Des milliers de Mauriciens convergent vers Grand-Bassin pour recueillir de l’eau sacrée qu’ils déverseront mardi, jour de la fête Maha Shivaratree, sur le shivlingam, symbole de Shiva. Les fidèles participeront au Chaar Pahar Ke Pooja, qui se déroulera de 18 h jusqu’aux petites heures mercredi avec une multitude d’offrandes.
Solidarité, dévotion et détermination animent les pèlerins, qui ont parcouru des kilomètres en portant sur leurs épaules des kanwars fabriqués avec du bambou et d’autres matériaux, et décorés avec les statuettes de Shiva et d’autres divinités hindoues. Les dévots découvrent tout au long du trajet la solidarité mauricienne et la diversité culturelle. Beaucoup de familles et d’association à travers l’île n’ont également pas failli à une vieille tradition qui consiste à accueillir les pèlerins, à leur offrir un abri et des rafraîchissements.
Après le pèlerinage vers le lac sacré, les dévots se préparent à observer la grande nuit de Shiva mardi soir. Les grandes prières débutent à 18 h et 6 h le lendemain matin. Cette prière comprend quatre phases de trois heures. La première débute à 18 h pour prendre fin vers 21 h, suivie de la deuxième qui se termine vers minuit. La troisième, elle, commence à minuit pour s’achever vers 3 h et la dernière de 3 h à 6 h du matin.
Le Chaar Pahar ki Pooja purifie l’esprit, l’intelligence, la conscience et l’ego. L’eau sacrée recueillie à Grand-Bassin est versée sur le shivlingam durant les quatre sessions de prières. Durant la première session, les fidèles prient pour la droiture, la deuxième pour le bonheur matériel, la troisième pour le bonheur familial et la dernière pour la libération du cycle de la vie et de la mort, le moksha.
Durant la grande nuit de Shiva, les dévots obtiennent différentes bénédictions favorables. Shiva possède une grande force énergétique et une force de création et de destruction. Durant la nuit de Maha Shivaratree, il exécute la danse cosmique pour chasser les esprits maléfiques. En récitant le matra, Om Namah Shivaya, les dévots sentiront vibrer en eux cette force énergétique dans sa manifestation cosmique.
Le jeûne de dix jours précédant la fête permet la purification et le dévot se libère des souillures de la vie. Le kanwar sur les épaules en signe de dévotion et de sacrifice envers le Dieu Shiva permet au dévot de se débarrasser de ses péchés. Cette parfaite communion entre l’humain et le divin est très importante, selon les livres sacrés. Si le dévot se consacre pleinement à ces 12 heures de prières, il est exempté de tous les maux. Lors de ces prières, il verse du lait, de l’eau sacrée, du miel, du sucre et aussi des feuilles de bilwa et de madar. Ces fleurs seront très chères à Shiva et, en les offrant, le fidèle est lavé de ses péchés. Au cours de cette nuit, le dévot subit une transformation intérieure. L’ignorance est chassée et il tourne vers la sagesse.
Le sacrifice de Shiva
Le Dieu Shiva détruit pour les besoins de régénération. Notre corps et notre esprit devraient être débarrassés des pensées négatives. Les enseignements de Shiva sont multiples. Il avait avalé du poison pour sauver l’humanité, les demi-dieux et les démons étaient à la recherche du nectar de l’immortalité devant le barattage de l’océan, le sagar manthan. Après bien des efforts, c’est le dangereux poison, le halahal, qui émergea des océans et menaça toute l’humanité. Personne ne voulait avaler le poison et Shiva se porta volontaire pour l’absorber. Sa gorge devint bleue (neelkanth) et les saints ont versé de l’eau pour le rafraîchir.
Shiva incarne aussi l’univers de la famille et porte le serpent autour du cou. L’un de ses fils Subramanyam a comme véhicule un paon qui attaque les serpents, Ganesha a comme ami un rat et sa mère, Parvati, a comme véhicule un lion. En dépit de leur incompatibilité, Shiva apporte un message de coopération et de coexistence pacifique.
Shiva est également connu comme le nataraja, le dieu de la danse. Sa danse cosmique symbolise ce rythme éternel de la vie et de la mort dans des cycles sans fin. À travers les vibrations créées, il détruit par le feu le mal et ramène le calme. Ses mouvements démontrent le cycle infini de la création et de la destruction de l’univers, la mort et la naissance en équilibre parfait, le haut du bras droit de Shiva tient un tambourin (damru) symbolisant le premier son de la création, le haut du bras gauche porte une flamme l’élément de destruction dans le monde.
L’équilibre des deux bras symbolise la balance dynamique de la création et de la destruction dans le monde, soulignée par le visage calme et serein au milieu de deux bras. Le deuxième bras droit est levé pour apaiser la crainte tout en symbolisant conservation, protection et paix. Il pointe la jambe relevée, démontrant la libération des charmes et les tentations de l’illusion.
L’origine de Shiva Lingam
Lorsque l’univers était envahi par les eaux et que Vishnu et Brahma se disputaient la suprématie religieuse, une immense colonne de feu aurait un jour surgi entre les eaux. Les deux divinités décidèrent alors de s’affronter en mesurant la hauteur de la colonne : le premier après s’être transformé en sanglier plongea au fond des eaux, tandis que Brahma prit la forme d’une oie pour voler aussi haut que possible. Cependant, ni l’un ni l’autre ne peut atteindre l’extrémité de la colonne incandescente. Shiva, apparaissant alors, expliqua que le linga symbolise son pouvoir et les deux autres abdiquèrent.
Premier pèlerinage en 1897
En 1897, un prêtre de Terre-Rouge, Shri Jhummun Giri Gossagne, eut une vision pendant laquelle Grand-Bassin lui apparut comme un jaillissement du Gange. À partir de 1972, Grand-Bassin a pris une nouvelle dimension lorsque de l’eau du Gange y a été versée. Il a alors été nommé Ganga Talao.