Le ministre du Logement et des Terres, Mahen Jugroo est un inconditionnel de la famille Jugnauth et un membre fidèle du MSM. Dans l’interview au Mauricien il affirme qu’il fait de la politique grâce à la famille Jugnauth et que « je resterai à leurs côtés aussi longtemps qu’ils seront dans la politique ». Il se dit confiant que Pravind Jugnauth conduira à nouveau son parti, le MSM, à l’hôtel du gouvernement. Il reconnaît que son parti a connu des problèmes mais pour lui, il faut regarder le capitaine mais pas les marins. L’ancien ministre des Administrations régionales souligne qu’Agalega appartient à tous les Mauriciens et à l’île Maurice et que tous ceux qui le veulent pourront après la construction de la piste d’atterrissage s’y rendre.

Mahen Jugroo, en 2014 et 2018 vous êtes passé de la fonction de Chief Whip à celle du membre du Cabinet avec deux fonctions ministérielles successives. Peut-on dire que vous avez connu une promotion rapide ?

Dans ma carrière j’ai gravi les échelons graduellement. J’ai commencé comme maire de Vacoas-Phoenix avec le MMM. Eddie Boissézon était adjoint au maire. Pour un politicien, le passage par les Administrations régionales est une expérience très enrichissante. Nous apprenons à faire de la politique. Grâce à sir Anerood Jugnauth, j’ai aussi été président de l’Outer Islands Development Corporation. Ce qui m’a donné l’occasion de côtoyer les enfants d’Agalega durant cinq ans.

J’ai tout fait pour changer la vie des Agaléens. Mon plus grand plaisir a été la construction d’une école primaire dans l’île. Par la suite, on a érigé un petit hôpital dans l’île du sud. Sous ma présidence, on a introduit l’argent dans l’île; une boulangerie a ouvert ses portes, les boutiques ont été modernisées, l’entrepôt a été rénové. Nous avons créé des petits commerces. Jusqu’à maintenant je suis en contact avec des Agaléens et j’aime bien Agalega.

J’ai aussi été directeur de la State Trading Corporation (STC), ce qui m’a aidé à comprendre le fonctionnement de cet organisme d’Etat. Au niveau de la santé, j’ai siégé sur les Medical and Dental Councils. J’ai été directeur du Medical Care du Cardiac centre de l’hôpital du nord. À l’époque d’Ashock Jugnauth, j’ai eu l’opportunité d’assister à des management committees dans les hôpitaux. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion d’assurer la présidence de la fédération de volley-ball durant six mois. J’ai donc beaucoup appris sur l’administration publique avant de devenir député. Cela m’a beaucoup aidé dans le cadre de mes activités parlementaires.

Je suis entré au Parlement en 2005 après avoir été élu dans la circonscription n° 4. En 2005, j’ai été muté dans la circonscription n° 12 et j’y ai été élu en 2014. Je suis content d’avoir commencé ma carrière parlementaire dans l’opposition. Je suis devenu PPS en 2010 dans le gouvernement travailliste-MSM mais je n’étais pas à l’aise. Nous avons fait un gros travail dans l’opposition.

Aujourd’hui je fais de mon mieux pour aider mes mandants. J’ai une vision pour ma circonscription et j’ai demandé à l’Economic Development Board de voir comment on peut réaliser un plus joli Waterfront à Mahébourg. De plus, avec la vision du Premier ministre de prolonger le Metro Express jusqu’à Mahébourg il s’agira maintenant de voir comment construire une gare qui pourra intégrer ce projet à l’avenir.

Vous êtes dans le giron politique depuis très longtemps…

Mon père avait dit à mes frères et moi qu’il avait un parent en politique, qu’il s’appelait Anerood Jugnauth et qu’il fallait le soutenir. Nous l’avons écouté. Mes cousins et moi avions suivi les activités politiques du MMM. Après la rupture du MMM et la création du MSM, nous avons adhéré au MSM. Nous ne faisions pas de la politique active mais nous avions donné un coup de main.

Aujourd’hui je suis fier d’être resté aux côtés de sir Anerood Jugnauth durant tout ce temps et d’avoir été témoin personnellement de toutes ses contributions au développement du pays. Il a pris les rênes du pays en 1982 à un moment très difficile alors que Maurice était au bord du précipice. Il est parvenu à donner un nouveau souffle au développement du pays, en particulier après son retour au pouvoir en 1983. Le progrès réalisé était tangible. Ma famille était propriétaire d’une quincaillerie à Vacoas et est bien placée pour le dire puisque au fur et à mesure que le pays se développait, les matériaux de construction, les parpaings, les macadams, le ciment etc étaient en rupture de stock tant la demande était forte.

