Le coup de massue que préparait l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de la Plaine-Verte à la septième semaine de l’enquête sur la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 12 millions se traduit par l’arrestation de l’imam de la Prison Centrale de Beau-Bassin. Alors que le maulana Moosa Beeharry — figure très connue et respectée jusque-là pour son engagement sur le plan interreligieux — était sur le point de se rendre à la prison pour animer la grande prière du vendredi, il a été appréhendé par les hommes de l’inspecteur Assaad Rujub pour son rôle éminemment important dans le réseau de Gros Dereck. En effet, il est soupçonné d’être la principale courroie de transmission de fonds à l’étranger pour l’achat d’héroïne ou encore pour les besoins de blanchiment de fonds. La dernière séance d’interrogatoire du chauffeur de taxi Ashish Dayal, jeudi, à l’ADSU de Plaine-Verte, a ouvert la voie à une éventuelle implication de l’imam dans au moins le réseau du Parrain de l’Ouest allégué.
L’arrestation de l’imam de la Prison de Beau-Bassin a pu avoir l’effet d’une véritable bombe dans certains milieux qui ont pu le côtoyer en dehors du monde carcéral mais ce ne fut nullement une surprise pour le principal concerné. C’est du moins ce que laissent entendre ceux qui étaient présents sur les lieux au moment de cette opération de l’ADSU. « Mo kone mo tour ti pe vini ! », aurait déclaré en substance Moosa Beeharry aux membres de l’escouade de l’inspecteur Rujub l’annonçant qu’il était placé en état d’arrestation.
Les autorités de la Prison furent aussitôt informées de ce développement en vue de prendre d’autres dispositions pour la prière de vendredi à l’intention des détenus de foi islamique. Moosa Beeharry, aussi connu comme Imam Halall, fut conduit sur le champ dans les locaux de l’ADSU de Plaine-Verte. Mais une perquisition à son domicile, situé dans un des quartiers chics de Beau-Bassin, ne devait pas mener sur des articles compromettants liés au trafic de drogue, sauf une douzaine de téléphones cellulaires et également trois ordinateurs portables. Ces objets ont été envoyés à l’IT Unit de la police pour des analyses Forensic de leur contenu.
L’un des premiers exercices auquel a été soumis l’imam Beeharry a été une confrontation avec son dénonciateur principal, Ashish Dayal. Initialement, cette étape devait être accomplie au QG de l’ADSU aux Casernes centrales. D’ailleurs, l’un de ses hommes de loi, Me Samad Goolamaully, avait fait le déplacement aux Casernes centrales à cet effet. Mais très vite, la stratégie fut modifiée avec Ashish Dayal transféré à l’ADSU de Plaine-Verte pour cette parade d’identification.
« Li mem sa dimounn mo ti dir dan mo lanket ek ar ki mo ti al kit larzan pou aste la drogue », aurait déclaré sans aucune hésitation le chauffeur de taxi, interpellé le 12 juillet dernier avec sept kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 105 millions dans un bungalow à Pereybère, en indiquant l’imam de la Prison, qui n’aurait nullement bronché face à ces graves accusations.
Dans ses nouveaux aveux consignés dans la journée de jeudi, Ashish Dayal, le State Witness-in-Waiting, avait dénoncé l’imam Beeharry comme un « pion majeur dans le réseau de Gros Dereck ». Il avait soutenu qu’en une douzaine de reprises, il avait rencontré le religieux en vue de lui remettre d’importantes sommes d’argent, notamment des euros variant entre 15 000 à 20 000, des dollars américains ou des rands sud-africains d’un même montant en roupies au nom de Rudolf Dereck Jean-Jacques en vue de financer l’achat de l’héroïne de l’étranger.
Le Modus Operandi mis en place était que l’imam effectuait des déplacements à l’étranger pour aller à la rencontre d’un contact spécifique connu des commanditaires de drogue à Maurice, dont au moins un ressortissant étranger qui purge actuellement une longue peine de servitude pénale pour des délits d’importation de drogue. Sa mission se résumait au convoyage de fonds.
Une fois les fonds transmis aux interlocuteurs concernés dans ce pays d’Afrique, les cargaisons d’héroïne étaient embarquées à destination de Madagascar, principal point de transit avant leur acheminement à bord du Mauritius Trochetia sous le contrôle de Hayeshan Madarbacus, dit Long Laskar, steward de la Mauritius Shipping Corporation.
L’astuce pour éviter d’éveiller les soupçons des autorités au sujet de ses déplacements relativement fréquents à l’étranger : l’imam passait soit par Dubaï soit par l’Europe soit par Nairobi pour rallier sa destination finale, un autre pays de l’Afrique orientale. Les responsables de l’ADSU ont sollicité la collaboration du Passport and Immigration Office (PIO) pour dresser un inventaire des déplacements à l’étranger du religieux au cours de ces deux dernières années au moins.
Ce document du PIO devra confirmer que l’imam Beeharry aurait au moins effectué une douzaine de pèlerinages du Hajj ces dernières années. Les prochaines séances d’interrogatoires du maulana s’avèrent être cruciales au sujet de ses missions à l’étranger et de l’identité de son ultime contact en Afrique. Dans cette perspective, la collaboration des autorités à Dubaï et au Kenya devra être sollicitée pour compléter les mouvements de l’Imam Halall dans ces pays.
Les informations recueillies de sources sûres indiquent que l’imam Beeharry, qui a été longuement entendu hier après-midi par l’ADSU, apporte sa collaboration à l’enquête. Sa principale défense est que « mo ti pe rann banla servis » en niant le fait qu’il était conscient qu’il avait été transformé en « garçon de courses » par des trafiquants de drogue.
Néanmoins, d’autres sources ont aiguillonné l’ADSU sur la piste que le religieux pourrait être d’un apport considérable pour démanteler d’autres réseaux de trafic dans l’enceinte de la prison. Mais à hier soir, aucune indication n’était disponible quant à ces aspects de l’enquête.
L’enquête de l’ADSU se poursuit aujourd’hui avec une autre série de révélations prévues par Hayeshan Madarbacus sur le fonctionnement du réseau Gros Dereck à Maurice et les contacts à Madagascar…