son ami Jason Le Boucher, ils avaient été les grands gagnants du concours lancé par Désiré François dans le cadre de son concert Les plus belles chansons de Désiré François et Cassiya. En jeu, un passage sur scène lors du concert du 13 juillet au Swami Vivekananda Convention Centre, et aussi l’enregistrement d’une chanson. C’est ainsi que tout avait commencé pour lui.

La grande scène

Une entrée en matière précipitée sur la grande scène qui a grandement marqué les deux jeunes gens, qui ont, malgré tout, fait grande impression. “A la base, nous n’avions jamais pensé être les lauréats de ce concours. Nous ne croyions pas avoir ce potentiel. Se faire accompagner par Cassiya est un sentiment inexplicable.” Madii en perd même la parole le Jour J. “Surtout en voyant cette foule de spectateurs, composé de mes parents, mes proches et gens de mon quartier. Quand Désiré François nous a annoncé sur la scène, nous avions les pieds tremblants. Malgré tout, nous avons été en mesure de nous donner à 100% et partager notre énergie avec le public.”

Une expérience qui les fait grandir tout en leur permettant de se frayer un chemin dans la cour des grands. Le titre Si Ou Le, où Madii et Jason Le Boucher sont accompagnés par Cassiya, est par ailleurs, abondamment diffusé sur certaines radios depuis quelques semaines. Aussi, depuis fin 2019 à ce jour, depuis le succès de Zoli en passant par la sortie des titres Illizion, Montre mwa Lamour et le tout dernier La Ba, Madii plane sur un beau succès. En showcase presque tous les week-ends, à peine rentré de La Réunion, il reprend l’avion le 13 février pour assurer un concert à Colmar en France. “Un concert qui s’inscrit dans le cadre du concours Coming Soon Event, où Jeff (Ndlr : JSB Morning Game) et moi avions été les gagnants.” Les deux chanteurs se produiront aussi à Dublin, en Italie et dans d’autres pays. Une tournée qui les ramènera à La Réunion le 10 mars.

“La musique m’a sauvé”

Short jaune et T-shirt noir à paillette, casquette assortie, le tout rehaussé par des tatouages et quelques dents en platines, le jeune homme que nous rencontrons chez lui à Barkly soigne parfaitement son apparence. Malgré son look de star, Madii Madii reste droit dans ses pompes et garde surtout les pieds sur terre. “Vous ne me verrez jamais m’exposer dans le coin VIP lors des événements. Je privilégie la connexion avec mon public et préfère être auprès d’eux dans la foule. Sans eux, je ne serais rien. Ce sont eux qui me permettent d’avancer et de m’améliorer. Tout artiste ne devrait jamais oublier cette réalité.”

La musique a principalement été salvatrice pour Madii Madii. Il aurait pu sombrer dans le côté obscur. Par manque de repères, le jeune chanteur a soufflé le chaud et le froid et a souvent été tenté par une vie facile. “C’est à la fois par manque d’objectif professionnel et pour avoir grandi dans un quartier sensible. Il y a aussi eu le meurtre de ma sœur, ma séparation avec la mère de mon fils et bien d’autres choses.” Des épisodes aussi douloureux que déchirants, qui ont fait “qu’à un certain moment j’étais devenu quelqu’un de très agressif. Mon ti avoy lavi merd e ti komans viv au zour le zour. Pourtant La musique m’a sauvé.” Ce ne sont guère des mots prononcés en l’air. “Dans les moments où j’étais presque à terre, chanter m’a permis de relâcher tout ce qu’il y avait au fond de moi. »

A cœur ouvert

Madii Madii, s’exprime comme il chante. Il vit pleinement ses chansons et parle avec la même conviction d’une voix calme et posée. Cette voix lui permet de mettre ses sentiments à nu en libérant toutes ses émotions. Pourtant, hors de sa bulle, “ Vous ne verrez jamais rien échapper des émotions qui me passent par la tête. Mon visage est la plupart du temps impassible. Car, c’est uniquement à travers la musique que je suis en mesure d’extérioriser toutes ces choses enfouies en moi.”

Le 26 octobre 2016 à Résidence Barkly, Madison Jean perdait sa soeur Anais, tuée par son petit ami Jimmy Neerput. Trois ans après, c’est toujours aussi difficile de faire le deuil. “Je n’acceptai pas cette vérité jusqu’à tout récemment.” La chanson La Bas, mise en ligne en janvier, est un hommage à cette dernière. Jusqu’à tout récemment, il était dans l’incapacité de l’a terminée. “Je restai bloqué sur certaines choses, et c’était difficile de mettre des mots sur ces sentiments.”