La qualité de la vie à Maurice avait connu un changement drastique pour le mieux. Les maisons étaient équipées d’appareils électroménagers et les sols rouges étaient graduellement remplacés par le carrelage.

Aujourd’hui en dépit de son âge avancé, sir Anerood a pris son bâton de pèlerin pour défendre la souveraineté du pays. Il s’est revêtu de sa toge pour défendre le dossier des Chagos devant la Cour internationale de Justice. C’est un grand homme politique et je suis fier d’avoir été à ses côtés. Je fais de la politique en raison de la famille Jugnauth et je resterai à leurs côtés aussi longtemps qu’ils seront dans la politique.

Le passage du pouvoir entre SAJ et son fils a provoqué bon nombre de réactions pas toujours favorables…

Quoiqu’on en dise, le passage de pouvoir entre sir Anerood et son fils était tout à fait conforme à la Constitution. Pravind était le seul à pouvoir le succéder parce qu’il était le leader du parti majoritaire au parlement, le MSM. En vérité, malgré les commentaires de l’Opposition aussitôt que Pravind Jugnauth a pris la barre il a conquis toute l’île Maurice. La population a apprécié son démarrage comme Premier ministre et croit en lui. L’avenir de ce pays est en bonnes mains. Nous avons un Premier ministre qui a à cœur l’intérêt de la population à tous les niveaux et qui veut réduire l’écart entre les riches et les pauvres.

Lorsqu’il est entré dans le gouvernement il a pris beaucoup de mesures pour les pauvres. Déjà lorsqu’il était ministre de l’Agriculture dans le gouvernement MSM-MMM, il a introduit le VRS pour les travailleurs manuels et les artisans de l’industrie sucrière. Beaucoup de travailleurs sont ainsi devenus des propriétaires d’un morceau de terrain et ont pris leur retraite.

Aujourd’hui en tant que ministre des Finances, il a introduit le salaire minimum. Ce qui a permis à de nombreux travailleurs de doubler leurs salaires pour toucher plus de Rs 9000 par mois. Le Negative Income Tax a soulagé des ménagères.
Au niveau de l’éducation, le fardeau du CPE sur les enfants a été enlevé, et ils ont retrouvé leur enfance. Beaucoup d’enfants apprennent et obtiennent de très bons résultats en secondaire mais malheureusement ne parviennent pas à trouver un travail parce qu’ils n’ont pas de diplômes et ne sont pas des professionnels. La décision qui permet d’accéder à l’éducation tertiaire permettra de surmonter ce problème et a été bien accueillie à travers le pays.

La pension de vieillesse a été portée à plus de Rs 5000 alors que les dirigeants de l’Opposition considéraient que cette mesure était irréalisable. Ce mois-ci l’allocation de pension atteindra Rs 6 210. Un quatrième centre récréatif pour les personnes âgées est en construction à Bel-Ombre et le PM m’a demandé de trouver un terrain dans la région de la Cambuse pour la construction d’un cinquième centre. Pour la première fois la classe moyenne n’a pas été oubliée.

Avec l’aide du Premier ministre, il y a eu beaucoup de réalisations au niveau du logement. Pendant dix ans le Ptr avait construit 2496 maisons. Notre programme gouvernemental avait prévu la construction de 10 000 maisons. En décembre 2019, 4900 maisons de la NHDC seront construites. 3350 maisons seront financées par des pays comme l’Arabie saoudite, l’Inde et la Chine. Le Premier ministre a annoncé la construction de plus de 12 000 maisons parce qu’il croit que chaque personne doit avoir un toit.

Concernant l’accès aux appartements de la NHDC, auparavant seulement ceux touchant jusqu’à Rs 8500 étaient éligibles. Toutefois, les critères n’étaient pas clairs et beaucoup de petits copains en ont bénéficié. Maintenant nous avons mis de l’ordre dans cette instance. Dès notre arrivée en 2015 nous avons augmenté le plafond salarial nécessaire pour être éligible à Rs 10 000. Les postulants devaient au pays un tiers de la valeur de la maison et le gouvernement payait deux tiers. Par la suite on a établi une deuxième catégorie qui a permis à ceux touchant plus de Rs 10 000 et jusqu’à Rs 15 000 par mois de s’acquitter de seulement la moitié du coût de la maison; l’année dernière il y a eu un nouveau critère, ceux touchant entre Rs 15 000 et Rs 20000 qui peuvent payer deux tiers du prix de la maison. Le tiers restant doit être apporté par le gouvernement.

