Ravannes, triangles, tambours, djembés, pétards se sont presque tus. Le temps des élections n’est plus.
En attendant l’action, nous ne sommes  plus dans le discours plus ou moins creux du faire-semblant. L’enchaînement de mots qui dépassent la pensée, de mots revanchards et blessants à tout prix est remplacé aujourd’hui par  la magie de la victoire, de la célébration, de la prédiction réalisée.  La formation rapide de courtisans, courtisanes et la course au « inner circle ». Quelles que soient les couleurs, on dira qu’on le savait. Qu’on avait la foi dans un leader visionnaire. Ils le sont tous, nos leaders sinon ils n’auraient pas été les vainqueurs, les sauveurs du pays. Finis les doutes, les trahisons, les coups bas, les caisses de résonance, toujours mal interprétés quand le manque de contrôle a fait tituber les mots sur les estrades.
Le temps des hommages, le temps de grâce. Pas encore le temps des règlements de comptes. Trop tôt. Il va falloir mieux cerner ceux qui nous ont lâchés, appelés à voter contre nous.
Mais, c’est surtout le temps de la grâce car nous sommes en période de Noël, de l’Épiphanie, cette fête chrétienne qui célèbre le 6 janvier le Messie venu dans le monde, recevant la visite et l’hommage des rois mages.
Ainsi, le premier mage, Melchior, vieux et blanc, barbu et chevelu, offre de l’or, symbole de la royauté. Le second, Caspar, jeune imberbe au teint rouge, offre de l’encens, symbole de la divinité. Le troisième, Balthasar, barbu au teint sombre, offre de la myrrhe qui rappelle que le Fils de l’homme est mortel.  
Et nous, en procession, pauvre petit peuple à la quête de l’étoile, nous irons déposer or et encens. En espérant pour notre petite république un nouveau Messie, un Roi qui nous mènera vers une nouvelle terre promise. Sans efforts de notre part. Comme par magie, comme un miracle. Nous apportons or et encens seulement. Car la myrrhe qui rappelle la condition humaine et l’éphémère de la vie ne peut faire partie de nos offrandes. La fête est celle de l’immortalité.
Un brin réalistes, le temps de l’après-élection, nous  savons que le vote fut celui de l’épiderme, sans vraiment songer au long terme, ignorant la dissonance entre nos idéaux et nos intérêts immédiats. Nous savons en notre for intérieur que l’euphorie de la victoire passée, parmi ceux et celles que nous aurons élus, il n’y aura pas, à défaut de  mage, un chercheur de sagesse, de discernement, de compassion véritable pour les démunis. Nous serons loin, bien loin de l’arrivée de ces  mages d’Orient, mages dont le texte biblique emploie le terme du grec ?, magoï,  désignant à l’origine un prêtre perse ou mède (par exemple, originaire de Babylone), réputé pour ses connaissances en astronomie et astrologie. Et par analogie, quelqu’un qui, du terme maga, imprégné de souffle spirituel et capable d’inspirer aux autres le chemin vers de vrais sentiments de noblesse et de fierté de soi. A contre-courant du monde, en homme libre et saint.  A l’exemple de ce «  Mad Monk », chevauchant le vent.
 
Ji-Gong avec son éventail