Trois ans après les faits, le couperet est tombé ; le meurtrier de sa sœur a été condamné à une peine de 20 ans de prison. “Ce n’est que ce jour-là que j’ai pu terminer la chanson. Mes parents étaient partis en Cour pour entendre le verdict. Les suivre était au-dessus de mes forces. Assis dans ma chambre, je me suis posé tranquillement, et en repensant à cet événement, mes larmes ont coulé et j’ai pu poser les bons mots.” Ces vibrations qu’il fait passer à travers La Bas, sont ressenties, également dans son interprétation d’autres chansons. “Si je ne ressens pas ce que je chante, c’est difficile de partager ce feeling”. D’ailleurs, Feel Zafer la, une expression qu’il brandit à tout-va est un peu devenue sa marque.

Illizion

La chanson Illizion, dédiée à son fils Mayson est une invitation à ressentir son vécu. Une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Il chante : “Senti mo finn brise, senti moi inn debousole, kuma enn bato finn devire.” Des mots profonds chantés à cœur ouvert. Son fils est aujourd’hui ce petit rayon de soleil qui l’aide à trouver sa voie, à se stabiliser et à se remettre à composer. La naissance de Mayson et le soutien de ses parents ont permis au jeune homme de se ressaisir. “Mo in retrouv mo sime” dit-il après avoir traversé les moments de doute.

Madii Madii a grandi dans ce quartier sensible connu comme la Planète des Singes à Barkly. “Je connais beaucoup d’amis qui sont tombés dans les fléaux sociaux. Ma mère comme mon père, ont toujours été là pour me recadrer. Encore aujourd’hui, quand je sors, j’entends la voix de ma mère dans ma tête me disant : Kone ki pe al fer la Madyson ! ”

C’est également eux qui lui ont insufflé cet esprit d’humilité et sa passion pour la musique. “Nous étions très pauvres, mais mes parents se sont démenés pour nous sortir de cette misère. Aujourd’hui, nous avons un coin à nous et une situation stable.” C’est la raison pour laquelle : “Je ne peux pas oublier d’ou je viens et je ne prends pas la grosse tête.”

Madyson Jean a aussi toujours baigné dans la musique. “Dans la famille, nous sommes de véritable mélomanes.” Son père, employé dans une compagnie de construction et fan de Cassiya adore chanter et gratte de temps à autre des notes sur sa guitare. Sa mère, femme au foyer, pousse aussi souvent la chansonnette. En lui offrant sa première guitare dans son adolescence, “Ma mère a contribué à renforcer ma passion pour la musique.“Mem nou ti mizer, me tou le tan ti ena enn lazwa dan lakaz.”

A 5 ans, Madyson Jean avait intègré ABAIM et y a appris à jouer de la ravanne. “J’étais un petit garçon timide et effacé dans un coin sur scène à l’époque. Je cachais que je savais chanter intentionnellement pour que personne ne me pousse en avant.”

Album Vérité

Attaché à la section prévocationelle du Collège de La Confiance, Madii rêvait de devenir policier ou chef pâtissier. “Je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie.” A un moment il intégraune école privée, tout en travaillant en dans un restaurant en soirée. Par la suite, il abandonna ses études pour intégrer le secteur du spectacle dans le circuit hôtelier avec le ségatier Clarel Armelle et d’autres groupes. Il prend par la même occasion ses marques en tant que chanteur.

Avec quelques jeunes de son quartier, dont Jason Le Boucher, il se fait d’abord connaitre auprès d’un petit public d’internautes avec des covers de Ric Hassani, Bruno Mars et autres. La base pour perdurer en musique selon Madii, “C’est surtout de rester vrai.” C’est d’ailleurs cette vérité qui le caractérise qu’il livrera prochainement à travers son premier album, en duo avec Jason Le Boucher. La Vérité sera le nom de cet opus qui devrait atterrir dans les bacs d’ici le mois de mai. “Nous venons comme nous sommes, et nous chanterons la vérité. ». Plusieurs surprises sont aussi au programme sur cet album qui s’annonce comme un rêve devenu réalité pour un Madii.