C’est la même formule qui a été appliquée pour les subsides accordés pour les dalles. Le plafond de salaire est passé de Rs 8 500 à Rs 10 000 et les postulants obtenaient Rs 65 000. Un deuxième critère a été introduit entre Rs 10 000 et Rs 15 000 qui bénéficiaient d’un subside de Rs 40 000. Depuis l’année dernière tous ceux dont le salaire se situe dans la fourchette zéro à Rs 10 000 étaient éligibles à un subside de Rs 100 000. Entre 10 000 et Rs 15000, le subside est de Rs 75 000 alors que ceux touchant entre 15 000 et Rs 20000 obtiennent Rs 50 000. Ce qui veut dire que le Premier ministre et ministre des finances a voulu faire un effort pour tous ceux qui construisent leurs maisons à travers les subsides pour les dalles ou les matériaux de construction.

Les maisonnettes dans lesquelles de l’asbestos a été utilisé font l’objet d’un comité de travail et bientôt une solution leur sera proposée. Par ailleurs, la construction des boîtes d’allumettes est chose du passé. Les habitants doivent respecter un cahier des charges. Chaque Smart Residence dispose de son terrain de pétanque, son parking, son jardin d’enfants, son espace vert et de l’espace nécessaire pour créer un centre communautaire. Tout le monde sait dans quelles conditions vivaient 150 familles dans la longère Tôle de Baie du Tombeau depuis le passage du cyclone Hollanda. Je dois dire que les trois députés de la circonscription ont abattu un gros travail. Un Temporary Shelter a été construit et la NHDC a érigé une centaine de maisons. Cette année-ci une première partie sera terminée à la fin de l’année et une deuxième partie sera complétée l’année prochaine.

Nous avons toujours dit que le meilleur gouvernement a été celui du MSM-MMM. Aujourd’hui le gouvernement MSM-ML fait encore mieux et nous avons un partenaire fidèle et sincère en Ivan Collendavelloo.

Vous parlez avec admiration du Premier ministre Pravind Jugnauth mais quid de son équipe? Beaucoup de problèmes ont été observés au fil des années…

C’est normal. En 2014, beaucoup de personnes pensaient que nous allions perdre les élections par 60-0. Nous avons renversé tous les pronostics. De ce fait, nous avons eu beaucoup de nouveaux camarades. Mais évidemment, cela ne signifie pas que tout est rose. Il y a eu des manquements mais heureusement l’arrivée de Pravind Jugnauth comme Premier ministre a été un tournant. Il y a eu un déclic, un dynamisme. Le look a changé. Aujourd’hui à travers le pays, la population dit que le gouvernement fait bien. Mais vous savez, dans un arbre, il se peut qu’il y ait quelques fruits pourris. Mais le plus important c’est le tronc et ses branches. Chez nos adversaires travaillistes, même le tronc est pourri. Oui il y a eu des manquements mais le gouvernement s’est ressaisi et a apporté les corrections nécessaires. Pravind Jugnauth dirige le pays d’une main ferme mais avec humilité. Je sais qu’il réfléchit à deux fois avant de parler afin de n’offenser personne.

Tout le monde au niveau du gouvernement est-il aussi motivé ?

Tout le monde continue à faire son travail et chacun assume ses responsabilités. Il faut que lors des prochaines élections générales la population nous juge par notre parcours politique et par le développement du pays. Normalement, lorsqu’une personne vote elle ne regarde pas les individus mais le leader. Dans un bateau on ne regarde pas les marins mais le capitaine. Si vous savez qu’il vous mènera à bon port vous monterez à bord de son bateau. Si vous regardez les marins vous n’irez pas loin.

Voyez-vous le MSM se présenter seul aux élections générales ?

Je peux vous dire, à ce jour, je crois en la justice et en Dieu. Je crois que Pravind Jugnauth remportera son case devant le Privy Council. Toute l’île Maurice prie pour que ce soit le cas. Le leader décidera et le pays sera en bonnes mains pendant plusieurs mandats.

Le MSM ira-t-il aux élections avec la même équipe ministérielle et de députés ?

C’est le leader qui décidera. C’est lui seul qui décide. Il sait où veut mener le MSM. Il n’y a pas de doute que Pravind Jugnauth nous mènera à l’hôtel du gouvernement.

Sudhir Sesungkur préconisait une alliance avec le MMM dans une interview à « Week-End » récemment. Qu’en pensez-vous ?

Sudhir a fait sa déclaration. Je dis que c’est le leader qui doit décider s’il faut faire alliance ou non. C’est lui qui décide. Je suis un peu déçu par Bérenger. Il parle de zigzag et c’est lui qui a zigzagué le plus. S’il n’avait pas cassé le Remake son parti n’aurait pas traversé ces moments difficiles. Je plains les camarades militants et beaucoup sont venus nous rejoindre. En voulant avoir un plus gros bout de gâteau, il a relâché le petit bout qu’il avait. Regardez dans quelle situation il se trouve aujourd’hui.

Avez-vous une idée quand auront lieu les élections générales ?

Il n’y aura pas d’élections dans l’immédiat. Seul le leader sait quand est-ce qu’il y aura des élections générales et si notre équipe restera inchangée. C’est lui qui décidera. Pravind Jugnauth amènera le MSM à l’hôtel du gouvernement; il n’y a pas de doute parce que je sais que la population est satisfaite de sa performance.

Durant les débats parlementaires sur la réforme électorale, les interventions des parlementaires du MSM ont été très favorables au MMM…

J’ai été déçu par le MMM. À chaque alliance, il parlait de réforme électorale. Ils avaient à l’époque du Ptr fermé le Parlement pour discuter de la réforme électorale. Aujourd’hui le MSM a présenté un projet de réforme, il est triste que les partis politiques de l’Opposition n’aient pas assumé leurs responsabilités devant l’histoire. Nous avons au moins réussi à apporter le projet et chacun doit assumer ses responsabilités.

Durant les débats les partis de l’Opposition ont fait des propositions. Est-ce qu’il est possible de prendre leurs propositions en considération ?

Je laisse cela au Premier ministre, le leader. Il prendra une décision avec notre équipe. Nous avons montré au pays que nous sommes un gouvernement sérieux et nous ne tromperons pas la population.

L’appel concernant Medpoint devant le Privy Council ne crée-t-il pas une certaine inquiétude au sein du MSM ?

Je crois en Dieu; il y a eu le jugement de la Cour intermédiaire et celui de la Cour suprême. Nous sommes sereins. Je crois que Pravind gagnera son affaire devant le Privy Council parce qu’il n’y a pas eu de faute de sa part et qu’il n’avait aucune mauvaise intention. J’ai entendu l’avis des légistes. Il me semble qu’ils sont optimistes.

Malgré tout le travail fait par le gouvernement, les nominations suscitent souvent beaucoup d’interrogations.

Lorsqu’on est dans un parti que ce soit le Ptr ou le MMM, parfois ils sont obligés de permettre à ceux qui ne peuvent être candidats de servir le pays à travers d’autres responsabilités. Lorsque le PM fait un choix, chacun doit assumer ses responsabilités.

Des allégations sont faites contre plusieurs proches du MSM concernant leurs relations avec des trafiquants de drogue…

Le Premier ministre a mené un combat sans relâche contre le trafic de la drogue. Son père avait exposé sa vie en instituant une commission d’enquête. L’ancien Premier ministre avait refusé d’instituer une commission d’enquête malgré les nombreuses demandes faites au Parlement. Je suis très fier qu’il y a eu une commission d’enquête. Des contingents de drogues d’une valeur de plusieurs milliards ont été saisis.

Un mot sur les projets en cours à Agalega.

Beaucoup de personnes demandent que l’accord conclu entre les deux gouvernements soit rendu public. C’est un accord entre deux gouvernements. Il faut que l’autre gouvernement accepte de le faire. Je peux vous dire que si Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth luttent pour obtenir les Chagos, pensez-vous que nous céderons Agalega à un autre pays? Jamais de la vie. Le Ptr a été au pouvoir pendant dix ans et n’a pas eu le courage de créer une piste d’atterrissage. Je remercie le PM d’avoir rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi, qui a accepté que l’Inde finance une jetée et une piste d’atterrissage moderne où les avions pourront atterrir. Beaucoup de Mauriciens auront l’occasion de se rendre dans cette île et d’admirer sa beauté. Agalega appartient à tous les Mauriciens et à l’île Maurice. C’est faux de dire que nous donnons l’île à l’Inde. D’ailleurs, le président indien a eu l’occasion de rassurer le leader du MMM. « Aret fer demagozi. Les nou fer nou travay. »